De Gaspar Sanz à Charlie Parker : la bulería dans tous ses états (III)

mardi 29 novembre 2016 par Claude Worms

Au tournant des années 1970 - 1980, la bulería est l’un des principaux vecteurs d’un "cross-over" qui élargit l’audience du flamenco bien au-delà du milieu des "aficionados". Dès lors, elles ne cessera plus de se nourrir des genres musicaux les plus divers

I) Bulería "por todos los estilos"

Fernanda et Bernarda de Utrera

Dans les deux précédentes parties de cet article, nous avons déjà eu l’occasion de voir que, depuis au moins les années 1920, nombre de cantes du répertoire flamenco ont été adaptés au rythme de la bulería. De la siguiriya à la malagueña, en passant par les fandangos de toutes catégories, la petenera, le taranto ou le tiento, peu auront échappé à ce type d’adaptations, dont Manuel Vallejo aura été une fois de plus l’un des grands précurseurs.

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Manuel Vallejo

Manuel Vallejo : bulerías (siguiriya de Curro Durse), 1950 - guitare : Paco Aguilera

Pepa de Benito

Mais c’est sans doute à Utrera et Lebrija que cet exercice est devenu partie intégrante du style de cante por bulería local, notamment avec La Fernanda et la Bernarda de Utrera (1923 - 2006 / 1927 - 2009) et Pepa de Benito (1937 - 2016). Les romances y ont acquis une grandeur dramatique exceptionnelle, que l’on retrouve dans l’interprétation des canciones por bulería, parfois non sans grandiloquence, qui sont aussi l’une des spécialités des artistes de ces deux villes - un style très éloigné de l’esthétique ludique de d’Antonio el Chaqueta, ou de la légèreté mélodique de La Niña de los Peines, Manuel Vallejo, Niño de Marchena... Miguel Vargas Jiménez "Bambino" (1940 - 1999) aura été le premier spécialiste incontesté du genre : dès 1967, il enregistrait un album dont le programme comportait 7 "Rumbas Flamencas" et 7 "Canciones por Bulerías" rigoureusement alternées, avec son "Combo flamenco" - Juan Maya Marote, Enrique Escudero et Paco del Gastor à la guitare et El Monchi aux percussions...

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Fernanda de Utrera

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Bernarda de Utrera

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Pepa de Benito

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Bambino

Fernanda de Utrera : bulerías (colombiana), 1984 - guitare : Paco del Gastor

Bernarda de Utrera : bulerías (tiento de Frijones et malagueña del Mellizo), 2005 - guitare : Antonio Moya et Pedro María Peña

Pepa de Benito : bulerías (romance), 1999 - guitare : Antonio Moya

Bambino : bulerías (bolero : "Tú me acostumbraste", créé en 1957 par le pianiste, compositeur, auteur et interprète cubain Frank Domínguez), 1967 - guitare : Juan Maya "Marote", Enrique Escudero et Paco del Gastor

Chano Lobato - photo : Paco Sánchez

Pour le plaisir, concluons ce bref chapitre avec un fandango por bulería de Chano Lobato, et une petenera por bulería du groupe Martires del Compás, plutôt "grunge"... ce qui n’empêche pas que la falseta d’introduction en soit empruntée à Diego del Gastor, accompagnant Fernandillo de Morón pour une succulente version du "Café de Chinitas".

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Chano Lobato

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Martires del Compás

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Fernandillo de Morón

Chano Lobato : bulerías (fandango), 1999 - guitare : Juan Habichuela

Martires del Compás : "Petebulería", 2004

Fernandillo de Morón : bulerías ("En el Café de Chinitas"), 1971 - guitare : Diego del Gastor

Diego Carrasco et Camarón de La Isla

II) Bulerías "en er mundo"

Au tournant des années 1970 - 1980, quelques musiciens novateurs choisissent la bulería comme vecteur privilégié d’expérimentation, sans doute parce que le terrain y était moins cadenassé par l’orthodoxie "puriste" et que l’on y risquait moins l’excommunication qu’en tentant de composer de nouveaux cantes, ou de nouvelles variantes, por solea ou por siguiriya, ou même por tango. En somme, les bulerías seront à cette époque ce que les "fandangos personales" avaient été aux années 1930 - 1950.

José Cortés "Pansequito" (1945) reste le plus traditionnel, mais ses longues tenues de notes et ses liaisons sur le souffle des deux derniers tercios de cantes par ailleurs "classiques", suivies de conclusions abruptes, renouvellent le dynamisme rythmique du genre.

Juan Peña "El Lebrijano" / Pansequito

Juan Peña "El Lebrijano" (1941 - 2016) applique le même traitement aux bulerías de Lebrija et Utrera, en jouant plutôt sur la dynamique vocale que sur la longueur de souffle (encore que...), et s’impose dans les festivals andalous par sa version de "La Tarara". Surtout, à partir de 1985, il invente pour le cante flamenco la "fusion world-music" avec l’Orquesta Andalusí de Tánger et Paco Cepero, dans un répertoire constitué pour l’essentiel de tangos et de bulerías réduite à l’ancienne pulsation ternaire des jaleos, plus petits communs dénominateurs entre les traditions musicales des "deux rives". Le cantaor poursuivra l’expérience pendant trois décennies, avec les albums "Casablanca" en 1997 ("Calle de San Francisco", bulerías de Lebrija), "Puertas abiertas" en 2005 avec le violoniste marocain Faiçal et enfin "Dos orillas" en 2014, avec Redouane Kourrich. Dans la même veine, Radio Tarifa, groupe aussi original qu’éphémère, enregistrera des "Bulerías turcas" pour son premier opus (1993)

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Pansequito

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El Lebrijano

Pansequito : bulerías, 1974 - guitare : Juan et Pepe Habichuela

El Lebrijano : bulerías, 1973 - guitare : Manolo Sanlúcar et Pedro Peña

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El Lebrijano / Orquesta Andalusí de Tánger

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Radio Tarifa

El Lebrijano et Orquesta Andalusí de Tánger : "Dame la libertad", 1985 - guitare : Paco Cepero

Radio Tarifa : "Bulerías turcas", 1993

Enrique Morente

On chercherait en vain quelque bulería au programme des cinq premiers disques d’Enrique Morente (1942 - 2010). A ce propos, il répondait à Anselmo González Climent, en 1967 lors d’une interview pour la revue El Candíl :

"¿Por bulerías ? Pues no sé cantarlas (...). Es un cante muy dificil. En mi caso, a lo mejor lo canto para bailar, pero no me he dedicado ni le he cogido tanta afición ni tanta fe a este cante como a las soleares, siguiriyas, tarantas, malagueñas...". (propos cités par Silvia Calado Olivo. Cf. bibliographie)

... ce qui ne l’empêcha pas de graver ultérieurement une bonne vingtaine de bulerías originales, à partir de l’album "Despegando" (1977). Il y adapte por bulería, sous le titre "Yo escucho los cantos", un extrait de "Recuerdo infantil" d’Antonio Machado. Dès lors, Enrique Morente utilise la bulería comme une sorte de continuo rythmique, particulièrement adéquat à l’un des aspects majeurs de son œuvre, la mise en musique de fragments poétiques (en vers ou en prose) : de Federico García Lorca à San Juan de la Cruz, en passant par Ibm Hazm, Al Mutamid, Miguel Hernández, María Zambrano..., chaque texte donne lieu à un mélange hallucinant de déclamations, de psalmodies, d’ariosos, d’envolées lyriques aussi limpides que savamment modulantes ou d’estribillos tellement évidents qu’on les croit populaires (par exemple, le fameux "Él iba solo tabaleándose", sur un texte de Pedro Garfias).

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Enrique Morente : "Crisol"

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Enrique Morente : "Niña ahogada en el pozo"

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Enrique Morente : "Bulerías de Bécquer"

Enrique Morente : "Crisol", 1992 - guitare : Juan Habichuela, Juan Carmona Amaya et Antonio Carmona

Enrique Morente : "Niña ahogada en el pozo", 1996 - avec Lagartija Nick - guitare : Juan Manuel Cañizares

Enrique Morente : "Bulerías de Bécquer", 2003 - guitare : Niño Josele

Camarón et Paco de Lucía

Le duo Camarón de La Isla / Paco de Lucía est évidemment le premier et le principal responsable du cross-over du flamenco et en particulier de la bulería, qui ne cesseront plus dès lors d’élargir leur audience "por er mundo". Nous n’insisterons pas ici sur l’importance de l’œuvre du cantaor, auquel nous avons déjà consacré un article (La discographie de Camarón de La Isla). Dès son premier disque (1969), Camarón (1950 - 1992) établit une nouvelle norme implicite (deux bulerías, une par face) qui, si elle ne nous surprend plus guère, est loin de faire l’unanimité à l’époque. Dix ans plus tard, le rythme de production de bulerías s’accélère nettement : 22 bulerías sur les 59 cantes inclus dans les sept derniers albums officiels, de "La leyenda del tiempo" (1979) à "Potro de rabia y miel" (1992).

Dans ses premiers enregistrements avec Paco de lucía et Ramón de Algeciras ou Paco Cepero (qui n’était jamais crédité à l’époque), Camarón s’inspire surtout de sa mère, Juana Cruz Castro, de La Perla de Cádiz, d’Antonio el Chaqueta (pour le chant à contretemps et les "trabalenguas") et du style de Málaga, via La Repompa (longues lignes mélodiques ascendantes suivis de brèves chutes conclusives, à l’inverse des contours dominants des bulerías de Jerez, par exemple). Il rendra d’ailleurs hommage à ces trois derniers : respectivement, avec "Bulerías de La Perla" (album "Calle Real", 1983) ; "Homenaje a Chaqueta", por soleá et non por bulería (album "Te lo dice El Camarón", 1987) ; et "Tres luceros" (album "Viviré", 1984).

Mais, avec le génie singulier du cantaor, ce sont surtout les harmonisations de Paco de Lucía qui permettent à ces cantes somme toute assez traditionnels de séduire un nouveau public : elles systématisent les accords de passage sur les degrés du mode (cadences secondaires V-I) ou sur leur substitution par les relatifs mineurs (D7 - Gm7 - A au lieu de Bb - A par exemple). Cet environnement harmonique est évidemment beaucoup plus familier aux amateurs de variété, de rock..., clarifie les marches harmoniques - qui deviennent nettement plus prévisibles pour des oreilles "non averties" - et du même coup les modèles mélodiques ; au risque d’une rigidité anti-flamenca à laquelle Camarón échappe brillamment, grâce à son sens intuitif de la paraphrase.

A partir de 1979, la densité harmonique s’accroît encore pour des compositions originales qui nous situent aux confins des fandangos, des jaleos extremeños et de la canción por bulería - sur ce point, on pourra consulter quelques grilles de cantiñas et de bulerías de la période la plus créative, 1979 - 1984 (cf. article cité ci-dessus). Les falsetas de plus en plus intégrées à la trame de chaque pièce et l’intensité et la tension vocales des interprétations (que l’on aurait jusque là plutôt attendu pour des siguiriyas) assurent l’ancrage dans le cante "pur et dur". Un cocktail dont Camarón usera (et parfois abusera) avec le succès que l’on sait.

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Camarón : "Son tus ojos dos estrellas"

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Camarón : "Ná es eterno"

Camarón : "Son tu ojos dos estrellas", 1971 - guitare : Paco de Lucía et Paco Cepero

Camarón : "Ná es eterno", 1983 - guitare : Paco de Lucía et Tomatito

Lole y Manuel

Mais le style de Camarón était sans doute trop irréductiblement personnel pour générer une postérité esthétique fertile - ses "héritiers" se sont en général limités à des copies plus ou moins talentueuses, surtout pour les bulerías. Avec le recul, il nous semble que les trois artistes qui ont le plus durablement influé sur l’évolution des bulerías contemporaines auront été Lole y Manuel et Diego Carrasco.

Lole Montoya (chant, 1954) et Manuel Molina (guitare, 1948 - 2015) ont enregistré en 1975 un premier album miraculeux, dont le duo ne retrouvera ensuite que par intermittences la fraîcheur et la limpidité d’inspiration. "Nuevo día" présentait notamment quelques canciones por bulería spécialement composées pour le disques, sur des tempos très lents, portées par la voix exceptionnelle de la chanteuse et par l’accompagnement minimaliste inimitable du guitariste. Ce coup de maître aura suffit a créer une nouvelle école, dont on peut suivre les nombreuses ramifications dans les générations postérieures de cantaor(a)es qui se sont essayé(e)s à la composition de canciones por bulería originales (El Chino, Rosario "La Tremendita"... et surtout Mayte Martín) et de chanteurs ou de groupes de pop andalouse, avec ou sans zeste d’effets électroniques (Martirio, Buika, Chambao, Estopa, Un Gato en la Luna...).

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Lole y Manuel

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Mayte Martín

Lole y Manuel : "Un cuento para mi niño", 1975

Mayte Martín : "S.O.S", 1994 - guitare : Chicuelo

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Chambao

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Un gato en la luna

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Buika

Chambao : "Mi primo Juan", 2005

Un Gato en la Luna : "Lágrimas de cristal", 2008

Buika : "Bulería alegre", 2006

Diego Carrasco et Moraíto

Diego Carrasco (1954) restera pour la postérité un immense créateur de bulerías. Avec Moraíto, son inséparable complice, le "poète aux vers concassés" (Maguy Naïmi) n’a jamais cessé, depuis son premier disque (1984) dans lequel il reprenait entre autres une letra chantée par La Niña de los Peines dans le premier enregistrement connu de bulerías ("Mi novia me daba a mí...", 1910 devenu "Cantarillo nuevo"), d’en explorer toutes les déclinaisons imaginables - et même inimaginables : du chant a cappella aux choeurs sur chant tour à tour nostalgique ou rabelaisien ("Cae la tarde", 1987 / "Undibel", 1993) et aux sections de cuivres façon Stax ("Química", 2000) ; des alegrías por bulería (“Oliva y naranja", 1991) au jaleo façon boîte à musique avec guitare saturée ("El tino de un torero", 1991) et à la bulerap, une voie que suivra son compatriote Tomasito ("Yo, marinero", 2000 - il y conte quelques souvenirs de service militaire...) ; des bulerías classiques (ou presque...) de Jerez et Cádiz ("Hoy no es el día" et "Bulerías del naugo", 1993) à l’entrelacs inextricable des compases de siguiriya et de bulería sur tapis de cordes ("Mariposilla verde", 2000)...

Les montages (scandaleux...) d’extraits qui suivent vous donneront une première idée de la créativité de Diego Carrasco. Nous espérons aussi qu’ils vous donneront envie de découvrir l’intégralité de sa discographie. Ajoutons pour conclure que les alegrías por bulería de "Oliva y naranja" sont à notre connaissance le premier essai conséquent d’équivalences rytmiques que nous retrouverons dans le prochain chapitre : les quatre noire pointées de deux medios compases ternaires successifs peuvent être compris comme un 4/4 ternaire jazzy, qui lui même peut ensuite être traité en rythme binaire (blues, rock...) - les deux peuvent également être superposés avec plusieurs instruments : d’où la walking bass de Tino di Geraldo sur "Oliva y naranja", la facilité du passage de la bulería au tango (et vice-versa) que nous avons déjà souligné pour les jaleos extremeños et les bulerías de Málaga (cf. 2ème partie), ou encore les hybridations bulería / blues, bulería / jazz...

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Diego Carrasco 1

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Diego Carrasco 2

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Diego Carrasco 3

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Diego Carrasco 4

Diego Carrasco (1) : extraits de "Cantarillo nuevo" et de "Cae la tarde" , 1984 - guitare et chant : Diego Carrasco / 1987 - guitare : Diego Carrasco ; claviers : Pepe Tejera ; voix : Marta Heredia

Diego Carrasco (2) : extraits de "El tino de un torero" et "Oliva y naranja", 1991 - guitare : Juanjo Pizarro et Juan Manuel Cañizares ; batterie et basse : Tino Di Geraldo. “Oliva y naranjo : texte extrait de "Elegía en la muerte de Federico García Lorca", de Salvador de Madariaga.

Diego Carrasco (3) : extraits de "Hoy no es el día", "Undibel" et "Bulerías del naugo", 1993 - guitare : Moraíto ; voix : Carmen Amaya ; chœurs : Las Peligros ; percussions : Dr Keli, Manuel Soler et José M. Fernández

Diego Carrasco (4) : extraits de "Mariposilla verde", "Yo, marinero" et "Química", 2000 – guitare : Moraíto et Diego del Morao ; clavier : Jesús Bola ; basse : Carles Benavent ; batterie : Tino di Geraldo

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Tomasito

Tomasito : "Agradecido de Rosendo" (2002)

III) Bule...

Nous venons de voir que le medio compás ternaire en boucle pouvait être interprété comme un 4/4 ternaire, avec y compris des interpolations binaires. Le rythme de la bulería se prête ainsi à toutes les fusions... au risque d’y perdre son identité musicale flamenca, à moins de revenir de temps en temps au bon vieux compás standard. La "bule" pourra donc se décliner en multiples variantes dont nous dresserons pour conclure cet article un bref panorama :

1) Bulebluesrock

Elle apparaît dès la fin des années 1980, entre autres avec le groupe Pata Negra des frères Raimundo et Rafael Amador. Le "Blues de la Frontera", basé sur une falseta de iego del Gastor elle-même dérivée d’une falseta de Manolo de Badajoz por guajira, est devenu un classique du genre. On pourra leur associer de "Sevilla blues" de l’éphémère Arrajatabla, dont l’effectif à géométrie variable avait des allures de "supergroup" : Raimundo Amador, Diego Amador, Juan Reina, "Manglis", José Soto "Sorderita", Jesús Arispont, José Antonio Galicia, Tino Di Geraldo, Arturo Soriano...

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Pata Negra

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Arrajatabla

Pata Negra : "Blues de la Frontera", 1987

Arrajatabla : "Que mira Juan", 1992

2) Bulesalsa

Ketama, des Carmona "Habichulas" grenadins (Juan junior, Antonio et José Miguel) auxquels un Soto jerezano (José Soto "Sorderita") venait apporter du renfort, ne tarda pas à apporter une réponse policée à Pata Negra - à l’époque, en pleine "movida" espagnole, les fans se plaisaient à rejouer à leur propos la querelle Beatles / Rolling Stones. Ainsi naquit la bulesalsa, dûment baptisée dans un album sorti en 1990, qui allait également lancer la mode des "k" ("... y es ke me han kambiao los tiempos")

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Ketama

Ketama : "Shivarita (bulesalsa)", 1990

3) Bulefunk...

... nettement plus radicale, et donc assez peu fréquentée, sinon par les barcelonais de Ojos de Brujo.

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Ojos de Brujo

Ojos de Brujo : "Bulerías del ¡Ay !", 2002

4) Bulejazz

Les musiciens de jazz, souvent issus de la mouvance des groupes de rock andalou, et inspirés par l’exemple de Paco de Lucía et de son sextet (Jorge Pardo, Carles Benavent, Ruben Dantas...) ou par celui de Chick Corea et de sa bulería "Gods and devils" (de l’album "The ultimate adventure", 2006, Stretch Records), multiplient depuis une vingtaine d’années les expériences de "jazzflamenco". L’une des plus durable aura été le projet "Jazzpaña" par lequel sont passés de nombreux guitaristes flamencos (Gerardo Nuñez, Juan Manuel Cañizares...) et jazzmen espagnols (Perico Sambeat, Jorge Pardo, Javier Colina, Carles Benavent, Chano Domínguez, Tino Di Geraldo, Cepillo...). On trouvera dans le premier album titré "Jazzpaña" (1992, ACT / Nuevos Medios), enregistré avec le WDR Big Band dirigé par Vince Mendoza, la bulería "Entre tinieblas" - avec Ramón el Portugués au cante.

Chano Domínguez

Les pianistes ont tous trouvé matière à inspiration dans la bulería, en adaptant au clavier des tournures propres au toque (Diego Amador), ou en s’adonnant à des recherches formelles sophistiquées d’inspiration parfois "classique" (Chano Domínguez).

Enfin, la plupart de ces musiciens ont tenté des adaptations de standards du jazz au rythme de la bulería, dès 1992 pour le "Donna Lee" de Charlie Parker par Jorge Pardo.

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Diego Amador

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Chano Domínguez

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Jorge Pardo

Diego Amador : "Comparito", 2001

Chano Domínguez : "Cardamomo", 1996

Jorge Pardo : "Donna Lee", 1992

Sommes-nous encore dans un idiome flamenco ? Peut-être pas. Comme avant elle le shuffle, les "claves" antillaises et caribéennes, la samba..., la buleria semble échapper à son genre musical d’origine pour devenir un outil rythmique de ce qu’il est convenu de nommer "musiques actuelles". A Moins qu’il ne s’agisse d’un retour aux sources du jaleo d’avant le flamenco...

Claude Worms

Jorge Pardo et Javier Colina

Bibliograhie

Calado Olivo, Silvia : Por bulerías. 100 años de compás flamenco, Editorial Almuzara, Sevilla, 2009

Références discographiques

Manuel Vallejo : bulerías (1950, Columbia) - guitare : Paco Aguilera

Fernanda de Utrera : bulerías ("Cante flamenco", 1984, enregistrement live au Carré Silvia Montfort, Ocora C 558642/43) - guitare : Paco del Gastor

Bernarda de Utrera : bulerías ("A Fernanda", 2005, Muxxic) - guitare : Antonio Moya et Pedro María Peña

Pepa de Benito : bulerías ("Yo vengo de Utrera", 1999, Harmonia Mundi) - guitare : Antonio Moya

Bambino : bulerías ("Bambino y su combo flamenco", 1967, LP Columbia CP 9008) - guitare : Juan Maya "Marote", Enrique Escudero et Paco del Gastor

Chano Lobato : bulerías ("De la Zambra al duende", 1999, Mercury) - guitare : Juan Habichuela

Martires del compás : "Petebulería" ("Sinpapeles.es/Conpapeles.son", 2004, Warner)

Fernandillo de Morón : bulerías ("En el Café de Chinitas") ("Antología de las Bulerías. 3",1971, LP Ariola 85.422-Z) - guitare : Diego del Gastor

Pansequito : bulerías ("Pansequito", 1974, LP Movieplay S 26 216) – guitare : Juan et Pepe Habichuela

El Lebrijano : bulerías ("El Lebrijano", 1973, LP Philips 62 28 102) – guitare : Manolo Sanlúcar et Pedro Peña

El Lebrijano : "Dame la libertad" ("Encuentros", 1985, LP Ariola D 407 240) - avec l’ Orquesta Andalusí de Tánger ; guitare : Paco Cepero

Radio Tarifa : "Bulerías turcas" ("Rumba argelina", 1993, BMG Ariola) – chant : Benjamín Escoriza ; cümbüs basse et percussions : Faín S. Dueñas ; kaval : Javier Paxariño ; ney : Vincent Molino

Enrique Morente : "Crisol" ("Negra, si tú supieras", 1992, Nuevos Medios) - guitare : Juan Habichuela, Juan Carmona Amaya et Antonio Carmona ; tablas : Antonio Carmona. Textes de Federico García Lorca, San Juan de la Cruz et Miguel Hernández.

Enrique Morente : "Niña ahogada en el pozo" ("Omega", 1996, El Europeo Música) - avec Lagartija Nick, guitare : Juan Manuel Cañizares

Enrique Morente : "Bulerías de Bécquer" ("El pequeño reloj", 2003, EMI) guitare : Niño Josele / basse : Alain Pérez. Textes de Adolfo Gustavo Bécquer

Camarón : bulerías ("Son tus ojos dos estrellas" ("El Camarón de La Isla con la colaboración especial de Paco de Lucía", 1971, LP Philips 63 28 021) - guitare : Paco de Lucía et Paco Cepero

Camarón : "Ná es eterno" ("Calle Real", 1983, LP Philips 814 472) – guitare : Paco de Lucía et Tomatito

Lole y Manuel : "Un cuento para mi niño" ("Nuevo día", 1975, LP Movieplay S 32.703)

Mayte Martín : "S.O.S" ("Muy frágil", 1994, On the Rocks) – guitare : Chicuelo

Chambao : "Mi primo Juan" ("Pokito a poko", 2005, Sony BMG)

Un Gato en la Luna : "Lágrimas de cristal" ("Amalgama", 2008, Luna Flamenca)

Buika : "Bulería alegre" ("Mi niña Lola", 2006, Casa Limón) -guitare : Niño Josele ; basse : Alain Pérez ; batterie : Horaci "El Negro" Hernández ; percussions : Ramón Porrina

Diego Carrasco (1) : extraits de "Cantarillo nuevo" ("Cantes y sueños", 1984, LP RCA PHK-35463) - guitare et chant : Diego Carrasco / et de "Cae la tarde" ("Tomaketoma", 1987, LP RCA PL-71528) - guitare : Diego Carrasco ; claviers : Pepe Tejera ; voix : Marta Heredia

Diego Carrasco (2) : extraits de "El tino de un torero" et "Oliva y naranja" ("A tiempo", 1991, Nuevos Medios) - guitare : Juanjo Pizarro et Juan Manuel Cañizares ; batterie et basse : Tino Di Geraldo. “Oliva y naranjo : texte extrait de "Elegía en la muerte de Federico García Lorca", de Salvador de Madariaga.

Diego Carrasco (3) : extraits de "Hoy no es el día", "Undibel" et "Bulerías del naugo" ("Voz de referencia", 1993, Nuevos Medios) - guitare : Moraíto ; voix : Carmen Amaya ; chœurs : Las Peligros ; percussions : Dr Keli, Manuel Soler et José M. Fernández

Diego Carrasco (4) : extraits de "Mariposilla verde", "Yo, marinero" et "Química" ("Inquilino del mundo", 2000, Nuevos Medios) – guitare : Moraíto et Diego del Morao ; clavier : Jesús Bola ; basse : Carles Benavent ; batterie : Tino di Geraldo

Tomasito : "Agradecido de Rosendo" ("Cositas de la realidad", 2002, EMI)

Pata Negra : "Blues de la Frontera " ("Blues de la Frontera", 1987, LP Nuevos Medios 13289)

Arrajatabla : "Que mira Juan" ("Sevilla blues", 1992, Fonomusic)

Ketama : "Shivarita (Bulesalsa)" (" … Y es que me han kambiao los tiempos", 1990, Philips)

Ojos de brujo : "Bulería del ¡Ay !" (version live – pour la version studio : "Barí", 2002, La Fábrica de cólores )

Diego Amador : "Comparito" ("El aire de lo puro", 2001, Nuevos Medios) - piano, claviers, basse et palmas : Diego Amador

Chano Domínguez : "Cardamomo" ("Hecho a mano", 1996, Nuba Records) - piano : Chano Domínguez ; tablas : Tino di Geraldo

Jorge Pardo : "Donna Lee" ("Cicadas", 1992, ACT Music) – saxophone : Jorge Pardo ; cajón : Antonio Carmona


Manuel Vallejo
Fernanda de Utrera
Bernarda de Utrera
Pepa de Benito
Bambino
Chano Lobato
Martires del Compás
Pansequito
El Lebrijano
El Lebrijano / Orquesta Andalusí de Tánger
Radio Tarifa
Enrique Morente : "Crisol"
Enrique Morente : "Niña ahogada en el pozo"
Enrique Morente : "Bulerías de Bécquer"
Camarón : "Son tus ojos dos estrellas"
Camarón : "Ná es eterno"
Lole y Manuel
Mayte Martín
Chambao
Un gato en la luna
Buika
Diego Carrasco 1
Diego Carrasco 2
Diego Carrasco 3
Diego Carrasco 4
Tomasito
Pata Negra
Arrajatabla
Ketama
Ojos de Brujo
Diego Amador
Chano Domínguez
Jorge Pardo
Fernandillo de Morón




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