Antología de cantaores malagueños

Antonio de Canillas : collection "El canario más sonoro" volume 1

samedi 29 septembre 2007 par Claude Worms

Diputación Provincial de Málaga / Antequera Records

L’importance des provinces de Séville et Cádiz dans l’histoire du flamenco occulte trop souvent la tradition flamenca d’autres régions d’Andalousie (Huelva, Málaga, Granada, Jaén, Almería, Córdoba) ou autres (Salamanque, Badajoz, Barcelone, Madrid…). L’apport de Málaga au répertoire du cante a pourtant été déterminant, non seulement pour les Malagueñas et les "Cantes abandolaos" (dérivés des Verdiales folkloriques), mais aussi pour les créations personnelles de Macandé (Fandangos) et El Piyayo (Tangos),et pour certains cantes stylisés par Silverio Franconetti et / ou Antonio Chacón, sans doute originaires de la région de Ronda (Rondeña, Caña, Polo, Liviana, et Serrana). D’autre part, le grand nombre de "Cafes cantantes", "Colmaos", puis "Tablaos", lié au poids économique de la capitale et à l’essor touristique de la Costa del Sol, a transformé la côte méditerranéenne, de Vélez-Málaga à Algeciras, en lieu de passage obligatoire pour tous les grands professionnels. Cette intense activité flamenca n’a pas manqué d’encourager le développement d’un milieu professionnel local, pratiquant naturellement tous les cantes du terroir, mais aussi les "palos a compás" indispensables à l’accompagnement de la danse.

La "Diputación de Málaga", en collaboration avec la "Peña Juan Breva", nous restitue enfin ce patrimoine trop longtemps négligé en éditant une "Antología de cantaores malagueños" en vingt CDs : des enregistrements de vingt-neuf cantaoras et cantaores disparus, issus du fond de la "Peña Juan Breva" (rééditions de disques anciens et de concerts publics), accompagnés d’un copieux livret (biographie des chanteurs et guitaristes) signé de Gonzalo Rojo Guerrero).

Le contenu de cette anthologie peut être divisé en trois grands domaines :

Rééditions d’enregistrements "historiques", pour la plupart des 78 tours. Si certains avaient déjà été abondamment réédités (Juan Breva ; Cojo de Málaga ; El Pena padre ; El Pena hijo ; La Rubia de Málaga ; La Repompa), d’autres étaient difficilement accessibles ou constituent des premières discographiques (Niño de Vélez, La Trinitaria ; Lola Cabello ; Niña de Málaga ; La Jimena de Coín ; et surtout, La Antequerana et Paca Aguilera).La restitution d’une partie des enregistrements d’Antonio Grau Dauset (le fils d’ "El Rojo el Alpargatero", l’un des fondateurs des cantes de Levante) est une authentique révélation : ses enregistrements de 1928 notamment, pour Gramófono, sont des chefs-d’œuvre de finesse et de musicalité.

Des témoignages tardifs, enregistrés en concerts, de cantaores nés à la fin du XIXème siècle ou au début du XXème siècle. Leur longévité en fait des archives sonores vivantes. Certains sont d’authentiques créateurs de cantes toujours pratiqués aujourd’hui (variantes de Malagueñas essentiellement), d’autres ont appris certains cantes directement à la source (Macandé, et El Piyayo). Si les voix sont parfois fatiguées, leur mémoire musicale est restée intacte : Diego el Perote ; Ángel de Alora ; Niño de las Moras ; et Manollillo el Herraor.

Enfin, des cantaores de grande valeur, nés entre les années 1920 et 1950, dont la discographie erratique ou les enregistrements dans les peñas locales sont rassemblées ici pour la première fois. Nous retiendrons surtout Juan de la Loma, Pepe de la Isla, Agustín el Gitano (dans un style proche de celui d’ Antonio El Chaqueta), Juan Villodres , et Carlos Alba. Surtout, le disque consacré à Juan Casillas (1955 / 1994) justifie à lui seul l’acquisition de cette anthologie : huit longs et exceptionnels cantes, avec notamment la meilleure interprétation du Polo que j’aie jamais entendue.

La distribution pour le moment très confidentielle d’une somme documentaire d’un tel intérêt est incompréhensible et pour le moins regrettable. Si vous souhaitez vous la procurer (croyez-moi, vous ne le regretterez pas), vous pouvez vous adresser à Paco Roji ("Flamenka")

Parallèlement à cette anthologie, la Diputación de Málaga publie une série d’ enregistrements consacrés aux cantaores de Málaga. Le premier volume de la collection "El canario más sonoro" (allusion à une copla célèbre de Juan Breva) est dévolu à Antonio de Canillas, sans doute le meilleur spécialiste actuel du répertoire local. Né en 1929 à Canillas del Aceituno (bourgade proche de Málaga), cet excellent cantaor a côtoyé durant sa longue carrière quelques monstres sacrés de l’ "opera flamenca", comme Manuel Vallejo, Canalejas de Puerto Real, ou Porrina de Badajoz. Plusieurs fois primé au concours de La Unión, il excelle dans les "cantes libres" (la Malagueña, bien sûr, mais aussi la Granaína et les Cantes de Minas) et les Cantes Abandolaos. Ce double CD reflète parfaitement son répertoire de prédilection, avec une ample gamme de Malagueñas (des classiques du genre, comme les cantes d’ Antonio Chacón, de Juan Breva, de Fosforito, et de La Trini ; mais aussi des variantes moins fréquentées, comme celles de Niño de Velez, del Perote, del Chato de Las Ventas, et du cantaor lui-même. Les Cantes Abandolaos font l’ objet d’ un panorama a peu près exhaustif : Verdiales, Jabegotes, Jaberas, Rondeña, Fandangos de Lucena, et Fandangos de Almería (ne manquent à l’appel que la Bandolá et le cante de Frasquito Yerbabuena).

Le répertoire local est complété par les cantes del Piyayo, une variante de la Petenera attribuée à la Rubia de Málaga, et des cantes de la Sierra de Ronda (Polo et Serrana). Enfin, outre les Granaínas y Media, et les Cantes de Minas (Tarantas, Cartageneras, et Mineras), Antonio de Canillas interprète brillamment quelques styles assez rares qui conviennent bien à sa voix : Marianas, Soleares de Córdoba, et Cabales notamment.

On regrettera une fois de plus que la qualité musicale de ces enregistrements soit entachée par une réalisation médiocre : remastérisation peu soignée, et surtout, un livret très sommaire, réduit à une courte biographie (pas de date ni de référence des enregistrements, ni d’ analyses des cantes, ni de textes des coplas ; et si les guitaristes sont bien mentionnés, dans le désordre le plus total, il faudra vous fier à votre oreille pour les affecter à tel ou tel palo...).

Malgré ces réserves, nul ne saurait se priver d’ une telle somme. On trouvera dans la même collection d’ autres volumes, certes consacrés à des artistes de moindre envergure (Gitanillo de Vélez et Niño Bonilla), mais qui raviront les nostalgiques de la grande époque des tablaos de la Costa del Sol. Les lecteurs désireux d’ acquérir ces disques devront, une fois de plus, s’ adresser à Paco Roji ("Flamenka")...

Flamenka

Claude Worms

Galerie sonore

Malagueña personal : Diego el Perote - guitare : Antonio Vargas

Polo : Juan Casillas - guitare : Enrique Campos


Malagueña
Polo




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