La Guajira

mardi 14 avril 2009 par Claude Worms

La Guajira est classée par la "flamencologie" traditionnelle dans le goupe des "cantes de ida y vuelta" ("aller-retour") : des mélodies et danses folkloriques ibériques introduites en Amérique par les colons, transformées dans les colonies, puis intégrées au répertoire flamenco après de nouvelles modifications.

La plupart des formes de ce groupe sont basées sur le compás des Tangos, de tempo divers, et avec quelques syncopes caractéristiques :

_ La Milonga et la Rumba, créées semble - t’ il par La Pepa de Oro, et transmises par Pepe de La Matrona (premiers enregistrements, respectivement par Antonio Chacón en 1913, et La Niña de los Peines en 1918).

_ La Vidalita : premier enregistrement par Manuel Escacena en 1928.

_ La Colombiana : premiers enregistrements en 1930 - 1931 par Paco el Americano et Pepe Marchena, sans doute son véritable créateur.

La Guajira se distingue nettement de ces formes par son compás (6/8 | 3/4 -cf : ci-dessous). Son origine cubaine ne fait aucun doute : elle fut d’ abord nommée "Punto guajiro", ou encore "Punto de La Habana". Ajoutons que le terme "guajiro" désignait à Cuba les colons récemment installés, et, par extension, les paysans blancs. Elle apparaît, comme aria ou intermède dansé, dans de nombreuses zarzuelas dès le début du XIXème siècle. Comme tant d’ autres formes "préflamencas" (les dérivés des Fandangos folkloriques notamment), elle évolua ensuite lentement vers sa physionomie flamenca, par l’ apport des artistes travaillant dans les "salones de baile", "academias de baile", puis dans les "cafés cantantes". Elle fut longtemps, avec les Tangos, l’ un des cantes les plus enregistrés à l’ époque des cylindes, d’ ailleurs à la fois par des chanteurs lyriques et des cantaores (cf : la version du Señor Reina - "Galerie sonore"). Sa popularité sera ensuite relancée par la guerre d’ indépendance de Cuba (1892), et par l’ exposition hispano-américaine de Séville (1929 - 1930).

Les maîtres historiques du cante "por Guajira" sont tous des spécialistes des cantes de Levante : Antonio Revuelta, El Mochuelo, Juan Breva, Manuel Escacena, Paca Aguilera, Niño Medina, Cayetano Muriel "Niño de Cabra", Pepe Marchena, Juan Valderrama... Parmi les meilleurs interprètes actuels, citons, entre autres, Enrique Morente, Luis de Córdoba, Julian Estrada, Mayte Martín, et, pour des versions plus âpres (sur des textes "engagés" de Francisco Moreno Galván - cf : "Una familia honorable"), José Menese.

La Guajira est devenue très tôt l’ un des piliers du répertoire des guitaristes solistes. Dans sa méthode de 1902, Rafael Marín en donne une version, et souligne d’ ailleurs que "ce cante ne devrait pas être classé comme flamenco, car son rythme en diffère considérablement ( ?). Ce cante est cubain, mais il est chez nous orné de manière très différente, et souvent avec si mauvais goût que les enfant de ce pays auraient bien du mal à le reconnaître. Son tempo est beaucoup plus rapide à Cuba." (nouvelle illustration du processus de "flamenquisation" du répertoire populaire : surabondance de l’ ornementation mélismatique, et ralentissement consécutif du tempo).

Il semble même que le premier solo de guitare enregistré, sur cylindre, soit une version de la Guajira par Amalio Cuenca (cf : "Galerie sonore"). Tous les grands guitaristes actifs dans les années 1930 - 1960, à l’ exception notable de Niño Ricardo, nous en ont laissé une ou plusieurs versions, en tonalités de La Majeur ou de Ré Majeur (sixième corde en Ré) : Ramón Montoya, Estebán de Sanlúcar, Luis Maravilla, Pepe Martínez, Manuel Cano, et surtout Mario Escudero et Sabicas. Victor Monge "Serranito" ("Paseando por La Habana" / "En la otra orilla"), Manolo Sanlúcar ("El Cañaveral", "Peineta cubana", "Guajira Merchelera"), et Paco de Lucía ("Guajiras de Lucía", "Farolillo de feria") ont ensuite composé des versions de référence d’ une telle qualité qu’ ils ont quelque peu découragé leurs successeurs. La Guajira semble actuellement inspirer très peu de compositeurs : Rafael Riqueni, Manolo Franco, José Antonio Rodríguez, Paco Serrano..., quelques téméraires font cependant exception.

Structures

Le compás métrique de la Guajira compte cinq temps inégaux (deux noires pointées / trois noires - croche = croche), et peut donc être écrit en deux mesures alternées : 6/8 | 3/ 4 || :

1 (et et) 2 (et et) | 3 (et) 4 (et) 5 (et) || (et = une croche)

Il arrive cependant fréquemment, à l’ intérieur des falsetas, que la mesure à 6/8 soit reconduite sur plusieurs medios compases consécutifs. C’ est le cas, par exemple, pour le "paseo" traditionnel.

Pour le compás de base, l’ accord de dominante (E7 en tonalité de La Majeur, A7 en tonalité de Ré Majeur) est placé sur la mesure à 6/8, et l’ accord de tonique sur la mesure à 3/4. (cf : exemple ci dessous).

Pour le "paseo" traditionnel, on trouvera le plus souvent les séquences IV - I - V - I, ou VIIm - I - V - I. En tonalité de La Majeur :

_ D | A || E7 | A ||

_ Bm(7) | A || E7 | A ||

Il arrive aussi fréquemment que les guitaristes introduisent une brève cadence flamenca II - I sur la dominante :

_ Bm(7) | A || F(7) / E7 | A ||

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Compases

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Paseo

Dans les falsetas, les accords de dominante et sous dominante sont souvent remplacés par leurs relatifs mineurs (Bm(7) pour D ; C#m(7) pour E7), avec des cadences intermédiaires V - I sur chacun d’ entre eux :

_ F#7 | Bm(7) || G#7 | C#m(7) || Dm(7) ou F | E7 || E7 | A ||

L’ autre séquence harmonique fréquente est la cadence andalouse à la dominante (en tout ou partie) :

_ Am | G(7) || F(7) | E ||

Les modulations usuelles se font sur la tonalité mineure homonyme et le mode flamenco homonyme : en tonalité de La Majeur, respectivement, La mineur et mode flamenco de La, ou "por medio" (par une cadence II - I : Bb ou Gm7 - A).

L’ accompagnement du cante se limite souvent à l’ alternance E7 - A. Dans les versions plus récentes, on pourra trouver F(7) / E7 | A || (en ponctuation des périodes de la ligne mélodique) ; et quelques séquences F#7 | Bm(7) ||, pour suivre au plus près les inflexions du cante moderne.

Letras

En un potrerito entré

Me encontré con una indiana

Pues se llamaba Juliana

Su apellido no lo sé.

Yo mi caballo solté

Las buenas tardes le dí

Y le dijé "vengo aquí"

Vengo buscando los bueyes".

Y me contestó "mamey"

Ustéd a quién busca es a mí".


Me gusta por la mañana

Después del café bebido

Pasearme por La Habana

Con mi tabaco encendido.

Después me siento en mi silla

En mi silla-sillatón.

Y cojo yo un papelón

De ésos que llaman díarios

Y parezco un millonario

De ésos de la población.


Contigo me caso indiana

Si se entera tu papá

Y se lo dice a tu mamá

Hermosísima cubana

Tengo una casa en La Habana

Destinada para tí.

Con el techo de marfíl

Y el piso de plataforma

Para ti blanca paloma

Llevo yo la flor de lis.


Mamita, cuando recibas

La carta de mi prisión

Guárdala en el corazón,

Guárdala para mientras viva,

Que si la muerte me obliga

a buscar mi libertad.

Si alguno por amistad

Pregunta por mi salud,

Entonces contesta tú :

"Sabe Dios dónde andará".


Yo ví un presidiario un día

Muy pensativo en su encierro

Y a sus cadenas de hierro

"Te aborrezco" les decía.

Las cadenas ofendidas

Le dicen, al pronto, así :

"Si tu eres un desgracíado,

Por criminal estás ahí,

Aborrece a tus pecados,

No me aborrezcas a mí".


Llevaban tierra de campo

En leguas, de un lado para otro,

Y por si esto fuera poco

Regateaban a diario

El denigrante salario

Que ganabamos, dejando

Detrás de la yunta, arando,

O con la hoz en la siega,

Sangre y sudor con la briega

Gotita a gota en el campo.


En este pueblo han sembrado

"Que cualquiera puede aprender"

Y deberíais saber

Que el leer puede ser pecado ;

Con que andarse con cuidado

Y elegir bien la compaña

Que con tanta idea extraña

Están vuestros sesos minando :

¡ El diablo os va guiando

Que anda suelto por España !

Ces deux dernières letras : extraits de "Una familia honorable", de Francisco Moreno Galván, par José Menese

Claude Worms

Illustrations, par ordre d’ apparition dans l’ article :

Juan Breva / Manuel Escacena / Cayetano Muriel "Niño de Cabra"

Discographie

Amalio Cuenca : CD inclus dans le livre "El fonógrafo en España. Cilindros españoles", de Mariano Gómez Montejano - Madrid, 2005

Señor Reina : "Cilindros de sera" - 2 CDs Fondos del Centro Andaluz de Flamenco / Junta de Andalucía ; Calé Records CAS 50001

Juan Breva : "Toda su obra completa (grabaciones de los años 1900 - 1910)" - Fods Records SE 30 CD 6025

Manuel Escacena : "Un maestro del cante" - Sonifolk 20103

Cayetano Muriel "Niño de Cabra" : "El flamenco a través de la discografía" - 6 CDs Pasarela CMF6 601

Transcription

Nous vous proposons la transcription de la superbe musique composée par José Antonio Rodríguez (pour deux guitares), pour la bande sonore du film flamenco, de Carlos Saura.

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Galerie sonore

Guajiras

Amalio Cuenca

Señor Reina (accompagnement au piano)

Juan Breva (guitares : Juan Breva et Ramón Montoya)

Manuel Escacena (guitare : Salvador Román García "El Tuerto Salvaorillo")

Cayetano Muriel "Niño de Cabra" (guitare : Enrique López)

José Antonio Rodríguez : introduction et falseta n° 1

José Antonio Rodríguez : falseta n° 2


Amalio Cuenca
Señor Reina
Juan Breva
Manuel Escacena
Cayetano Muriel
J. A. Rodríguez : intro et falseta 1
J. A. Rodríguez : falseta 2

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