Jean-Baptiste Marino : Taranta

"La costurera"

samedi 12 janvier 2008 par Claude Worms

Extrait du CD "A mi vera" : Bonsaï Music 570 901 2 (2004)

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LA PARTITION

Le "palo"

Pour le cante, la Taranta est la forme majeure des "Cantes de minas", dont font aussi partie la Minera, la Cartagenera, la Levantica, le Fandango minero, le Taranto... Ces cantes appartiennent à la famille des Fandangos, dont ils partagent la bimodalité, et sont en général récitatifs (sauf le Taranto, qui peut être chanté a compás de Tangos, en tempo modéré, surtout pour le baile). Ils sont actuellement accompagnés indifféremment en mode flamenco de Fa# (modulation du cante vers la tonalité de Ré Majeur), ou de Sol# (modulation du cante vers la tonalité de Mi Majeur). Il arrive cependant que la Cartagenera soit accompagnée en mode flamenco de Mi ("por arriba").

Pour les solos de guitare, et depuis les compositions de Ramón Montoya, l’ usage est de nommer "Taranta" les toques en mode flamenco de Fa#, et "Minera" les toques en mode flamenco de Sol#. La plupart alternent de longues sections récitatives avec des sections mesurées, le plus souvent en 3/4 ou en 6/8 (trémolos, arpèges harmonisant une ligne mélodique...)

Degrés du mode flamenco de Fa# :

VII : Mi ; VI Ré ; V : Do# ; IV : Si ; III : La ou La# ; II : Sol ; I : Fa#.

Harmonisation des degrés :

VII : Emin (7) ; VI : D (7, 9) ; V : C#min7b5 ; IV : Bmin (b6, 9) ; III : A (7, 9) ; II : G (7,b5) ; I : F# (7,b9, 11).

NB : La position traditionnelle de l’ accord du premier degré superpose en fait les accords de F#7 et de G (accord de F# en deuxième position sur les trois cordes graves + les trois cordes aiguës à vide) : des graves aux aiguës, notes Fa#, Do#, Fa#, Sol, Si, et Mi (soit un accord de F#7b911).

La falseta

La falseta de Jean-Baptiste Marino sur une alternance de longues plages d’ arpèges et de courts traits mélodiques qui évoquent bien le caractère récitatif de cante.

Nous y retrouvons l’ essentiel des procédés harmoniques des compositions contemporaines por Taranta :

_ Tendance à insister sur le quatrième degré, Bmin : début de la falseta ; brusque retour sur l’ accord de Bmin9#11, alors que l’ accord précédent, G (7M) laissait présager une cadence II - I (G - F#).

_ Superposition de dissonances de secondes mineures et majeures pour les arpèges : Bmin9#11 (notes Do#, Ré, et Mi sur les trois cordes aiguës) ; mêmes dissonances pour l’ accord suivant (seule la basse change : accord de Ab511) ; C#b5 (notes Mi# et Sol). Ce dernier accord constitue une cadence intermédiaire V - I sur le premier degré (C# - F#), traditionnelle sous cette forme depuis Manolo Sanlúcar et Paco de Lucía (C#b5 - F# : la note Sol évoque une cadence II - I, soit G - F#. L’ ensemble donne une superposition des cadences V - I, et II - I).

_ "Fausses" cadences intermédiaires V - I : nous venons de voir la parenté de fonction cadentielle entre l’ accord de C#b5 et l’ accord de G (par leur note commune, Sol). La cadence D9sus4 - C#b5 est un subtil détournement de la cadence intermédiaire V - I sur le deuxième degré (D7 - G), caractéristique de l’ accompagnement du cante.

_ Notes étrangères qui maintiennent en filigrane l’ accord du premier degré, en particulier par sa fondamentale, Fa#, ou sa tierce, Do# : Emin6 (note Do#) ; Ab511 (note Fa#).

_ Tension musicale provoquée par le retard de la résolution sur le premier degré, ou par la relance inattendue de la falseta à partir de ce degré (cf : dernier système de la deuxième page).

La structure de l’ ensemble repose sur une dialectique entre un lyrisme apaisé en surface (longs arpèges harmoniquement statiques), et la tension interne provoquée par la multiplicité des dissonances.

LE CD

Le programme du deuxième album de Jean-Baptiste Marino, "A mi vera", propose un exact équilibre entre des titres accrocheurs, sans lesquels il serait utopique d’ espérer vendre un enregistrement de guitare flamenca, et des compositions sur des formes plus austères : respectivement une Rumba, une Alegría, et deux Bulerías (la première en mode flamenco de Do#, avec une belle introduction ad libitum ; la seconde conçue comme un accompagnement pour un beau cante d’ Isabel Pelaez) ; et une Soleá, une Soleá por Bulería (en mode flamenco de Do#), une Minera, une Taranta, et une Farruca. Réjouissons nous au passage du retour en grâce de ce dernier palo, longtemps tombé en désuétude (José Luis Montón, Miguel Rivera, Oscar Herrero, Vicente Amigo...). Le disque est conclu par un thème original non réductible à une forme flamenca : "Mare Mediterraneo".

La richesse des compositions permet à l’ auteur d’ éviter les trop habituelles mystifications censées dissimuler quelques insuffisances d’ inspiration : on ne trouvera ici ni choeurs de jeunes filles, ni hypothétiques refrains "shuntés" en guise de coda (quoi de plus étranger à l’ esthétique du flamenco... ?). Enfin, "A mi vera" s’ inscrit dans la salutaire tendance actuelle d’ un retour à la guitare soliste, secondée uniquement par les palmas et de discrètes percussions (Miguel Sánchez), et quelques subtils contrechants de saz (Jean-Christophe Maillard).

Le printemps devrait nous apporter un troisième opus de Jean-Baptiste. Nous vous en reparlerons.

Jean-Baptiste Marino

Claude Worms


Partitions

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Taranta / page 1

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Taranta / page 2

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Taranta / page 3


Galerie sonore

Taranta de Jean-Baptiste Marino

NB : Nous prions les artistes ou les labels qui ne souhaiteraient pas que le fichier Mp3 soit inclus dans cet article, de nous contacter le plus rapidement possible. Nous le retirerons immédiatement.


Taranta : Falseta




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