Mario Escudero : "Meditación" (Nana)

mercredi 27 février 2013 par Louis-Julien Nicolaou

Transcription intégrale de la composition de Mario Escudero

Il faut écouter Mario Escudero, et il faut le jouer. A cela, deux raisons : d’ abord sa musique est d’ une richesse et d’ une subtilité qui le placent au plus haut rang de la guitare flamenca ; ensuite il reste trop largement méconnu, du moins en France, et bien trop mal réédité. Le jouer, c’ est à la fois rendre justice à son génie et œuvrer à le rendre plus populaire. A l’ inverse de Niño Ricardo (mais comme Sabicas ou Manuel Cano), Escudero n’ a jamais vraiment divorcé avec certains aspects propres à la pratique de la guitare dite classique. On pourrait s’ appuyer sur quelques passages d’ "Impetu" pour le prouver, mais puisqu’ il est nécessaire de ne plus limiter ce guitariste et compositeur à ce seul chef-d’œuvre (que, par ailleurs, il est évidemment recommandé de connaître et de jouer), pour cette fois, nous nous attarderons sur sa Nana. De toute évidence, il s’ agit d’ un morceau d’ étude comme les guitaristes classiques en ont publié des centaines, de Fernando Sor à Leo Brouwer en passant par Carulli, Aguado, Coste, Giuliani, Regondi, Manjón, Barrios Mangoré et bien d’ autres. L’ étude pour guitare est directement empruntée au répertoire pour le piano datant du romantisme. C’ est surtout Chopin qui popularisa le genre grâce à deux cycles, les 12 Etudes Op. 10 publiées en 1833 et les 12 Etudes Op. 25, parues 4 ans plus tard. Plus que des manifestes romantiques, ces études ont réussi à s’ imposer dans l’ esprit du public du XIXème siècle non seulement comme une série d’ exercices particulièrement redoutables qui exploitent à fond les possibilités offertes par le piano, mais aussi, et surtout, comme d’ indépassables chefs-d’œuvre de la musique tout court. Leur popularité sera immense et, aujourd’hui encore, tout élève désireux de perfectionner sa pratique se doit de les aborder.

Reconnaissons-le, les études pour la guitare sont souvent plus modestes dans leurs intentions musicales. Si Fernando Sor réussit toujours à allier l’ art et la manière, bien des guitaristes se sont perdus dans des défis techniques insensés où il s’ agissait plus d’ épater que de charmer l’ auditeur. Dans de nombreux cas, les difficultés digitales vont de pair avec une certaine facilité musicale allant jusqu’ au cliché. Ce n’ est bien sûr pas le défaut de l’ immense Tarrega ou de son héritier direct, Emilio Pujol, un guitariste et didacticien aujourd’hui un peu oublié, mais qu’ il faut à tout prix continuer à étudier et jouer (la plupart de ses études sont extrêmement enrichissantes, même pour un guitariste flamenco – nous y reviendrons un jour). Les plus célèbres études pour la guitare demeurent cependant celles de Heitor Villa-Lobos. Publiées en 1929, dédiées à Andrés Segovia et témoignant d’ influences aussi bien classiques (essentiellement Chopin et Bach) que populaires (le choro brésilien), elles ont contribué à faire entrer la guitare classique dans la modernité et restent, aujourd’hui encore, très souvent jouées et enregistrées.

Dans le domaine flamenco, il n’ existe presque pas de cycles d’études comparables. Si quelques didacticiens ont parfois proposé des exercices sous cette forme, l’ enseignement traditionnel de la guitare flamenca ne les a jamais rendus obligatoires. Pour autant, quand une composition se concentre sur un seul aspect technique, il n’ est pas abusif de la qualifier d’ Etude. C’ est le cas de la Nana de Mario Escudero ("Meditación") qui, pour l’ essentiel, est un long trémolo flamenco (donc une succession de quintolets, la basse étant jouée au pouce et les quatre notes du chant, à l’ index, à l’ annulaire, au majeur, et à l’ index). Sa tonalité de Mi mineur et sa douceur mélodique conviennent à l’ intitulé, même si la Nana (berceuse) est en soi une forme mal définie (elle ne suppose ni une harmonie, ni un mode, ni une métrique spécifiques).

L’essentiel de la mélodie se joue sur la corde de mi et déroule quatre notes identiques à la suite de la basse. La difficulté du morceau réside donc moins dans le trémolo en lui-même que dans les changements de position de la main gauche (une des caractéristiques de la virtuosité de Mario Escudero était sa capacité à déplacer très rapidement ses barrés), notamment lorsqu’ il s’agit de partir d’ un accord de Mi mineur en haut du manche pour aller chercher un barré à la septième case. Plutôt classique dans ses intentions mélodiques, cette Nana permet donc de travailler non seulement le trémolo (et l’ endurance nécessaire pour qu’ il soit impeccable pendant plusieurs minutes), mais aussi cette main gauche que beaucoup négligent à force de se concentrer sur les rasgueados, les golpes, les arpèges et les alzapúas exécutés par sa sœur. A la fin, il faudra encore se rappeler d’ elle pour placer correctement la série d’ accords qui se succèdent très rapidement avant qu’ une brève série d’ arpèges amène à la conclusion. Nous reviendrons prochainement à Mario Escudero, cette fois pour explorer une de ses Alegrías.

Louis Julien Nicolaou

Transcription

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"Meditación" (Nana)

Galerie sonore

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"Meditación" (Nana)

Mario Escudero : "Meditación" (Nana) - extrait du double LP "Mario Escudero plays classical flamenco music" - MHS 994-995


"Meditación" (Nana)
"Meditación" (Nana)




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