Akram Khan : "Desh"

dimanche 30 décembre 2012 par Nicolas Villodre

Paris - Théâtre de la Ville / décembre 2012

Am, stram, Khan

Si l’on excepte quelques danseurs classiques de premier plan (Nicolas Le Riche, Farouk Rouzimatov, Vladimir Malakov…), des virtuoses comme Israel Galván ou Savion Glover, des adeptes du hip hop et des acrobaties aériennes (on pense, par exemple, aux Coréens découverts il y a quelque temps au Quai Branly ou aux concurrents de la compétition de Juste Debout présentés cette année à Bercy), on ne voit pas qui, actuellement, peut mieux danser qu’ Akram Khan.

Cet interprète a su, comme personne avant lui, entremêler différentes expressions corporelles (kathak, yoga, arts martiaux, contemporain, gymnastique au sol, popping), arrondir les angles de la danse indienne, s’ approprier, styliser, épurer un large éventail de pas et de gestes provenant de toutes ces sources – et de bien d’ autres, sans doute. Ses enchaînements sont d’ une fluidité remarquable, et extrêmement véloces, ses changements d’ axe incessants, ses séries de tours vertigineuses. L’ énergie bouillonne en lui et circule en permanence du bout d’ un index à celui d’ un orteil, à haut débit, plus d’ une heure durant. Comme tous les grands, il a, par-dessus le marché, la politesse de nous faire croire que ce qu’ il fait est aisé.

Il a, en quelques années, révolutionné la danse kathak. Cependant, nous n’ avons pas été convaincu par la matière chorégraphique des derniers spectacles proposés par le jeune Londonien. Ceux-ci sont, pensons-nous, discutables sur le plan esthétique, comme, du reste, l’ est ce goût du name dropping qui l’ a poussé aux collaborations plaquées (avec Sylvie Guillem, Sidi Larbi Cherkaoui, voire avec… Juliette Binoche !). Nous avons, depuis le début, depuis que nous l’ avons vu à l’ une des toutes premières éditions du Monaco Dance Forum, été touché par son incontestable talent de danseur, ce bien avant qu’ il prenne l’ option du show « grand public » et qui l’ a conduit cette année, par exemple, à illustrer avec de gros moyens de production à la clé, mais, finalement, peu de trouvailles artistiques, la cérémonie d’ ouverture des derniers Jeux Olympiques.

Le spectacle autobiographique intitulé Desh (faisant allusion au Bangla-Desh paternel ainsi qu’ à la notion de « terre »), programmé par le Théâtre de la Ville, est un avatar de cet égarement, un nouveau signe de ce fourvoiement, une rechute en enfance confondant pureté et puérilité. Tenir plus d’ une heure en solo relève, il est vrai, de la mission impossible. Simplement, au lieu de remplir les temps morts ou faibles d’ un récit en forme de conte de fées destiné au « jeune public » (ou à une audience déjà un peu… « gaga » sur les bords - le danseur faisant allusion, à un moment, à la fameuse chanteuse de variétés) par ce qui se fait de mieux (de la musique vivante, par exemple, peu importe le style ou le genre), Akram Khan a recours au... théâtre. Au talk show bavard. Du coup, la pièce vire à la performance de la « Stand Up Comedy ». C’ est dommage.

Malgré le paquet mis pour la scénographie, les effets plastiques, les éclairages très subtils ; malgré le collage sonore bruitiste ; malgré la qualité de la danse qui n’ a probablement jamais été plus limpide, souple, déliée, radiante, malgré plusieurs passages mémorables comme ce zapateado pieds nus, ces séries de roulades de judoka, ces enchaînements virevoltants, ces diagonales nettes et précises ou, au contraire, ces arabesques en trois dimensions, ces spasmes, soubresauts et crampes en position allongée, etc., nous ne sommes pas du tout entré dans ce spectacle désuet pour marionnettes, ce théâtre d’ ombres à prétention poétique.

Du coup, on attend avec impatience ce que donnera la collaboration annoncée par certains d’ Akram Khan avec cette autre figure qui puisse lui être comparée ou associée, et avec laquelle il a déjà eu l’ occasion de répéter sans autre but précis (= pour le simple plaisir de danser) : Israel Galván, en personne…

Nicolas Villodre





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