Salvador Paterna : Fandangos

"Chicanero"

samedi 20 octobre 2007 par Claude Worms

Extrait du CD "Nacimiento"

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LA PARTITION

Le "palo"

La forme des Fandangos est essentiellement identifiable par sa structure harmonique : les "paseos" en rasgueados sont modaux, mais les cantes modulent vers les tonalités relatives majeure ou mineure. Le mode usuel des Fandangos étant le mode flamenco de Mi ("por arriba"), nous aurons donc des cantes en Do Majeur, ou, plus rarement, en La mineur (dans ce cas, les mélodies alternent en général les tonalités de La mineur et La Majeur).Pour les cantes en tonalité majeure, après le "paseo" modal, le cante module vers la tonalité de Do majeur par l’ accord de dominante, G7, puis se développe sur les accords de tonique, dominante, et sous-dominante (soit, respectivement, C, G7, et F7. A la fin du cante, l’accord de F7 retrouve sa fonction d’accord du deuxième degré du mode flamenco, pour une cadence conclusive II - I (F - E).

Pour s’ adapter à la tessiture de certains cantaores, les guitaristes jouent aussi les Fandangos en mode flamenco de La ("por medio", par exemple une grande part des accompagnements de Paco de Lucía pour Camarón) : on aura dans ce cas des cantes dans les tonalités de Fa Majeur ou de Ré mineur. Pour les solos, on trouvera parfois d’autres modes, en particulier le mode flamenco de Si ("por Granaína" ; tonalités relatives : Sol Majeur et Mi mineur).

Traditionnellement, les Fandangos étaient chantés sur une simple mesure à 3/4, sans espace métrique défini, même si le "paseo" de la guitare était joué sur 12 temps : E (temps 1 à 6) / G (temps 7) / Gb (temps 8) / F (temps 9) / E (temps 10 à 12). Il s’ agit alors de Fandangos "abandolaos" (Verdiales, Bandolá, Jabera, Zangano, Jabegote, Rondeña, Fandangos de Lucena, Granada, Almería...)

Mais les Fandangos de Huelva ont progressivement adoptés un compás plus contraignant, à l’ exception du Fandango de Perez de Guzmán, resté "abandolao". La paseo occupe un espace métrique de 12 temps, divisé en deux groupes de 6, comme suit :

E7 (temps 1 et 2) / Amin (temps 3 à 6)

G (7) (temps 7) / F (temps 8) / E (temps 9 à 12 : "cierre")

Le cante commence au temps 1, mais les falsetas, compte tenu des anacrouses et / ou des syncopes initiales, commencent au temps 1 ou au temps 11 (dans ce cas, il faut naturellement écouter le "cierre" pour "entrer" la falseta). On notera que la structure harmonique des falsetas respecte en général celle du "paseo" : elle est divisée en groupes de 6 temps, eux-mêmes subdivisés en 2 + 4, ou 4 + 2 (on peut aussi rencontrer des "medios compases" isolés). Ces règles s’ appliquent aussi pour le guitariste dans le cas de Fandangos chantés ad lib., mais la fin de l’ introduction, et des falsetas intermédiaires, est jouée rallentando, de manière à ne pas créer un hiatus trop brutal avec le début du cante.

Nous transcrivons les Fandangos en mesure à 3/2 (structure harmonique par groupe de 2 ou 4 temps), chaque temps étant égal à une noire. Mais la battue du pied du guitariste est en général ternaire (6/4). Pour mettre en évidance les deux accords principaux du "paseo" (A min et E), nous commençons les mesures aux temps 3 et 9, soit 3 à 8, puis 9 à 2 :

Amin Amin Amin Amin G7 F / E E E E E7 E7 / ...

(nous conservons naturellement ce découpage quels que soient les accords)

Les falsetas

La première falseta évoque l’ ambiguîté modale des Fandangos par son élégant thème mélodique, qui oscille entre La mineur (accord de Amin7), et mode flamenco de Mi (ponctuation par une cadence II - I : F#11 - E). L’ accord de Amin9 en septième position est une transition pour une longue cadence II - I, d’ abord avec une substitution de Dmin à F (relatif mineur), puis par une cadence intermédiaire V - IV - I sur le deuxième degré (C7M - C7 - Bb - F). On notera le contraste de registre et de dynamique entre la section terminant sur l’ accord de C7M en huitième position, et la suite de la falseta (pouce buté). Le beau remate sur l’ accord de F7M (et F7), par ses dissonances de seconde mineures (Fa/Mi ; Mi/Mib : cordes à vide), rappelle irrésistiblement le style de Rafael Riqueni.

La deuxième falseta reste beaucoup plus modale. Elle joue à nouveau sur des contrastes de registre et de dynamique (thème mélodique dans les aiguës, suivi d’ un vigoureux trait en picado et d’ une "alzapúa" syncopée...). Le guitariste relance par deux fois la falseta de manière inattendue : l’ "alzapúa" sur l’ accord de F devrait amener à un cierre sur le premier degré, conduit en fait à l’ accord de G7 et à une mélodie ascendante sur deux octaves ; de même, l’arpège sur l’ accord de F est développé ensuite par une dernière cadence G7 - C7 - F#11 - E7b9.

NB : La guitare est accordée un demi-ton en dessous du diapason, sans doute pour s’ adapter au mieux à la tessiture des cantaores.

LE CD

Enregistré en 1996 par Salvador Paterna, "Nacimiento" est assurément l’ un des meilleurs disques de guitare flamenca produit en France (et d’ ailleurs en Espagne), tant par la qualité de l’ interprétation que par la beauté et la densité musicale des compositions (on regrettera d’ autant plus qu’ il n’ ait pas encore été réédité). Des pièces comme "Nacimiento" (Soleá), "Chicanero" (Fandangos), ou "Llano" (Alegrías) deviendront un jour des "classiques". Le guitariste s’ y révèle aussi un excellent joueur de laúd (les deux Bulerías, la première interprétée avec ce seul instrument, la deuxième en duo avec la guitare). "Nacimiento" est ainsi l’ un des rares enregistrements où le laúd est utilisé comme un instrument à part entière, et non simplement pour apporter une couleur sonore. C ’est sans doute la raison pour laquelle Salvador Paterna a été invité par Vicente Pradal pour l’ enregistrement de "Ida y vuelta" (1986), et par Pascual Gallo pour celui de "Emma" (1998).

L’ élégance et l’ inventivité des compositions sont idéalement mises en valeur par la discrétion et la finesse des arrangements, avec quelques idées particulièrement originales, commo le duo guitare / caisse claire pour la "fantasía" "El tiempo" : saluons le talent des musiciens (Perico Santiago : cante ;Cecilia et Felipe Noguera : choeurs et palmas ; Eraldo Miranda, Thierry Bordier, et Pascal Rollando : percussions).

En attendant la réapparition de "Nacimiento" dans les bacs des disquaires (faudra-t’ il une pétition ?), vous pouvez vous procurer le deuxième CD de Salvador Paterna, "Media luna", en vente sur son site.

Salvador Paterna

Claude Worms

La partition :

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Fandangos page 1

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Fandangos page 2

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Fandangos page 3

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Fandangos page 4

Galerie sonore

Fandangos de Salvador Paterna : falseta 1

Fandangos de Salvador Paterna : falseta 2

NB : Extraits de moins d’ une minute. Nous prions les artistes ou les labels qui ne souhaiteraient pas que ces fichiers Mp3 soient inclus dans l’ article, de nous contacter le plus rapidement possible. Nous les retirerons immédiatement.


Falseta 1
Falseta 2




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