18ème Festival Flamenco de Toulouse : du 4 au 14 avril 2019

dimanche 24 février 2019 par Claude Worms

Une programmation toujours aussi originale mais un calendrier plus resserré que de coutume pour cette nouvelle édition du festival : le début du printemps s’annonce intensément flamenco à Toulouse.

Festival Flamenco de Toulouse

On ne compte plus les premières en France de concerts et de spectacles de danse présentés à Toulouse par María Luisa Sotoca Cuesta, la directrice artistique du festival, et par Pascal Guyon, son président. Mais ils ne se contentent pas de faire partager au public leurs découvertes-coups de cœur. D’édition en édition, ils accompagnent avec empathie la carrière d’artistes qu’ils invitent régulièrement à l’occasion de nouveaux projets. C’est la cas cette année de Manuel Liñan et David Carpio, qui ouvriront les festivités le 4 avril avec "Con-Vivencia", en duo danse-guitare entre l’un des bailaores les plus musiciens de sa génération et un cantaor qui, par sa précision rythmique, peut effectivement se passer de guitare. C’est dans le cadre de l’exposition "Picasso et l’exil. Une histoire de l’art espagnol en résistance" (du 15 mars au 25 août) que le Musée des Abattoirs accueillera les deux artistes - entrée libre, un bien beau cadeau de bienvenue offert aux festivaliers (05.34.51.10.60).

Le 7 avril, c’est à la Halle aux Grains que nous serons conviés à un autre spectacle d’exception : après le duo danse / guitare, un trio danse (Leonor Leal) / piano (Dorantes) / percussions (Javier Ruibal) - avec le soution de Tourisme Séville. Fuyant comme lui les clichés, la bailaora est à notre avis le parfait alter ego féminin de Manuel Liñan : même souci de l’épure, et même musicalité visuelle (bras, mains et géométrie spatiale) et sonore (pieds). Si nous en jugeons par sa récente prestation au Festival de Nîmes ("Nocturno"), la diversité de timbres et de dynamiques de ses zapateados requièrent un orfèvre de la mise en son qui soit à la hauteur - il est donc plus que logique qu’Antonio Cuevas soit mentionné sur la fiche artistique. On ne présente plus Dorantes, dont le dernier album jazzy, en trio avec Javier Ruibal et Francis Posé, nous avait ravi (El tiempo por testigo... a Sevilla). Le trio sans contrebasse mais avec baile d’"Inter- Action" sera sans doute tout aussi captivant.

Il n’y a pas si longtemps, accorder tocaor au féminin relevait de l’hérésie pour beaucoup (trop) d’aficionados, qui prouvaient d’ailleurs ainsi leur totale ignorance de l’histoire de la guitare flamenca. Depuis, l’étiquette tocaora semble être devenue un argument publicitaire, ce qui finalement revient à être tout aussi condescendant. Il serait peut-être temps de parler de musique, sans distinction de genre, qu’il s’agisse de guitaristes... ou de guitaristes (le français ignorant heureusement les désinences masculin / féminin), surtout s’agissant d’Antonia Jiménez, qui est à l’évidence l’une des compositrices les plus talentueuses et originales de sa génération (Antonia Jiménez en París). Qui connaît son intuition et sa sensibilité pour l’accompagnement du cante ne se privera sous aucun prétexte du concert qu’elle donnera avec Alicia Morales, qui, si l’on en juge par un très récent premier album ("La novia de cristal" - La Droguería Music, 2019), allie avec une totale aisance une connaissance approfondie du répertoire traditionnel et une liberté de ton qui fait partie de l’ADN des cantaora(e)s de Grenade depuis Enrique Morente - "Entre primas", avec le percussionniste Nasrine Rahmani, le 8 avril à l’Institut Cervantes.

Le public toulousain connaít Joselito Acedo depuis le concert-hommage d’Alba Molina au duo Lole y Manuel (2017). Il y avait endossé le rôle de Manuel Molina avec tact et élégance, relevant la gageure de respecter le style de toque si personnel de Manuel tout en restant lui-même. Il jouera en concert les compositions de son dernier album, "Andando" (Karonte, 2015), en bonne compagnie : María Moreno (danse), Ezequiel Montoya (chant), Nestor Urquia (basse) et Paco Vega (percussions). Le guitariste est à la fois un boulimique de musiques en tous genres (jazz, classique etc.) et un excellent connaisseur du toque traditionnel - c’est dire la richesse de ses compositions, muy flamencas (Centre Culturel Henri-Desbals, le 11 avril).

Lucía Álvarez "la Piñona" a intitulé sobrement son spectacle "Recital". C’est sans doute qu’il s’agira de baile sans autre scénario, scénographie etc. que le "cuadro" de toujours, avec rien moins tout de même que Pepe de Pura et Enrique "el Extremeño" au chant et Francisco Vinuesa à la guitare. Pour l’avoir vue danser une caña dans les règles de l’art lors d’un récent concert d’Arcángel au Festival de Nîmes, nous pouvons vous assurer qu’elle excelle dans le genre (Centre Culturel Henri-Desbals, le 12 avril).

Il restera donc "des jours sans", ferez-vous remarquer à juste titre. Ce serait sans compter les activités culturelles qui font aussi l’intérêt du Festival de Toulouse :

_ deux projections : "Impulso", un beau documentaire sur Rocío Molina d’Emilio Belmonte et "Alalá", de Remedios Malvárez - respectivement le 5 avril à 21h à l’Utopia Tounefeuille (05.34.51.48.38) et le 9 avril à 21h à l’ABC (05.61.21.20.46). La projection d’"Impulso" sera précédée, à 20h30, d’un mini récital de Lydie Fuerte, tocaora toulousaine que nous n’avons pas encore eu le plaisir d’écouter, mais dont on nous a dit le plus grand bien (album "Carillón del viento" disponible en téléchargement). "Alalá" est la chronique d’une école de flamenco créée et dirigée par le guitariste Caracafé pour les enfants du quartier de HLM "Las tres mil viviendas" de Séville. Ils peuvent y apprendre gratuitement le chant, la guitare, la danse et les percussions en échange du respect d’un code de bonne conduite, qui comprend entre autres l’assiduité à l’école primaire ou au collège. "Alalá" signifie joie - ce film rend en effet aussi joyeux que les enfants qui en sont les protagonistes.

_ le 6 avril, les élèves de l’école primaire Michelet auront le privilège d’assister à une lecture de "Catalina sin pamplinas", un livre écrit par Leonor Leal qui a décidément tous les talents... mais vous n’êtes pas invités. Le même jour, la même artiste créera un nouveau genre, la conférence dansée, à propos du "Camelamos Naquerar" de Mario Maya - ou comment une bailaora du XXI siècle peut-elle s’approprier une œuvre créée en 1976 ? (salle Olympe de Gouges à 18h, entrée libre).

_ le 10 avril, présentation du livre "Camarón de la Isla. La douleur d’un prince" de Francisco Peregil. L’ouvrage, publié en 1993 (El País-Aguilar, Madrid) et réédité en 2014 (Libros del KO, Madrid) vient d’être traduit en français aux éditions Les Fondeurs de Briques - compte-rendu à venir dans Flamencoweb la semaine prochaine. Lydie Fuerte offrira à cette occasion un second récital (librairie Terra Nova à 19h, entrée libre).

_ enfin, Lucía Álvarez "la Piñona" proposera à la MJC des Fleurs deux master-class de niveau "intermédiaires", les 12 et 13 avril : respectivement "por bulerías" ( 14h-16h et 16h30-18h30) et "por tangos" (11h-13h et 14h-16h) - renseignements et inscriptions : 06.62.22.38.79.

NB : consulter également notre agenda. Hormis la Halle aux Grains, les salles sont de capacité modeste. Nous ne saurions donc trop vous conseiller de réserver à l’avance. Vous voilà prévenus...

Claude Worms





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