Le cante, une histoire populaire de l’Andalousie / Cinquième partie (franquisme et "transition démocratique").

lundi 27 décembre 2021 par Claude Worms

Le titre de cet article fait référence à deux livres fondamentaux d’Howard Zinn (Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Marseille, Éditions Agone, 2002) et de Michelle Zancarini-Fournel (Les luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Paris, Éditions La Découverte, 2016). Des générations de "flamencologues" ont répété à satiété la thèse selon laquelle le cante était d’autant plus "pur" que les coplas traitaient de thèmes réputés universels, tels la mort, l’amour, la mère, etc. Il s’agit là d’un postulat essentialiste selon lequel les andalous en général, et les gitans en particulier, seraient enclins à un fatalisme qui engendrerait passivité et soumission à l’ordre social établi...

Distribution de cartes de rationnement — Séville, 1939

... Or, si les letras sont effectivement rarement engagées politiquement ou socialement, au sens strict du terme (du moins jusqu’à la fin du franquisme), leur lecture sans a priori montre qu’elles racontent une histoire populaire de l’Andalousie : parfois directement, par des prises de position dans des conflits politiques et des luttes sociales ; plus souvent indirectement, par le constat accablant des énormes inégalités qui marquent la société andalouse pendant un siècle et demi d’histoire du flamenco.

Place Bib Rambla, Grenade, vers 1938-1940

V) Franquisme et "transition démocratique"

V A Les années 1940-50

"[…] L’Espagne a fermé la porte au soviet. Au prix d’énormes sacrifices et d’innombrables actes héroïques. L’Europe devra être reconnaissante à notre patrie pour cet acte glorieux, qui vient poursuivre la ligne des destins espagnols. Parce que le mouvement soviétique, antieuropéen, ennemi de notre civilisation chrétienne et de la grande histoire de l’Espagne, grâce à notre effort, échouera totalement, comme il a échoué dans quelques nations hispano-américaines, grâce aussi à ce que ces pays, malgré une propagande anémiante, se sont nourris de la sève espagnole. Autant dire de l’esprit chrétien et d’ardents sentiments patriotiques. C’est évident. Pour l’Espagne, ce mouvement libérateur constitue une grande œuvre. Peut-être cette lutte était-elle nécessaire pour qu’elle tourne un peu son regard vers le lumineux chemin que la providence lui a tracé au cours des siècles et qu’elle nourrisse ses fils d’un nouvel esprit national, avec une efficacité suffisante pour sortir le pays de son marasme actuel et de l’atonie honteuse dans laquelle se consumaient les énergies de la race. Notre patrie devait affronter, forcément, le marxisme. Agir autrement aurait été pour elle une honte et la négation catégorique de toute son histoire.

[…] Une fois encore, notre patrie s’attaque à une entreprise universelle. C’est son destin. Destin glorieux. Il importe peu que le pays lutte contre la misère matérielle, une misère que nous ont léguée les Gouvernements de tendance marxiste qui nous ont tyrannisés quelque temps. Le fait certain, noble et magnifique est que l’Espagne est en train d’écrire une nouvelle et superbe page de son histoire. De son histoire qui est, nous l’avons dit, l’histoire du monde. Les pays étrangers le reconnaissent. Qu’il serait triste que certains espagnols, dominés par l’effroi, dépourvus d’esprit national ou ignorant de notre action, ignorent la grande signification de la bataille actuelle ! Et plus triste encore que ce nouveau réveil de la race se perde dans l’abîme d’une stérilité qui, non seulement, nous coûterait la vie mais étoufferait définitivement l’esprit espagnol ! Donc, tous à la lutte ! Une lutte qui, par chance, est sur le point de se terminer par la victoire de l’Espagne. Par la victoire de l’Europe. Par la victoire de la civilisation chrétienne." (éditorial du quotidien El Ideal, Grenade, 9 août 1936 — cité par Cobo Romero et Ortega López, traduction de l’auteur de cet article).

Publié quelques jours après la prise de Grenade par les nationalistes (23 juillet 1936), ce texte, malgré une prose franchement indigeste, a l’avantage de dispenser de tout commentaire. On y retrouve sans surprise tous les fantasmes du fascisme et de l’ultranationalisme. La seule originalité du franquisme est de les insérer dans un récit millénariste, le destin de l’Espagne décrété par la divine Providence, impliquant une logique expiatoire. Dès le début de la guerre civile, il s’agit donc de justifier les exactions des rebelles, mais aussi d’unir sur un semblant de socle programmatique les multiples composantes du futur franquisme, dont les idéologies et les intérêts matériels sont divergents et parfois contradictoires : phalangistes, carlistes( "Comunión Tradicionalista"), monarchistes ("Renovacíon española"), conservateurs, armée, patronat, grands propriétaires terriens, et, dans une moindre mesure, classes moyennes urbaines et rurales. L’Église catholique fait office de garant moral et sa hiérarchie entend mener, de pair avec l’état, une vigoureuse mission de "recatholisation". Elle exerce donc un rôle majeur dans l’encadrement et la surveillance quotidienne de la population, qu’elle partage en étroite collaboration avec les nouveaux organes étatiques et para-étatiques. Le 20 avril 1937, tous les groupes politiques et syndicaux sont dissous et remplacés par une organisation unitaire, la "Falange Española Tradicionalista y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalistas" ("FET y de las JONS"), plus connue sous le nom de "Movimiento Nacional". Franco cumule dès lors les pouvoirs du chef de l’État et ceux du « Mouvement National, en tant que "Jefe Nacional" et "Jefe Supremo de la Milicia" — une dictature personnelle qui le libère opportunément de toute contrainte programmatique à long terme. Aux échelons provinciaux et locaux, les gouverneurs civils et les maires nommés de fait par le gouvernement, servent de courroies de transmissions et permettent de distribuer postes et prébendes aux soutiens du régime, qui en deviennent les clients.

L’Église veille naturellement avec une sollicitude toute particulière sur la "ré-éduction morale" des femmes. Elle pouvait compter sur l’aide de l’état franquiste, qui commande au "Patronato de Protección a la Mujer" une enquête sur l’état de santé morale de la population — 1942-1944 (Prieto Borrego). Le diagnostic est consternant, et liste exhaustivement les activités et les lieux dangereux de promiscuité entre les deux sexes, les milieux populaires étant par essence les plus enclins à la dépravation : les fêtes et les bals sur les places des villages (exclusivement les dimanches et les jours de fêtes patronales), dorénavant sous haute surveillance du clergé local ou de la Garde Civile — à Séville, le cardinal Segura interdit tout contact physique aux couples de danseurs ; les bars, les cabarets, les théâtres, les cinémas et autres lieux de dépravation (une loi de novembre 1940 oblige les salles de spectacle à fermer à 22h) ; les excursions à la campagne a priori suspectes, surtout à partir de la diffusion des bicyclettes ; les lieux de travail, si possible non mixtes, etc. Les vêtements féminins sont soumis à toutes sortes d’interdits et de recommandations par la hiérarchie ecclésiastique : le Diocèse de Málaga prohibe les coupes trop près du corps et les bras nus et décide que les robes et les jupes doivent couvrir les genoux ; le Patronato de Cadix condamne les baigneuses qui résistent à l’usage du peignoir de bain. Évidemment, les normes du mariage catholique s’imposent, pour des raisons morales et natalistes : naissances hors mariage et avortements sont sanctionnés par la loi : l’adultère féminin est un délit (loi du 11 mai 1942) et l’avortement un crime (loi du 24 janvier 1941) : "La véritable mission de la femme est de donner des enfants à la Patrie. Et c’est donc son aspiration suprême. Dans le national-syndicalisme, sa mission reste plus que jamais d’être la continuatrice de la race, des chemins ouverts par des femmes qui s’appelèrent Isabelle de Castille et Sainte Thérèse de Jésus, dans la vie desquelles nous trouvons tant d’amour pour Dieu et pour la Patrie. Nous ne voulons pas d’autres guides ni d’autre meilleur reflet des vertus clairement chrétiennes et espagnoles, qui doivent être nôtres car elles sont spirituelles et uniques" (Medina, revue de la Sección Femenina, 12 juillet 1942 — traduction de l’auteur de cet article).

"Guia de la esposa perfecta" — Sección Femenina, 1940

Compte tenu de la situation d’une majorité des femmes des classes sociales les plus pauvres, seules en capacité d’entretenir leur famille (leurs maris sont morts, emprisonnés, en fuite ou au chômage), on comprend que, contraintes à travailler dans des conditions précaires, à voler, à se prostituer, à abandonner leurs enfants ou à avorter, elles aient souvent été victimes des rigueurs de la loi et/ou d’humiliations publiques : tondues, emprisonnées, violées, voire condamnées à mort — "Las niñas del Aguaucho", ou "Las trece rosas", membres des Jeunesses Socialistes Unifiées, furent arrêtées en mai et juin 1939 et fusillées le 5 août 1939, accusées d’assassinats qu’elles n’avaient pu commettre puisqu’elles étaient en prison : Carmen Barrero Aguado (20 ans), Martina Barroso García (24 ans), Blanca Brisac Vázquez (29 ans), Pilar Bueno Ibáñez (27 ans), Julia Conesa Conesa (19 ans), Adelina García Casillas (19 ans), Elena Gil Olaya (20 ans), Virtudes González García (18 ans), Ana López Gallego (21 ans), Joaquina López Laffite (23 ans), Dionisia Manzanero Salas (20 ans), Victoria Muñoz García (18 ans) et Luisa Rodríguez de la Fuente (18 ans).

Cependant, la répression s’avérant insuffisante, elle fut progressivement remplacée par l’endoctrinement quotidien exercé par la "Sección Femenina" (dépendante de la ("FET y de las JONS", elle organisait notamment les "Coros y Danzas de España"), l’école, la presse, la radio et le cinéma. Dans ces deux derniers cas, le message des coplas (Rafael de León, Antonio Quintero), très en vogue à l’époque, a pourtant des effets ambigus : le personnage récurrent de la femme de "mauvaise vie", qui paye sa dépravation par la solitude, la misère et la repentance, attire plus souvent l’empathie que la condamnation d’un public qui partage majoritairement sa condition.

Sobrevivir : vol artisanal dans un train de marchandises (de subsistance ou pour le marché noir ?) — photo Arenas

Nous avons déjà vu qu’une répression massive s’était abattue sur les vaincus, implacablement jusqu’à la fin de l’état de guerre, plus sporadiquement ensuite en fonction des rapports de force au sein du pouvoir entre purs doctrinaires et milieux d’affaires plus soucieux d’efficacité économique, fût-ce au prix d’une certaine « ouverture » — schématiquement, entre la Phalange et l’Opus Dei. Dans un premier temps, la pénurie est une alliée efficace de la terreur, en ce qu’elle achève d’enfermer le plus grand nombre dans une vie quotidienne où il s’agit prioritairement de survivre. Les difficultés d’approvisionnement sont dues au choix de l’autarcie (ultranationalisme et isolement international, après 1945, obligent) et subsidiairement, surtout en Andalousie, au renforcement des latifundia, à la désorganisation des pouvoirs publics et à la débilité des infrastructures, plus ou moins sciemment entretenus jusqu’à soumission totale des récalcitrants. Les cartes de rationnement, apparues en 1939, ne seront supprimées qu’en 1952. Elles entretiennent immanquablement un intense marché noir généralisé qui, joint à la contrebande, est source de fortunes miraculeuses — les produits de première nécessité, comme la farine et l’huile d’olive, peuvent être vendus dix fois leur prix officiel. Pour la "gente de a pie" il s’agit plutôt d’une activité inévitable mais à haut risque. La "Fiscalía de Tasas se chargeait d’administrer des peines graduées : confiscation des marchandises, amendes et saisies des biens et du logement en cas de non-paiement, prison (à raison d’un jour par 5 pesetas de marchandise — Román Ruiz). Dans la plupart des cas, de telles sanctions équivalaient à des ruines définitives, qui s’ajoutaient aux maladies (avitaminoses, trachome, tuberculose, typhus), quand on ne mourait pas littéralement de faim — entre avril et août 1939, à Garrucha Almería), 39 personnes sont mortes de faim (Román Ruiz). Sur cette situation, on lira avec intérêt les témoignages de cantaores qui ont vécu, enfants ou adolescents, les "années de la faim" (Velázquez-Gaztelu).

Agrupación guerillera de Granada, 1948

La misère et la répression grossissent les effectifs des maquis résistants aussi sûrement que les convictions politiques. A partir de 1944, les directions du PSOE et du PCE exilées en France tentent d’organiser des réseaux de résistance à partir des groupes de guérilla isolés préexistants et de combattants infiltrés depuis la France ou le Maghreb, sans parvenir à unir leurs forces : en 1942, le PSOE fonde la "Junta Española de Liberación" et le PCE la "Unión Nacional Española". Le 9 octobre 1944, la UNE tente d’infiltrer entre 4000 et 7000 partisans de la "Agrupación de Guerilleros Españoles" par le Val d’Aran. Ils sont facilement écrasés par l’armée franquiste — bilan : 129 morts et 588 blessés pour l’AGE, contre 32 morts pour les franquistes. Le désastre provoque la dissolution de l’ANE, mais non la fin des maquis, réorganisés en neuf groupes, dont quatre en Andalousie : "2da Agrupación centro" (Sierra Morena de Jaén et une partie de la province de Ciudad Real) ; "3ra Agrupación de Córdoba" (Córdoba et Badajoz) ; "6ta Agrupación de Guerilleros de Granada-Málaga" ; "7mo Grupo ‘Fermín Galán’" (Sierra de Ronda et Campo de Gibraltar) (Sánchez Tostado). A ces réseaux importants, il convient d’ajouter de nombreux groupes isolés, constitués par des leaders anarchistes ou communistes. Tous affrontaient une armée très supérieure en nombre et en armement, avec des fusils de chasse, des revolvers pris à la Garde Civile et des bombes artisanales fabriquées avec des explosifs dérobés dans les mines. En Andalousie, ils résistèrent pourtant jusqu’en 1952. La période 1946-1948, surnommée "Trienio del Terror", fut particulièrement meurtrière, d’autant que le contexte de la Guerre Froide priva les guérillas de tout soutien extérieur : les pays anglo-saxons, déjà très parcimonieusement impliqués, cessèrent totalement d’intervenir ; en 1948, sur ordre de Staline, le PCE abandonna la lutte armée. A partir de cette date, les chefs guérilleros furent tués ou arrêtés les uns après les autres, une minorité réussissant cependant à s’échapper, s’exilant ou « disparaissant » sur place. Pablo Pérez "Manolo el Rubio" en est un célèbre exemple : l’un des leaders de l’"Agrupación Fermín Galán", il se cacha vingt-sept ans dans une cabane de berger et ne se présenta aux autorités qu’après la mort de Franco, en 1976 (Sánchez Tostado).

V B Le franquisme et l’Andalousie (1955-1975)

Tengo que hacer un rosario / con tus dientes de marfil / para que pueda besarlo / cuando esté lejos de ti.

Sobre sus cuentas divinas / hechas con nardo y jazmín / rezaré para que me ampare / aquella que está en San Gil.

Adiós mi España querida / dentro de mi alma / te llevo metida. / Y aunque soy un emigrante / jamás en la vida / yo podré olvidarte.

Cuando salí de mi tierra / volví la cara llorando / porque lo que más quería / atrás me lo iba dejando.

Llevaba por compañera / a mi Virgen de San Gil / un recuerdo y una pena / y un rosario de marfil.

Yo soy un pobre emigrante / y traigo a esta tierra extraña / en mi pecho un estandarte / con los colores de España.

Con mi patria y mi novia / y mi Virgen de San Gil / y mi rosaro de cuentas / yo me quisiera morir.

Juan Valderrama / "El emigrante"

Juan Valderrama : "El emigrante (1950)

Le texte de ce pasodoble ( Juan Valderrama ; musique : Niño Ricardo) est emblématique du désastre franquiste : après l’exil politique, l’émigration économique. Franco en fut cependant enchanté. Sans comprendre ce que le texte pouvait véhiculer de critique implicite, Il n’en retint que "mi España querida", ce qui permit à Juan Valderrama de reprendre sa carrière. Il en profita d’ailleurs pour former des compagnies dans lesquelles il engagea des artistes empêchés de travailler par le régime. A peine deux mois avant sa mort, il déclarait : "[…] J’ai écrit ‘El emigrante’ avec Niño Ricardo quand j’ai vu pleurer les espagnols qui s’en allaient au Maroc. Je l’aurais bien intitulé ‘El exiliado’, mais ils m’auraient fusillé". (interview de Juan Valderrama par Miguel Mora, El País, 23 février 2004 — traduction de l’auteur de cet article).

Le solde migratoire de l’Andalousie est éloquent : pour une population passant de 5.219.400 habitants en 1940 à 5.971.200 habitants en 1970, il s’établit à – 29.977 pour la période 1931-1940, - 107.696 (1941-1950), - 568.503 (1951-1960) et – 843770 (1961-1970) (Lacomba, pages 195-196). Les principales destinations sont non seulement la France, l’Allemagne, la Belgique et la Suisse, mais aussi la Catalogne, le Pays Basque et la région de Valence. Avant même la crise économique de 1973, l’Andalousie est une zone économique périphérique et dépendante, même à l’intérieur de l’Espagne. Les déséquilibres entre les secteurs d’activité, le chômage massif et les inégalités sociales que nous avons décrites au chapitre II persistent donc, quand elles ne s’aggravent pas : secteur agricole archaïque et latifundia provoquant sous-emploi chronique et chômage ; retard industriel entretenu par la colonisation (capitaux externes) ; faiblesse du financement endogène (capitaux andalous investis dans des régions plus rentables à court terme). En 1960, la population active ne représente que 34,6% de la population totale, l’agriculture emploie 49,9% de la main d’œuvre, l’industrie 20,8% et les services 29,3%. La même année, pour une base 100 (Espagne), le revenu moyen par habitant est de 53,02 à Almería, 77,08 à Cadix, 77,01 à Cordoue, 53,11 à Grenade, 76,87 à Huelva, 73,12 à Jaén, 66,36 à Málaga et 86, 34 à Séville (Lacomba, pages 201-202) — on comprend pourquoi l’Andalousie orientale fournissait les plus forts contingents d’émigrés.

Grève du bâtiment — Grenade, juillet 1970

A partir de la décennie 1960-1970, le régime abandonne l’autarcie et opte pour l’ouverture économique souhaitée par les milieux d’affaires et l’Opus Dei, impossible sans un assouplissement à la marge de la dictature. Pourtant, en Andalousie, l’émigration économique atteint des sommets (cf. ci-dessus). C’est que, dans le cadre de la division du travail capitaliste déployée en Espagne, la région reste fortement spécialisée : agriculture, pêche et mines. Le développement industriel est impulsé par des entreprises extérieures qui le limitent à des secteurs peu technologiques et cherchent surtout à exploiter une main d’œuvre peu coûteuse : raffinage du pétrole, chimie de base, métallurgie, papier et dérivés, etc. L’emploi tertiaire est lié au développement du tourisme, les journaliers agricoles devenant des journaliers de la restauration et de l’hôtellerie : en 1973, les services emploient 38,9% de la main d’œuvre, l’agriculture 33,2%, l’industrie 16,9% et le bâtiment 11%. Dans ces conditions, le revenu moyen par habitant reste très inférieur à celui de l’Espagne (base 100) : en 1973, 72 à Almería, 75 à Cadix, 69 à Cordoue, 63 à Grenade, 75 à Huelva, 65 à Jaén, 77 à Málaga et 80 à Séville (Lacomba). Si le décalage entre Andalousie occidentale et Andalousie orientale s’est légèrement atténué, ces indices demeurent proches de ceux de 1960. Et n’oublions pas que ces moyennes dissimulent les énormes inégalités sociales tristement caractéristiques de l’Andalousie. Entre 1960 et 1973, l’émigration andalouse est plus massive que jamais : vers des pays européens, 1.200.00 (dont : France, 600.000 ; Suisse : 300.000 ; RFA, 200.000) et vers d’autres régions espagnole (Catalogne, 800.000 ; Madrid : 250.000 ; Valence : 170.000 ; Pays Basque : 50.000) (GÓMEZ, Carlos. Despeñaperros, frontera del subdesarrollo. El País, 9 septembre 1980). La crise économique de 1973 atteint donc une économie qui reste duale, périphérique et dépendante : en 1960, le taux de chômage en Andalousie est de 3,08% de la population active (Espagne : 2,17%) ; en 1980, il atteint 8,66% (Espagne : 5,84%). Anticipons u peu : en 2000, 19,63% (Espagne : 11,78%) — encore ces chiffres, ne tenant compte que des chômeurs déclarés et excluant les emplois de très courte durée ou à temps très partiel, sont-ils grandement sous-évalués.

Manifestation pour l’Autonomie — Séville, avenue de la Constitution, 4 décembre 1977

Bien que peu vertébré, le développement économique ajoute un prolétariat industriel combatif au prolétariat agricole. De même, l’importance croissante du secteur tertiaire élargit les rangs d’une classe moyenne urbaine. Ces mutations socio-économiques, jointes à la crise politique du régime (affrontements entre franquistes de la vieille école et partisans de l’ "ouverture"), provoquent une recrudescence de la contestation du pouvoir, dans les universités et les milieux intellectuels (« Ateneos », « Círculos »), dans certains secteurs de l’Église ("Circulo ‘Juan XXIII’") et surtout dans les organisations syndicales et politiques. Malgré la dure répression de 1969-1970, les directions clandestines des CC.OO (Comisiones Obreras, les mieux implantées en Andalousie), de l’UGT et de la CNT, réussissent à organiser des grèves de grande envergure en 1962, 1963, 1966 et 1967. Elles culminent en 1970, à la suite d’une grève dans le bâtiment à Grenade (juillet, trois ouvriers tués). Le PCE et le PSOE disposent d’organisations clandestines bien articulées sur tout le territoire espagnol. En Andalousie, l’ Alianza Socialista de Andalucía (futur Partido Socialista de Andalucía, 1976), qui conjugue socialisme et autonomisme, est fondé en novembre 1973. Selon son manifeste : "En Espagne, aujourd’hui, la résistance à la dictature est une obligation morale, non seulement des partis politiques, mais de tous les citoyens. Pour ce faire, nous, andalous de différents secteurs, nous sommes unis en une alliance de groupes d’engagement politique sur la base du régionalisme solidaire." (cité par Lacomba, page 216 — traduction de l’auteur de cet article).

Les anciennes revendications autonomistes avaient été près d’aboutir pendant la IIe République. Leur principal inspirateur, Blas Infante (fusillé sans jugement le 11 août 1936, près de Carmona), avait obtenu en janvier 1933 l’approbation par l’Assemblée de Cordoue, qui réunissait les Présidents de toutes les Diputaciones andalouses et des représentants des organismes administratifs, politiques et culturels, de l’ "Anteproyecto de Bases para Estatuto de Andalucía". Le processus, en bonne voie après la victoire électorale de Front Populaire, fut interrompu par la guerre civile. Après les premières élections générales de l’après-franquisme (15 juin 1977) et l’adoption par référendum de la Constitution qui établit une monarchie parlementaire (31 octobre 1978), l’autonomie est à nouveau à l’ordre du jour. Après la signature par la quasi-totalité des partis politiques andalous de "Pacte d’Antequera", ou "Pacto autonómico andaluz", une issue favorable ne fait aucun doute. Le 28 février 1980, l’autonomie de l’Andalousie est adoptée par référendum à une écrasante majorité : 64,19% de votants ; pour : 55,8% des électeurs inscrits ; contre : 3,44% des électeurs inscrits ; votes blancs : 4,51% des électeurs inscrits. Même succès l’année suivante (20 octobre 1981) pour l’approbation du Statut de l’Andalousie : oui à 89,4% des suffrages exprimés. La première élection du Parlement de l’Andalousie (30 mai 1982) donne la majorité absolue au PSOE, avec 66 sièges sur 109. La gauche est renforcée par le PCE (8 sièges) et le PSA (3 sièges). Le centre droit (Union du Centre Démocratique, UCD) obtient 15 sièges et la droite plus ou moins nostalgique du franquisme (déjà…) 17 (Alliance Populaire, AP, alliée au Parti Démocrate Populaire et à l’Union Libérale). Rappelons que pour la campagne du référendum de 1980, le PSOE avait organisé une tournée géante, dirigée par Ricardo Pachón, dont l’affiche associait des vedettes du rock andalou, de la chanson andalouse, du flamenco-rock et du cante : les groupes Alameda, Tabletom et Pata Negra, Silvio et Luzbel, Carlos Cano, María Jiménez, Kiko Veneno, Camarón de La Isla et Manuel Gerena. Les musiques populaires, et singulièrement le flamenco, allaient devenir l’un des principaux marqueurs culturels de l’Andalousie, et seraient dorénavant dûment subventionnés.

Carmen Amaya au Corral de la Morería — Madrid, fin des années 1950

V C Letras

Le franquisme chercha à neutraliser le contenu subversif du cante en promouvant largement une copla, teintée de "flamenquismo", par la radio et le cinéma. Il poursuivait ainsi deux objectifs : d’une part, le transformer en produit d’appel pour le tourisme, sous forme d’Andalousie "de pandereta" ; d’autre part, en assimilant la culture andalouse à l’ "âme espagnole" ou au "génie de la race", nier sa spécificité et effacer autant que possible la mémoire historique, politique et sociale, des andalous. La censure complétant le travail, on ne s’étonnera pas de l’absence de letras critiques ou contestataires dans les enregistrements des années 1940-1960. Les artistes durent se soumettre. Ceux qui s’y refusèrent, ou dont les capacités vocales étaient peu adaptées à la nouvelle norme, furent ostracisés. Beaucoup de cantaores durent interrompre leur carrière professionnelle, ou ne se produisirent plus qu’au gré de fêtes privées occasionnelles. On peut cependant soupçonner que dans les cabarets et les bars des faubourgs, après les heures ouvrables, on continuait à chanter des coplas traditionnelles en phase avec les misères du temps. Cependant, dès la seconde moitié des années 1950, le tourisme provoque l’apparition et la prolifération de tablaos (Madrid, Barcelone, Séville, Grenade, Málaga et la Costa del Sol), héritiers des cafés cantantes, qui emploient nombre d’artistes non conformes aux critères franquistes. Les festivals d’été andalous amplifient ce phénomène au cours des années 1960. A partir du milieu de cette décennie, le "cante de protesta" apparaît donc dans un contexte artistique, sinon politique, favorable. Il naît de la confluence de divers facteurs, endogènes et exogènes :

• Quelle que soit sa validité historique et théorique, l’entreprise de restauration du cante « authentique », qui plus est réputé gitan, par Antonio Mairena, est en elle-même radicalement antagoniste aux options franquistes en la matière. Diffusé par les disques de Mairena, les festivals, les peñas et une presse spécialisée, elle offre aux jeunes artistes un répertoire musical dissident qui appelle des letras adéquates : il s’agit à la fois de rendre au peuple andalou la mémoire musicale dont il a été dépossédé et de réactualiser la fonction de témoignage et de contestation de l’ordre établi dont certains textes traditionnels ont toujours été les vecteurs. Dès son premier enregistrement (1963), José Menese avait une idée très claire de ce dont devaient traiter les letras : "C’en est assez des choses du passé, qui n’ont rien à voir avec notre vie actuelle. C’est pourquoi l’histoire des gens qui nous entouraient était dans mon premier disque" (cité par García Gómez — traduction de l’auteur de cet article)

• Au tournant des années 1960-1970, la renaissance d’un théâtre populaire andalou, qui se réclame de l’œuvre éducative de Francisco Giner de los Ríos et de la compagnie "‘La Barraca" de Federico García Lorca. Juan Bernabé à Lebrija, Alfonso Jiménez à El Arahal et à Paradas, Salvador Távora et Paco Lira à Séville ("La Cuadra") créent des troupes dans lesquelles ils engagent de jeunes cantaores qui, souvent, enregistreront ensuite des cantes engagés : Manuel de Paula, Diego Clavel, Miguel Vargas, El Cabrero, Miguel López, Paco Moyano, etc. Quelques années plus tard, le danseur-chorégraphe Mario Maya produit des œuvres de même inspiration : "Camelamos naquerar", avec le cantaor Antonio Cuevas "El Piki" ("Nous voulons prendre la parole" — sur l’oppression subie par les gitans, 1976) et " ¡ Ay, jondo ! ", sur des textes du poète grenadin Juan de Loxa (sur l’exploitation des paysans andalous, 1977).

• L’ouverture des frontières implique l’intrusion de musiques venues d’ailleurs, dans les programmes de radio comme chez les disquaires. Comme partout en Europe, les jeunes artistes andalous furent influencés par les musiques anglo-saxonnes, le rock et, surtout, le blues revival et le protest song. Ils considèrent dès lors le flamenco comme un blues ou un folk andalous. Il en résultera deux tendances distinctes. D’une part, un rock-blues-flamenco, forgé d’abord à Séville, dont l’idiome musical est en soi contestataire (les groupes Smash, Pata Negra, Goma, Arrajatabla, Arrajatabla). Leur exemple fut suivi dans toute l’Andalousie : Mezquita, Medina Azahara (Cordoue) ; Caí, Mantra (Cadix) ; Tabletom (Málaga) ; La Banda de los Hermanos Cruz, Dofus (Grenade). D’autre part, de nombreux cantaores s’inspirent du folk protestataire et de tendances similaires apparues auparavant en Espagne, sur fond de revendications autonomistes : "Nova cançó" dès 1961 (Catalogne), "Voces Ceibes" (1968 , Galice), "Ez Dok Amairu" (Pays Basque, 1969), "Nueva Canción Castellana" et "La Canción del Pueblo" (Castille, 1969) et "Pueblo, Palabra y Canción "(Canaries, début des années 1970). Cependant, la plupart de ces artistes attachait toute leur attention au texte, et non à la musique, même si certains faisaient fugacement référence à des danses ou à des airs folkloriques locaux. Tel ne fut pas le cas en Andalousie, où les jeunes cantautores flamencos affirmèrent leur identité culturelle en adaptant des letras originales aux modèles mélodiques du répertoire traditionnel du cante.

N’oublions pas que tous ces cantaores furent censurés régulièrement et prirent de grands risques : la mort de Franco n’impliquait pas celle des franquistes, surtout dans la police, l’armée et les bandes paramilitaires d’extrême droite — "Massacre d’Atocha" (24 janvier 1977, cinq avocats tués et quatre grièvement blessés), tentative de coup d’état du colonel Tejero (23 février 1981), etc. Si Enrique Morente et José Menese n’encoururent "que" la censure et des amendes, d’autres furent emprisonnés (Manuel Gerena, Chato de Utrera, Paco Moyano, également torturé). Enfin, deux furent tués, victimes d’opportuns accidents de voiture à Madrid, dans des circonstances "qui n’ont jamais été éclaircies" : Luis Marín en 1978 et El Piki en 1980.

Dans l’histoire de cante, les "letras de protesta" n’ont jamais été aussi nombreuses qu’au cours des deux décennies de la lente agonie du franquisme et de la "transition démocratique ». Il est donc impossible d’en faire une recension exhaustive. Si la majorité continue à dresser le constat d’inégalités insupportables, auquel s’ajoute logiquement la dénonciation des exactions du franquisme, on y trouve aussi, en nombre inédit, des textes se référant à la lutte des classes, d’autres résolument engagés politiquement et des proclamations militantes, parfois proches du slogan. Certains cantaores choisissent de mettre en musique flamenca des auteurs mis à l’index par la dictature. L’œuvre d’Enrique Morente en est l’exemple le plus constant et abouti (Miguel Hernández, Federico García Lorca, Rafael Alberti, etc.), même s’il lui est aussi arrivé de détourner des coplas traditionnelles, à ses risques et périls. Le 20 décembre 1973, au Colegio San Juan Evangelista de Madrid (un haut-lieu de la contestation étudiante), il salue à sa manière l’attentat revendiqué par l’ETA qui met fin à la carrière politique de l’amiral Luis Carrero Blanco, alors chef du gouvernement. Le concert fut immédiatement interrompu et les responsables s’en tirèrent avec une amende, colossale pour l’époque, de 100.000 pesetas — un symptôme paradoxal de la relative mollesse de la répression de la fin de la dictature, qu’on avait connue beaucoup plus sanguinaire en d’autres temps :

No me quiero quitar el sombrero / para ese coche funeral, / que la persona que va dentro / me ha hecho a mí de pasar / los más terribles tormentos. (fandango).

Enrique Morente / Fandango

Enrique Morente (fandango) — guitare : Manzanita

Francisco Moreno Galván et José Menese

D’autres cantaores collaborent avec des auteurs qui écrivent spécifiquement pour eux. Le duo José Menese / Francisco Moreno Galván (peintre et poète) a traité tous les thèmes du "cante de protesta", de la chronique locale (plus ou moins cryptée pour qui ne connaît pas le contexte de La Puebla de Cazalla, bourgade où ils sont nés et ont vécu tous deux) à la dénonciation de l’oubli des années terribles du franquisme, acceptée sous prétexte de réconciliation nationale y compris par son propre parti, le PCE, auquel il restera néanmoins fidèle. Il faudrait ici tout citer des dix LPs de combat qu’ils produisirent entre 1965-1981 — Moreno Galván a aussi écrit pour deux autres cantaores de La Puebla de Cazalla, Diego Clavel (ses deux premiers EPs pour RCA Victor, 1971 et 1972) et Miguel Vargas ("Haciendo camino", 1982 et "Cantes de Miguel Vargas", 1985). Quelques exemples de textes chantés par José Menese :

Se arbrieron las puertas / y sono una voz. / Ya principiaron la pública audiencia / que lo condenó.

Levanta la cara / y mira a mi hermano, / cómo lo llevan prendido los jéres / y amarradas las manos.

Ya habían dado las doce / cuando lo sacaron, / ya no son blancas las blancas paredes / donde lo mataron.

Me amarga la boca / cuando los maldigo, / como amargaba la aceituna verde / del olivarito. (siguiriyas et cabales, 1967) — la dernière strophe fait allusion à une affaire particulièrement barbare : El Chato de la Patricia, surpris par la Garde Civile alors qu’il ramassait des olives pas encore mûres dans une propriété de La Puebla de Cazalla, fut contraint de les manger sur place et achevé à coups de matraque. Personne ne fut poursuivi…

José Menese / Siguiriyas et cabales

• Siguiriyas et cabales : José Menese (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

Fue sentenciado Juan García / a golpes de mosquetón, / primera noche de agosto, / sin jueces ni defensor.

No era por miedo su llanto, / porque llorando salió, / lloraba porque dejaba / lo que en su casa dejó.

Lo sacaron amarrado / y amarraíto quedó, / a dos pasos del camino, / en el camino de Morón.

Así murió Juan García, / testamiento no escribió, / pero lo que Juan dejaba / el pueblo lo recigió. ("Romance de Juan García", martinete et tonás, 1968) — Juan García est un personnage fictif qui symbolise tous les républicains de la Puebla de Cazalla effectivement exécutés sommairement sur la route conduisant à Morón de la Frontera.

Cuándo llegará el momento / que las agüitas vuelvan a su cauce, / las esquinas con sus nombres : / ni reyes ni roques, ni santos ni frailes. / A la dina dana.

Borrico de noria, / vuelta y más vueltas este borriquito ciego, / pero no deja la orilla, / madre de mi alma / del río revuelto. / A la dina di.

Ya las tormentas pasaron / las torrenteras están como laguna / serena laguna y siguen pescando.

Tú no pierdas hermano la esperanza / que el mañana llegará / que donde hubo candela / rescoldito queda / y humo saldrá.

Alza la vela y arriba el limón. / Matita de romero verde, / ¡ ay ! huele que huele / si el romero no florece, / carne de mi carne, / se muere, se muere. (marianas, 1970).

¡ Ay ! Yo vengo a cantar mis pesares / a contar mis alegrías. / Lástima que puedan más / que estas sangrientes partías / las penas de cada cual.

¡ Ay ! Debiera contar cada uno / como cada uno va viviendo, / sus pasos en esta feria / y según le fueran yendo.

¡ Ay ! Esta tierra me parió, / en estos aires naciera, / por eso tengo derecho / de respirarlos siquiera.

¡ Ay ! Que toítos nos estamos viendo / como pajaros en banda, / porque allí donde no hay pan, / unos detrás de los otros / dejando tierras para cotos, / hasta los perros se van.

¡ Ay ! Por tierras desconocidas / pasan fatigas y suores, / la tierra donde han nacido / para cotos de cazaores.

¡ Ay ! (Yo) creía que el sol salía / a todo el mundo calentando, / y ahora veo que le va dando, / según la experiencia mía / a algunos calor todo el día / y a muchos de cuando en cuando.

¡ Ay ! Este que tan ancho anda / en barro se revolcó, / de ahí le viene el apellido / pero por dentro es peor.

¡ Ay ! Parece que el pueblo es suyo / y al que se encuentre se coma, / en cuanto en la calle asoma / andando abierto de patas, / que no olvide aquel que mata / que donde las da las toma. (tangos del Piyayo, 1971) — la dernière strophe fait allusion à un garde municipal de La Puebla de Cazalla, nommé Barroso, impliqué dans la mort de plusieurs habitants de la bourgade.

José Menese / Martinete et tonás
José Menese / Marianas
José Menese / Tangos del Piyayo

• Martinete et tonás : José Menese (chant)

• Marianas : José Menese (chant) / Manolo Brenes (guitare)

• Tangos del Piyayo : José Menese (chant) / Parrilla de Jerez (guitare)

¡ Ay ! Yo andaba tirando / ¡ Ay ! bocaos al aire, / unas veces de rabia / y otras de hambre y ¡ anda ! / que de mata en olivo / yo fuí arañando / y a trancas y barrancas / ¡ Ay ! fuimos tirando.

Que Dios te valga / si en la verea / viene la guardia. (ces vers font allusion aux risques encourus par les paysans qui dérobaient de quoi tromper leur faim dans les champs et les oliveraies).

Punta charol, capa y bota / a poquito a poco asoman, / igual que los grajos verdes / recortados en la loma. / ¡ Ay ! más te valiera / que las lunas y los soles / se confundieran.
Reniego yo, renegaré / del punto y hora / que la encontré.

Con mil suores / puse en mi puerta / siete faroles. / Verte y no verte / y el candíl de mi casa / no tiene aceite.

¡ Ay ! Me hago cruces, / que en el cabildo / falten las luces. (mirabrás, 1974).

Guerrillero, guerrillero, / qué bien me suena tu nombre, / vas ligado a la leyenda / de libertad y de ilusiones.

Ahora tu nombre han marcado / una caterva de necios / y van rompiendo libertades, / leyenda, ilusión y gesto.

Y no se andan por las ramas / aunque sean tan mal paridos, / que al mismo Dios hecho hombre / llevan de ilustre apellido.

Han hecho un Dios señorito / de navaja y de pistola, emperador del infierno / gesto y palabra rabiosa.

Esta carroña salvaje / ataca a la luz con saña / y va sumando a la historia / más vergüenza para España. (bamberas, 1974).

Esa familia honorable / de mi pueblo, donde dicen / que a mil ochocientos quince / se remonta su linaje. / Con un mediano pelaje, / pero llevaban prendido / un largo y sonado apellido, / dones, doñas y excelencias / y que traían con paciencia / a su pueblo protegido.

Ellos no malgastarían / en lujos y vanidad / sus obras de caridad, / que jamás olvidarían. / Eran de los buenos días / cuando pasaba algún pobre, / y algunos consejos nobles / que por caridad le daban / para que nunca olvidaran / quién le hacía estos favores.

Llevaban tierra de campo /en leguas de un lado para otro. / Y por si eso fuera poco, / regateaban a diario / el denigrante salario / que ganábamos, dejando / detrás de la yunta, arando, / o con la hoz en la siega, / sangre y sudor con la briega / gotita a gota en el campo.

Sabemos que algunos vais / los caminos desviando / - nos decían medio rezando - / Hijos, porqué os apartáis / si otro camino no hay / que el único y verdadero. / Ése que nos lleva al cielo / rechazando tentaciones, / que las ideas y ambiciones / son peligroso veneno.

En este pueblo han sembrado / que cualquiera puede aprender / y deberíais saber / que el leer puede ser pecado : / con que andarse con cuidado / y elegir bien la compaña, / que con tantas ideas extrañas / están vuestros sesos minando. / ¡ El diablo os va guiando, / que anda suelto por España !

Años de hambre venían, si uno malo, otro peor, / y no cuajaba una flor / por lluvias o por sequías. / Y la familia dio un día / con el remedio, a rezarle / de la mañana a la tarde / y en la comunión diaria, / plegarias y más plegarias / por los que morían de hambre.

Y se fueron agotando / estas quebrantadas vidas / que llevaban compartidas / de novena a balneario, / de la baraja al rosario. / Hasta que fueron muriendo / y poco a poco iban yendo / al cielo que bien ganaron, / y sus casas la heredaron / las monjas de un beaterio. (guajiras, 1976) — parmi les "familles honorables" de La Puebla de Cazalla, figure en bonne place celle des Benjumea, à laquelle Moreno Galván et Menese s’en étaient pris dès le premier EP de 1963 : ¡ Qué bien jumea / de Diego Vázquez, la chimenea, / de otro es la leña ; / de quien quema lo suyo / a nadie emeña. (mirabrás).

José Menese / Mirabrás
José Menese / Bamberas
José Menese / Guajiras

• Mirabrás : José Menese (chant) / Manolo Brenes (guitare)

• Bamberas : José Menese (chant) / Manolo Brenes et Enrique de Melchor (guitare)

• Guajiras : José Menese (chant) / Manolo Brenes et Enrique de Melchor (guitare)

Tan alabado y bendito / se hizo el reparto de paz / sin derecha y sin izquierda / dando más bienes al rico / y a los pobres más miserias.

Y altos humos victoriosos, / entre hambre y hambre del pueblo, / empezaron los cuarenta / entre hambre y calabozo, / ajuste y pago de cuenta.

De miedos y de miserias / comenzó un largo rosario / de pan negro y letanías / de orden y de derechas / y una infame beatería. (rondeñas, 1978).

¡ Ay ! Aquí no nacemos libres / que aquí se nace en España / y al cautivo, la amistia / siempre le será negada.

Vengan aquí campesinos / de la sierra y de la arada, / aquí de las ciudades, / los talleres y la fragua.

Llenaremos las más anchas / Plazas Mayores de España / con los triunfos en las manos / y la razón en la palabra.

Faltarán los cantaores, / aquellos que mejor cantan, / para cantar las cuarentas / que es lo que está haciendo falta.

Nosotros las cantaremos, / las cuarentas bien sonadas, / cuarenta mil veces cuatro / la libertad deseada.

Que no nos harán favores, / que ha sido bien ganada / sobre sangre y sobre llanto / en cuarenta años de infamia.

Llegará el día, / y tendrá que llegar / aquel diíta, madre, / el de la libertad. ("Romance a la libertad", 1979).

José Menese / Rondeñas
José Menese / Romance

• Rondeñas : José Menese (chant) / Manolo Brenes et Enrique de Melchor (guitare)

• Romance : José Menese (chant) / Juan Habichuela et Enrique de Melchor (guitare)

Viva Andalucía libre, / gritó un hombre agonizante : / honró su nombre la historia, / se llamaba Blas Infante, / bendita sea su memoria.

Y que viva mi tierra viva, / tan hermoso baluarte, / que desde Huelva a Almería / es ancha por todas partes / la tierra de Andalucía. (granaínas, 1981).

Que la Virgen nos ampare, / que ahora guardan el rebaño / con los mismitos collares, / los mismos perros de antaño.

Ten cuidado con los pastores, / esos que nos pastorean. / Ya lo dije en otro tiempo, / son lobitos en pareja.

Ventanita abierta, / abiertas entrañas, / abiertas al aire / ¡ Ay ! en la torre la veleta / rompe el aire y rompe el viento, / pero unidos moveremos / cielo y tierra de cimiento.

Cuchillitos afilados / rompen por medio la vida / a derecha y de costado. (tientos, 1981).

José Menese / Granaínas
José Menese / Tientos

• Granaínas : José Menese (chant) / Juan Habichuela (guitare)

• Tientos : José Menese (chant) / Juan Habichuela (guitare)

El Turronero / José Manuel Caballero Bonald

Nous devons à José Manuel Caballero Bonald la réalisation d’une anthologie devenue légendaire, l’ "Archivo del Cante Flamenco" (1968). Romancier, essayiste et poète, il est l’auteur des textes d’albums qu’il a également produits, pour Diego Clavel ("Cantes vividos", 1973 et "La raíz del grito", 1974), El Turronero ("Cantes viejos / Temas nuevos", 1973), El Sordera ("Cantes de ayer y de siempre", 1975) et José Mercé ("Bandera de Andalucía , 1977).

Se canta lo que se pierde / dijo quien bien lo sabía / yo canto a la libertad / porque nunca ha sido mía.

Me fui detras de los míos / porque eso era lo mandado / ya nadie nos va a quitar / lo que juntos hemos ganado.

La nochecita caída / y yo durmiendo en el suelo / y yo durmiendo al relente / con que le voy a pagar yo / al que quiera recogerme.

Lastima me da quererte / yo camelaba desengañarte, prima, / sin que se entere la gente.

Qué temprano han llegado / los panaderos / y para cogerles el pan / ya no hay dinero.

Esta mañana ha llovido, / los patronos en su casa, primo, / y yo en el campo arrecido. (tientos et tangos, El Sordera, 1975).

Qué pobre es la casa / donde vivo yo, / el suelo es de tierra y un montón de paja, / y dormimos todos.

Tierra que no es mía, la trabajo yo, / y hasta la vida me está quitando / quien tiene de todo. (siguiriyas, El Sordera, 1975).

El Sordera / Tientos et tangos
El Sordera / Siguiriyas

• Tientos et Tangos : El Sordera (chant) / José María Molero et José Soto (guitare)

• Siguiriyas : El Sordera (chant) / José María Molero (guitare)

Al empezar la calor, / empezaban los jornales / y cuando llegaba el frío / vaya usted, que Dios le ampare.

Balcón de las martingalas, / ventanita del patrono, / el que quiera que se asome / y se conforme con poco.

Me dice la gente, / me lo van diciendo, / que ando medio loco de tanto pensar. / Lo que me pasa es que no puedo más / porque a mí nadie me ha dado / lo que me tienen que dar. (tientos, El Turronero, 1973) — les letras d’introduction des deux bulerías de l’album décrivent également la dureté des conditions de travail imposées aux ouvriers agricoles (cf. première strophe) : "Olivaritos del campo, / ¿ quien los varea ?/ veinticinco chiquillos / y una correa." ; "Siete horitas seguidas / llevo escardando, / no me toque usted el cuerpo / que está abrasando."

Por fuera no hay más que frío,/ por dentro, la quemazón. / Esas son las dobles penas / de bregar la fundición.

Aquí te qiero yo ver / toíto el día trabajando / y sin tener que comer.

Portalito de la audiencia, / cuando paso por delante / malos sudores me entran. (bulerías por soleá, El Turronero, 1973).

¡ Ay ! Rayita que apunta / sobre la pared, / un día menos que me está quedando / para volverte a ver.

¡ Ay ! cierra esa ventana / cierra ese postigo, / que andan buscando por debajo de la tierra / a mi hermano. (siguiriyas, El Turronero, 1973).

El Turronero / Tientos
El Turronero / Bulerías por soleá
El Turronero / Siguiriyas

• Tientos : El Turronero (chant) / Paco Cepero (guitare)

• Bulerías por soleá : El Turronero (chant) / Paco Cepero (guitare)

• Siguiriyas : El Turronero (chant) / Paco Cepero (guitare)

Qué pobres son los que tienen / que vivir de caridad, / más pobres son los que aguantan / sin tener porque aguantar.

Quien quiera que se calle / y el que no se aligere, / que ya va a sonar la hora / que se cambien los papeles. (soleares, José Mercé, 1977).

Me llaman el rebelado / Porque ya no aguanto más, / ¿ no me voy yo a rebelar ? / si hasta la cama en la que duermo / me la dan por caridad. (malagueña, José Mercé, 1977).

Con las claritas del día / ya estaba llena la plaza / y a la mitad de la gente / sin trabajo la dejaban.

Ni en los libros lo aprendí, / ni nadie me lo enseñó, / lo sé porque he dicho sí / y ahora ya digo que no.

Se están quedando vacíos / los cerros y los vallares, / unos huyen de las penas / y otros escapan del hambre.

Lo que llevo soportado / callaíto en un rincon, / ahora yo no lo soporto / porque hay muchos como yo.

Pobrecita mía / qué pena me da, / con tanto frío / se pasa la noche / en el olivar. (bulerías, José Mercé, 1977).

La boca me duele / de tanto gritar, / yo no me callo hasta que llegue el día / de mi libertad.

Casita del pobre, / la menea el aire, / pero esta rabia que llevo por dentro / no me la mueve nadie. (siguiriyas, José Mercé, 1977).

Te fuiste para no sé donde / sin saber como ni cuando, / puertecita que no cierra / ¿ para qué ponerle candados ? / si siempre se queda abierta.

Yo me salí a un caminito / en busca de la libertad / y en llegando a la mitad / me llevaron conducido / los de la Guardia Real. (fandangos, José Mercé, 1977).

José Mercé / Soleares
José Mercé / Malagueña
José Mercé / Bulerías
José Mercé / Siguiriyas
José Mercé / Fandangos

• Soleares : José Mercé (chant) / Antonio Solera (guitare)

• Malagueña : José Mercé (chant) / Antonio Solera (guitare)

• Bulerías : José Mercé (chant) / Antonio Solera et Luis Habichuela (guitare)

• Siguiriyas : José Mercé (chant) / Antonio Solera (guitare)

• Fandangos : José Mercé (chant) / Antonio Solera et Luis Habichuela (guitare)

Alfonso Jiménez / Manuel de Paula

Beaucoup de jeunes cantaores avaient été ouvriers agricoles avant d’enregistrer leurs premiers disques. C’est le cas de Manuel de Paula, dont le titre du deuxième opus, « Campo joven », sur des textes de José Miguel Muñoz Alcón "Évora" (le frère cadet de Manolo Sanlúcar et d’Isidro Muñoz) et Alfonso Jiménez (l’un des dramaturges pionniers du théâtre populaire de Lebrija), ne laisse aucun doute sur ses sources d’inspiration.

Campesino que trabajas / tierra que nunca fue tuya, / callas y miras al cielo / y a Dios le pides ayuda.

Siempre la misma pregunta, / pero nadie me contesta, / si estará Dios enterado / de lo que pasa en la tierra.

El amo siempre recuenta / y yo que no sé ni una, / le digo que no puede ser / dos para ti y a mi ninguna.

Yo vi a un labrador llorando, / porque la gente del pueblo / no tiene nada con la del campo. (tientos et tango, Manuel de Paula, 1975).

Mirando para el horizonte / y con mucha penita decía, / qué malitos son los hombres / qué castigo la vida.

Llamándome campesino, / quiere la gente insultarme / y carpintero fue el Señor / y también fue nuestro padre.

No me vengan a mí con leyes, / que las leyes no me importan, / que están hechas para los ricos / si no las tienen, las compran.

Solo creo en la voz del Señor / que me predica en tiempos buenos y malos / las cosas que no están escritas. (soleares, Manuel de Paula, 1975).

Ya es hora de caminar / y unos nacemos para vivir / y otros nacen para penar. / De este pocito sin fondo / tú te tienes que sacar.

En este mundo temprano / lo tengo bien aprendido / y el que arriba subió / a nadie le echa una mano. / ¡ Con qué fatigas he vivido ! (granaínas, Manuel de Paula, 1975).

Manuel de Paula / Tientos et tango
Manuel de Paula / Soleares (1)
Manuel de Paula / Granaínas

• Tientos et tango : Manuel de Paula (chant) / Pedro Bacán (guitare)

• Soleares (1) : Manuel de Paula (chant) / Pedro Bacán (guitare)

• Granaínas : Manuel de Paula (chant) / Pedro Bacán (guitare)

En 1976, Manuel de Paula produit, sur des textes de Manuel Atienza, le premier concept album de la discographie flamenca. Le titre est sans équivoque : le "Romance de Manuel Justicia" est une saga exemplaire, le récit de l’épopée d’un bandit d’honneur façon XIXe siècle. En prologue, cette profession de foi por soleá ("Así pensaba Manuel") :

En los altos de la sierra / hicieron el campamento, / Manuel Justicia reclama / a sus treinta bandoleros.

No queremos las riquezas, / ni tampoco los dineros, / que es muy poca cosa esa / para pasar por bandoleros.

Sólo queremos que el pobre / pueda gozar sus derechos / y que los corregidores / dejen ya de ser los dueños. (soleares, Manuel de Paula, 1976).

Manuel de Paula / Soleares (2)

• Soleares (2) : Manuel de Paula (chant) / Pedro Bacán (guitare)

Antonio Cuevas "El Piki"

Antonio Cuevas "El Piki" n’eut le temps d’enregistrer qu’un seul disque ("Homenaje a Blas Infante", sur des textes de José Heredia Maya, 1977). En ces temps d’afflux touristique, la virulence du propos explique qu’il ait été urgent de mettre fin à sa carrière et à sa vie :

Ni la cantan los poetas, / ni la miran los extraños, / no está en zambras, ni está en fiesta, / la Andalucía que canto.

[...]

Convivir en los cortijos, / con esclavos de mi tierra, / con mujeres que, en tinajos, / paren lo mismo que bestias.

Con gañanes enfermizos, que viven bajo las cuevas, / con los niños harapientos / y sin maestro en la escuela.

Nunca durmieron en cama, / nunca comieron en mesa, / ni estrenaron nunca un traje / ni en un domingo de fiesta.

La Andalucía que canto / es la flamenca de veras, / que llorando está por dentro / y se rebela por fuera. ("Tangos de la Andalucía labriega", adaptation d’un texte de Miguel de Castro Gutiérrez, El Piki, 1977)

Andalucía sin nombre / es un mar sin caracolas / y sus campiñas doradas / para toritos y zarzamora.

Yo no sé por qué / la campiña y los toritos / tienen que ser de Domecq.

Ya sé que vino un inglés / de Francia vino un inglés, / si el inglés era de Murcia ¡ caramba ! / ni lo supe ni (lo) sabe.

Yo ne sé por qué… / Pero lo que yo sí sé / que las plazas de mi pueblo / son mías y son de usted.

Por los campos de Europa / trabajo de sol a sol, / cuando yo vuelva a mi tierra : / tron, tron, torotrón, tron, tron, tron… ("Por los campos de Europa, bulerías, El Piki, 1977).

El Piki / Tangos
El Piki / Bulerías

• Tangos : El Piki (chant) / Paco Cortés et Diego Carrasco (guitare)

• Bulerías : El Piki (chant) / Paco Cortés et Diego Carrasco (guitare)

D’autres cantaores choisirent d’écrire eux-mêmes leurs letras. Bien qu’il n’en fût pas coutumier, Luis Caballero a ainsi plusieurs fois rendu hommage à son père, fusillé le dimanche des Rameaux de 1937 :

Por aquella ventana / mi madre pasó. / Llevaba luto por la cara y el cuerpo / y en el corazón. — Luis Caballero comprit que son père avait été exécuté en voyant sa mère pleurer. Il avait dix-sept ans.

Ya suenan los cerrojos, / a morir toca. / Nombres de amigos ruedan de boca en boca.
Cuando amanece, / con el trigo y el alba, / la sangre crece
. (siguiriya et liviana, Luis Caballero, 1973).

Luis Caballero / Siguiriya et liviana

• Siguiriya et liviana : Luis Caballero (chant) / Melchor de Marchena (guitare)

Manuel Gerena / El Cabrero

José Domínguez Muñoz "El Cabrero", Manuel Gerena, Paco Moyano et Luis Marín ont toujours chanté leurs propres letras. Luis Marín, militant de l’ORT (Organización Revolucionaria de Trabajadores, de tendance maoïste, créée en 1969) fut, comme El Piki, assassiné par des nervis franquistes. Il n’eut le temps d’enregistrer que deux disques. L’audience des trois autres auteurs-compositeurs-interprètes flamencos dépassa de loin les cercles intellectuels et étudiants. Jusque dans les années 2000, leurs récitals étaient ovationnés par le public des festivals d’été andalous : le PSOE de Felipe González et le PP de José María Aznar gérant alternativement le même capitalisme financier (avec tout de même quelques aménagements sociaux pour le premier) et ses bulles périodiques (le variant immobilier fut particulièrement désastreux en Andalousie), leurs letras ne perdaient rien de leur actualité — cf., ci-dessous, les "Coplas de Don Manué" de Paco Moyano.

Letras d’El Cabrero :

En la plaza de mi pueblo, / dijo el jornalero al amo : / "nuestros hijos nacerán con el puño levantado"

¡ Qué mi voz suba hasta el monte ! / ¡ Qué mi voz baje al barranco ! / Hasta que los jornaleros se apoderen de los campos. (martinete et toná) — adaptation d’un texte diffusé par la CNT pendant la guerre civile).

Al que mendiga lo encierran / y meten preso al ladrón. / El que no pide ni roba / muere de hambre en un rincón.

En la puerta de la cárcel / hay escrito con carbón : / "él que es bueno se hace malo / y él que es malo se hace peor". (martinetes).

Una lágrima al desierto / y una sonrisa a la vida, / una crítica a quien diga / que haga falta sembrar muertos / para vengar otra vida.

El clero pide obediencia / y los patronos esclavos, / las armas le van comprando / a los hombres de conciencia / para seguirnos matando.

Nos enseñan a matar / mucho más que a sembrar un árbol / y los que nos rebelamos, / solo no queda a gritar : / " ¡ Ni guerra, ni dios, ni amos ! " (malagueña et rondeñas, 2009)

El Cabrero / Tonás
El Cabrero / Martinetes
El Cabrero / Malagueña et rondeñas

• Tonás : El Cabrero (chant)

• Martinetes : El Cabrero (chant)

• Malagueña et rondeñas : El Cabrero (chant) / Manuel Herrera (guitare)

Como buen republicano / tengo las ideas muy claras. / Ya está bien de tanta lacra, / que llevan miles de años / viviendo de otras espaldas.

Adonde haya un solo hambriento /no me hablen de igualdad : / ya se encarga el capital la monarquía y el clero / quehaya desigualdad.

Aunque sea de muy viejo, / espero verlo algún día : / ni un céntimo para el clero, / menos para la monarquía / y más beneficio al pueblo. (fandangos, 2011).

Sin matar ni haber robado / en la cárcel me ví un día, / porque un guardia jurado / me quiso quitar la vida / cuando iba con mi ganado.

A mí me sobran razones / para odiar el pueblo en que nací. / Soy como un extraño allí, / entre envidia y rencores / es imposible vivir. (fandangos de José Rebollo, 1983).

El Cabrero / Fandangos (1)
El Cabrero / Fandangos de José Rebollo

• Fandangos (1) : El Cabrero (chant) / Rafael Rodríguez (guitare)

• Fandangos de José Rebollo : El Cabrero (chant) / Antonio Sousa (guitare)

Es presa la libertad / en la cárcel del dinero, / entre rejas encadenada / y tiene por carcelero / el engaño y la maldad. (fandango de Almonaster, 1983).

Con almuerzos de trabajo / ¿ Cómo van a arregar nada ? / si él que está harto de pan / sólo quiere al que está abajo / para ver si lo hunde más. (fandango de Alosno, 1983).

Piden tierra y se la niegan, / tierra para trabajar. / Hay otros que piden más, / armas para hacer la guerra / y a esos sí que se las dan.

Un día me preguntaron / ¿ A donde quería llegar ? / Con mi cante y mis letras, / a ver si canta la verdad / que la mentira se pierda. (fandangos, 1989).

El Cabrero / Fandango de Almonaster
El Cabrero / Fandango de Alosno
El Cabrero / Fandangos (2)

• Fandango de Almonaster : El Cabrero (chant) / Antonio Sousa (guitare)

• Fandango de Alosno : El Cabrero (chant) / Antonio Sousa (guitare)

• Fandangos (2) : En Cabrero (chant) / Paco del Gastor (guitare)

Letras de Manuel Gerena :

Soy un poco de cada pueblo, / mi madre parió en La Puebla / y cuando gritar no pueda, / yo con mi canto no muero / ¡ Ay ! porque en los hombres se queda. (taranto, 1976).

Tú eres el que vives y yo el que muero, / tú el que comes y yo el que siembro, / si te
publico soy muy malo / y tú matando eres el bueno / ¡ Ay ! que tú eres el yugo que arrastramos.

Si eres patrón de estas tierras, / vergüenza debe de darte / que esté tan alta la hierba / y el pueblo muerto de hambre ; / o las labras o las dejas.

Cómo bien sabe mi Dios / y que me oigan los hombres / que hay un verdugo muy malo / que vive en mi nación / ¡ Ay ! que bajo de su hacha estamos. (tarantos, 1977).

Hijo mío de mis venas / y del vientre de la mamá, / no te duermas tú antes / que oigas mi nana.

No duermas mi niño, / óyeme despierto, / no vivas tú de engaño, / hijo de mis venas, / quiero que lo sepas.

Muere el que se muere / y queda en la tierra, / no sube a la gloria, / hijo de mis venas, / como algnos piensan.

Buena será el agua, / si libre es el veneno, / si tiene patrón no bebas, / hijo de mis venas / aunque tú te mueras como yo me muero.

De cortos alimentos / seguimos mal viviendo, / pero ha de llegar el tiempo / que el trigo sea nuestro.

Duérmete mi niño, / ya que todo lo sabes, / que mañana es pronto / y el alba ya sale. (nana, 1977).

Manuel Gerena / Taranto (1)
Manuel Gerena / Tarantos (2)
Manuel Gerena / Nanas

• Taranto (1) : Manuel Gerena (chant) / Pepe Habichuela (guitare)

• Taranto (2) : Manuel Gerena (chant) / Pepe Habichuela (guitare)

• Nanas : Manuel Gerena (chant)

Duerme compañera, duerme mientras quedo / labrando, la lío,/ libertad si puedo.

Ya llegó la medianoche, / ya está aquí la medianoche, / yo pienso despierto, / así a golpes de sangre / así graban a mis versos.

No está lejos el día / pronto lo veremos, / ya viene llegando. / Cantará mi niño lo que estoy labrando.

Cantaremos a la libertad / para que salgan de este pueblo / muchos niños a cantar. (alboreás, 1976).

Por el mundo la alegría, / el que no tiene nada de comer, / en la casa de los pobres / el hambre nunca se olvida / porque el mundo lo socorre.

No me quieras tú enseñar / a que yo aprenda mi cuento, / pero la hambre me aprieta, / esta sí que es la verdad, / no labro más esta tierra.

Perdona y déjame allí, /… / pero ya busca el rebaño / libertad para vivir, / el hombre no quiere amo.

Tú nunca seas mendrugo, / siempre te lo digo, pueblo, / que no te comen las fieras / que a ti te ponen el yugo / y rompe ya las cadenas. (rondeñas, 1976).

Si los olivares se mueren, / treinta señoritos, no. / Se mueren los olivares / y los señoritos, no, / porque siembran con el oro / lo que les llena el cajón.

(Como) Tú eres hijo de la dura mano, / poco te doy yo para pensar / como el pueblo y yo pensamos.

Si muero de esta herida, / vive compañero y otro para vengarme / y otro vive para vengarme, / que hará en la tierra / alguien para vengarme.

Si muero de esta herida / y otro vive para vengarme, / la mano a este verdugo, / alguien tiene que cortale.

Como la leche mamaste, / leche mala te sale, mala leche te sale / y así gobierna un pueblo / porque la buena no sabe.

Tienes cosas de cobarde / porque clavas los dientes, vas clavando los dientes / y a los que llevan cadenas / y mordiendo te diviertes.

Pero mi pueblo que es carne / nacida de nobles vientres / enterrara a los perros / que muerden con malos dientes. (tientos, 1976).

Manuel Gerena / Alboreás
Manuel Gerena / Rondeñas
Manuel Gerena / Tientos

• Alboreás : Manuel Gerena (chant) / Juan et Pepe Habichuela (guitare)

• Rondeñas : Manuel Gerena (chant) / Juan et Pepe Habichuela (guitare)

• Tientos : Manuel Gerena (chant) / Pepe Habichuela (guitare)

A Francia más pa(ra) allá, / como le canto a mi pueblo (compañera mía de mi carne), / a mi me quieren echar. / Como digo lo que veo (compañera mía de mi carne), / a mí me quieren echar.

Duros golpes y más golpes / yo he venido recibiendo / como si fuera yo de bronce.

Menos dolor por la Virgen, / menos amor al Rocío, / y más mantas y más panes (compañero mío de la tierra) / para los del hambre y del frío.

El trigo que están segando / y la sangre del segador / para el gacho que está mirando.
Tantos palitos le dieron / que en vida quedó enterrado, / que yo pido la venganza, madre, / para el Chato "el Esparraguero".

Y verde, pero no del prado, / el verde que vieron sus ojos / cuando cayó apaleado. (bulerías por soleá, 1977) — Chato "el Esparraguero" fut bastonné à mort à La Puebla de Cazalla.

Y en el centro está la Corte / y en el pueblo sigue la hambre, / si el gobierno a mí no me oye / yo voy a gritar por toíta la calle.

¡ Ay ! que no puede ser / ¡ Ay ! no aguanto más / porque me falta, madre, / la libertad.

Que me lleven entre cuatro / que poquito a mí me se da, / siempre que yo haya logrado / para mi hermano la libertad.

Mi niño y mi compañera / por mí no dejan el llanto, / yo por cada lágrima suya / piedra a la cárcel le arranco.

(Que) Como blancas son las paredes / y muy morena es tu carne, / que me baje a mí del Cielo / ya un castiguito muy grande.

Tú cortaste la lengua de mi amigo, / la mía lengua no cortarás, / sabrá mi pueblo a su tiempo / y sus derechos y toda la verdad.

¡ Mira, hermano ! / como andamos ya / si esto no acaba de reventar. / si esto sigue, es para reventar. (garrotín, 1977).

Manuel Gerena / Bulerías por soleá
Manuel Gerena / Garrotín

• Bulerías por soleá : Manuel Gerena (chant) / Pepe Habichuela (guitare)

• Garrotín : Manuel Gerena (chant) / Pepe Habichuela (guitare)

Paco Moyano / Luis Marín

Letras de Paco Moyano

Y ahora que soy martillo / te podría machacar, / pero el martillo de un pobre / ¡ Ay ! no es martillo de matar.

¡ Ay ! Canta tú, martillo canta / canta mis penas, / que machacando mis huesos / un hombre dentro se templa. (tonás, 1975).

Este romance que canto / se lo dedico a las gentes, / que se ganan el ’pan nuestro’ / con el sudor de sus frentes.

A ti, que labras las tierras, / tierras que tuyas no son, / y debieran de ser tuyas / por tu sangre y tu sudor.

Al que viviendo en chabolas / edifica fortalezas / o en una gran fabrica / deja sus carnes abiertas.

Marengos de blancos mares, / cabreros de olor a menta, / dinamiteros de Asturias, / de La Unión y Cartagena.

A los valientes que riegan / y estercolan nuestro suelo / con la sangre que desprenden / las heridas de sus cuerpos. (romance, 1978).

Mi cante, por ser sencillo, / me lo quisieran matar / y antes que lo puedan lograr / se lo ofrezco al campesino / para ayudarle a batallar.

No son salmos ni sermones / mis cantes de peregrino / sino sencillas canciones / de la tierra en que he nacido / para alentar los corazones. (malagueña et rondeña, 1978).

Paco Moyano / Tonás
Paco Moyano / Romance
Paco Moyano / Malagueña et rondeña

• Tonás : Paco Moyano (chant)

• Romance : Paco Moyano (chant) / Pedro Escalona et Paco Cortés (guitare)

• Malagueña et rondeña : Paco Moyano (chant) / Paco Cortés (guitare)

Una mañanita fría / del frío mes de diciembre, / paseamos por el patio / toíto cubierto de nieve.

Dicen que faltan tres días / para que yo pueda salir ; / ya volveré, que este muro / tiene que tener mal fin.

Esta mañana al patio / no me han sacado, / la ventana está alta, / nadie a mi lado.

Al decir lo que ahora digo / me siento mucho mejor, / aquí dentro hasta los santos / renegarían de Dios.

Y entre rejas se ha pasado / y aquí ingresó, y aquí está, / toíta la Navidad, / porque no llevaba encima / el carné de identidad. (cantiñas, 1978).

Digame usted don Manuel / ¿ qué aprendió en la Gran Bretaña ? / que el capital en España / confia tanto en usted.

¡ Hay que ver, quien te ha visto / y quien te ve ! / ¡ quien no viera para no verte / quien no viera don Manuel !

En un país liberal / yo me dediqué a pensar / qué es lo que había que cambiar / para que no cambiara nada.

Mira que me hace a mí gracia, / esto ya no hay quien lo entienda / que ahora nos venga esta menda / con cuentos de democracia.

Que no nos vengan ahora / con cuentos de democracia, que ya no engañan a nadie / después de tanta matanza. (tangos, 1978).

Duro y penoso el trabajo / y "probes" (pobres) nuestros salarios, / pero grande es la ganancia / que sacan los empresarios.

Y aplastemos al verdugo / uniendo todas nuestras fuerzas, / que al pueblo que se levanta / no hay represión que lo venza.

Luchemos todos unidos, / levantemos nuestros puños, / con nuestra lucha resuelta / conquistemos el futuro. (farruca, 1978).

Paco Moyano / Cantiñas
Paco Moyano / Tangos
Paco Moyano / Farruca

• Cantiñas : Paco Moyano (chant) / Pedro Escalona et Paco Cortés (guitare)

• Tangos : Paco Moyano (chant) / Pedro Escalona et Paco Cortés (guitare)

• Farruca : Paco Moyano (chant) / Pedro Escalona et Paco Cortés (guitare)

Ni me achico ni me crezco, / canto a lo justo por justo / y a los cobardes desprecio.

Las fatigas de mi abuelo / ya se van quedando atrás, / quiero una tierra que mame / a chorros la libertad.

Un sillón tendra en el cielo / aquel que en un Jueves Santo / mandó matar a mi abuelo.

¡ Ay ! Pidele al viento firmeza / y al río que vuelva atrás / y no pidas al verdugo / que no te tire a matar.

Pajarillos, a volar, / lo que es del pueblo es del pueblo / y el que aguante lo verá. (soleares, 1978).

De Palos y palos dando / salieron tres carabelas. / De Palos y palos dando / y a América descubrieran, / de Palos y palos dando / salieron tres carabelas.

Y clavaron una cruz / y allá donde espada hundieran / y en un rosario de muerte / y de misa en cada aldea.

Espada y cruz, espada y cruz / bendiciendo al andaluz, / indio y negro.

Si llega a saberlo el fraile / Bartolomé de las Casas, / ni se casa con la Iglesia, / ni con Cristóbal se embarca, / si llega a saber el crimen / Bartolomé de las Casas.

[...]

Solidario canto yo / al pueblo que me pariera [...] (colombiana, 1984).

Los rosales que mi patio tiene, / poquito a poquito, floreciendo están. / Si la noche asesina a una rosa, / al alba se abren unas pocas más.

Y es la lluvia sangrante la savia / que a futuras rosas color les dará.

En un campo de trigo /una espiga a la amapola quisiera enderezar / ¡ Ay ! que le gustaría ser como las flores / que hay en el arroyo para libertad.

Para libertad / y a las voladoras que vendrán al alba / y al sol y a la lluvia / volar y volar.

Una sombra de cárcel le sigue / y un olor a cadenas hasta el fina,l / y hasta el triunfo que busca un valiente.

¿ Mas en el sufrir, quién le apoyará ? / ¡ Solidaridad ! / Y al hermano caído en la lucha / prestémosle nuestro calor fraternal. (campanilleros, 1984) — ce texte est dédié aux derniers militants exécutés par les franquistes.

Paco Moyano / Soleares
Paco Moyano / Colombiana
Paco Moyano / Campanilleros

• Soleares : Paco Moyano (chant) / Pedro Escalona (guitare

• Colombiana : Paco Moyano (chant) / Juan Soto (guitare)

• Campanilleros : Paco Moyano (chant) / Juan Soto (guitare)

Letras de Luis Marín

La plupart des plages des deux disques ("Cantata de Andalucía" et "El anarquismo andaluz") est précédée de textes récités dont le fil conducteur est effectivement une histoire populaire (et marxiste) de l’Andalousie.

En la plaza de mi pueblo / dijo el jornalero al amo : "la riqueza que yo creo / te hace dueño y a mi esclavo".

Esta tierra que no es mía, / esta tierra que es del amo, / la riego con mi sudor, / la trabajo con mis manos.

¡ Que mi voz suba a los montes, / que mi voz baje a los tajos, / que todos los jornaleros / sean dueños de sus campos ! (peteneras, 1977).

Mañana cuando yo muera, / no me vengáis a llorar, / nunca estaré bajo tierra, / soy viento de libertad. — (poème d’Ernesto Che Guevara écrit par Juan Paredes Manot "Txiqui", l’un des cinq militants de l’ETA fusillés le 27 septembre 1975, au dos d’une photo qu’il envoya à ses frères.

Tu sangre sembró el camino / de flores de libertad. / Yo quiero ser jardinero / de tu frontoso rosal, / compañero, compañero, / muerto por la libertad. (peteneras, 1978).

Me puse un día a cantar / en lo alto de una torre / y un canario que escuchaba / de pronto se echó a llorar / de la pena que le daba.

"Que la noche no es el día, / que la luna no es el sol, / que tu clase no es la mía, / son enemigas las dos", / un pobre a un rico decía.

Porque el hombre puede pensar, / el hombre es hombre por eso, / nadie puede hacer que calle / cuando tiene la verdad, / no hay cadena que le amarre. (fandangos de Santa Bárbara, 1978).

Luis Marín / Peteneras (1)
Luis Marín / Peteneras (2)
Luis Marín / Fandangos de Santa Bárbara

• Peteneras (1) : Luis Marín (chant) / Perico el del Lunar Hijo (guitare)

• Peteneras (2) : Luis Marín (chant) / Perico el del Lunar Hijo (guitare)

• Fandangos de Santa Bárbara : Luis Marín (chant) / Perico el del Lunar Hijo (guitare)

Y aquí para acabar bien, / todo junto está en el saco. / Si el pueblo se lo propone / el final no es nunca malo.

Pues unos están en sombra / y otros bien iluminados. / Se ve a los que da la luz / pero a los otros ni caso.

Hombre que vas a caballo / no tardaras en caer. / De oro tienes la cabeza / pero de barro los piés. (bambera, 1977).

Es de sabio el pensar / que no lo hará el Parlamento / si no hay un pueblo detrás / que siga en cada momento.

Mucho ya me prometieron / para luego no hacer nada, / sólo la lucha del pueblo / es quién lo puede lograr. (martinetes, 1978).

Ya se va a poner el sol / y hace sombra a los terrones. / Ya se entristecen los amos / y se alegran los peones.

Somos el pasado que hay que olvidar, / somos el presente que hay que portar, / somos el futuro que triunfará.

La gala del mayoral / desde las claras del día / es rondar en su caballo / y ver su ganadería.

Hasta la leña del monte / varía de condición. / Una vale para leña / y otra para hacer carbón. (zambra, 1978).

Luis Marín / Bamberas
Luis Marín / Martinetes
Luis Marín / Zambra

• Bamberas : Luis Marín (chant) / Perico el del Lunar Hijo (guitare)

• Martinetes : Luis Marín (chant)

• Zambra : Luis Marín (chant) / Perico el del Lunar Hijo (guitare)

Soy como el pájaro herido / que anhela la libertad, / cuando se ve perseguido / por un águila rapaz.

En ese caso son buitres, / los que tenemos detrás, / parecen inofensivos / pero atacan mucho más.

Porque hay en mi corazón / tanto odio, tanta guerra, tanta pena.

Caminando, marcho solo / pensando cómo encontrar / un pueblo que me comprenda / y esté dispuesto a luchar.

¡ Compañero, compañero ! / tenemos que triturar / a esta gran plaga de buitres / que nos quiren devorar.

Porque hay en mi corazón… (tientos, 1978).

¡ Ay ! a mí, decía un anciano, llorando : / « de qué me ha valido a mí, / toda una vida trabajando, / y ahora no poder vivir. / con lo que me están pagando ¡ Ay ! (malagueña del Mellizo, 1978).

luis Marín / Tientos
Luis Marín / Malagueña del Mellizo

• Tientos : Luis Marín (chant) / Perico el del Lunar Hijo (guitare)

• Malagueña del Mellizo : Luis Marín (chant) / Perico el del Lunar Hijo (guitare)

Gente del Pueblo

En marge du cante proprement dit, Gente del Pueblo fut un groupe de sevillanas engagé, lié au SOC ("Sindicato de Obreros del Campo") et au PTE ("Partido del Trabajo de España "). Il ne chanta pas précisément les thèmes habituels du genre (amour, charmes sévillans, Feria, Rocío et textes inspirés de l’Ancien Testament) :

Por las playas de Almería / nacieron claveles frescos, / sembrados con la semilla / del joven Javier Verdejo,

Que en una noche de agosto, / cuando su misión cumplia / la balas del enemigo / le destrozaron la vida.

Y sin poder defenderse / cayó su cuerpo herido / como en otoño las hojas / y con su sangre en la arena puso la bandera roja.

Como se agitan los mares, / Euskadi se ha estremecido / y al grito de ¡ Libertad ! / se levanta enbravecido.

El pueblo pide justicia / por la muerte de Zabala, / por todos los que han caído / heridos cuando luchaban.

Pueblo de Fuentarrabía, / sobre tus piedras ha caído Jesús María Zabala / que agonizante ha rodado / destrozado por las balas.

Hasta cuando, compañeros, / seguiremos aguantando / el caer de uno en uno / y que sigamos callando,

Ante aquellos que no quieren / darle al pueblo libertad / y que nos ponen cadenas / si decimos la verdad.

Compañero, compañero, / quita el velo de tus ojos / y el tapón de tus oídos / ven a luchar con nosotros y caminemos unidos.

Está pidiendo justicia / la sangre de nuestros muertos / y aquellos que los mataron / andan por el mundo sueltos,

Porque tienen las cadenas / y cárceles para encerrar / a todo él que vaya gritando / « ¡ Pan, trabajo y libertad !

Compañeros, compañeros, / gritemos hoy fuertemente al cogernos de la mano, / que forjando la unidad / es seguro que triunfamos. ("¡ Pan, trabajo y libertad !", 1977) — Francisco Javier Verdejo, étudiant de dix-neuf ans, fut abattu par la Garde Civile le 13 août 1976 alors qu’il écrivait sur un mur "¡ Pan, trabajo y libertad !". Le 8 septembre 1976, Jesús María Zabala fut abattu par la Garde Civile alors qu’il participait à une manifestation pour l’amnistie à Fuentrrabía.

En Sevilla con agua / riegan las flores / y en Carmona se bebe / con mil suores.

El hielo nunca falta / ¡ Ay ! pena mía / en las fiestas que hace / la burguesía.

Ellos no sienten / que tú no tengas agua / y se divierten / porque ellos bien segura tienen la fuente.

El clavel que te ofrezco / es colorao, / la sangre de Miguel / se ha derramado

Cuando pedía agua ; / sí habrá que ver / por qué poquita cosa / murió Miguel.

Y aquel rescoldo / que cubría las cenizas / ya reverbera y al grito de ¡ Justicia ! / se ha hecho hoguera.

Maldita sea la mano / que te ha herido, / maldita sea la madre / que haya parido

Ese cuerpo de fuego / que te ha abrazado / y tu vida juncal / te la ha quebrado.

Por el camino / yo seguiré tus pasos, / tengo esperanza que llegué pronto el día / de tu venganza.

Se estremeció todo el pueblo / aquella tarde, / porque la sangre obrera / tiñó sus calles.

Rque en Carmona, / porque en Carmona / se ha derramado la sangre / de tres personas.

Escucha Pueblo : aprieta entre tus manos / al que te ahoga, / que se haga justicia / para Carmona. ("Por el agua de Carmona", 1977).

Gente del Pueblo / "Pan, trabajo y libertad"
Gente de Pueblo / "Por el agua de Carmona"

Tantos golpes a ella le dieron / que el dolor la adormecía, / solamente quien la amaba / quiso curare sas heridas

Que hicieron en su cuerpo / los yugos que la oprimían, / los yugos que poco a poco / sus hijos le quitarían.

Sus hijos le quitarían las cadenas / que no dejan gritar / lo que ella sentía : / ¡ Para remedio de mis males, que me den Autonomía !

Entre sus males veía / como sus hijos se van, / buscando fuera de ella / asiento, trabajo y pan.

En tierras que son extrañas / tenerse que acostumbrar / pensando en Andalucía / sin saber si volverán.

Sin saber si volverán, / ve, triste, como se marchan / sus hijos día tras día. / ¡ Para remedio de mis males, que me den Autonomía !

En el cuatro de diciembre / se alevanta Andalucía, / enarbola su bandera / pidiendo su Autonomía.

Quiso olvidar todas sus penas / llenándose de alegría, / pero balas traicioneras / abrieron nuevas heridas.

Abrieron nuevas heridas, / por defender su bandera / ha muerto Manuel García. / ¡ Para remedio de mis males, que me den Autonomía !

Señor Verdugo, en mis carnes, / duelen ya menos tus golpes, / que el despertar de mi pueblo / te está volviendo más torpe.

Te están fallando las fuerzas, / ya comienza tu agonía, / ya se acaban tus abusos, / se acerca por fin el día

Se acerca por fin el día / en que este pueblo oprimido / grite con mucha alegría : / ¡ El remedio de mis males, lo tiene mi Autonomía ! ("Sevillanas de la autonomía", 1978).

¡ Niña, comprar caracoles ¡ / una voz lo ha pregonado, / que entre gardancho ha cogido / y en los palos de alambrados.

De tan ingrata faena / ha de sacarse el jornal / para llevar a su casa / algo que acompañe al pan.

Y si tiene buena suerte / y vende la mercancía / que en el campo ha recogido / con la barriga caliente podrán dormirse sus hijos.

Candela entre los olivos, / ardiendo están las retamas, / un hombre en el suelo briega / alrededor de las llamas.

Para los fríos del invierno, / hace cisco y cesniura / para quitarse en el brasero / el frío las criaturas.

Venderlo es tan necesario, / para el sustento de su esposa /que cría al hijo de pecho, / que tiene que vender todo el cisco que con mil fatigas ha hecho.

Con las aguas del otoño, / los espárragos nacieron / unas manos encallecidas / uno a uno recogieron.

Recogen las tagarninas / y los carditos silvestres / para venderlos en el mercado, / a ver si con lo que saquen pueden tomarse un bocado.

En su casa a ella le esperan / en la candelita hambriento / y tiritando de frío, / esperando está a que llegue un hombre enfermo y sus hijos.

Cuatro galgos acollerados, / tres podencos y la escopeta, / los lazos bien escondidos / en el forro de la chaqueta.

Busca al conejo en el bosque, / a la perdiz en el barbecho / a la liebre en la besana, / la que se le vaya hoy hay que buscarla mañana.

Y muriendo ya la tarde / varios altos le han echado, / desde el suelo dolorido / va viendo cómo se llevan la comida de sus hijos. ("Buscando la vida", 1977).

Gente del Pueblo / "Sevillanas de la Autonomía"
Gente del Pueblo / "Buscando la vida"

NB : nous remercions chaleureusement Maguy Naïmi pour son aide au décryptage des letras. Quelques-unes nous ont cependant résisté.

Claude Worms

Bibliographie

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VELÁZQUEZ-GAZTELU, José María. De la noche a la mañana. Medio siglo en la voz de los flamencos. Sevilla, Athenaica Ediciones, 2021


Juan Valderrama / "El emigrante"
Enrique Morente / Fandango
José Menese / Martinete et tonás
José Menese / Marianas
José Menese / Tangos del Piyayo
José Menese / Guajiras
José Menese / Mirabrás
José Menese / Romance
José Menese / Rondeñas
José Menese / Granaínas
José Menese / Tientos
José Menese / Bamberas
José Menese / Siguiriyas et cabales
El Sordera / Tientos et tangos
El Sordera / Siguiriyas
El Turronero / Tientos
El Turronero / Bulerías por soleá
El Turronero / Siguiriyas
José Mercé / Soleares
José Mercé / Malagueña
José Mercé / Bulerías
José Mercé / Siguiriyas
José Mercé / Fandangos
Manuel de Paula / Tientos et tango
Manuel de Paula / Soleares (1)
Manuel de Paula / Granaínas
Manuel de Paula / Soleares (2)
El Piki / Tangos
El Piki / Bulerías
Luis Caballero / Siguiriya et liviana
El Cabrero / Tonás
El Cabrero / Martinetes
El Cabrero / Malagueña et rondeñas
El Cabrero / Fandangos (1)
El Cabrero / Fandangos de José Rebollo
El Cabrero / Fandango de Almonaster
El Cabrero / Fandango de Alosno
El Cabrero / Fandangos (2)
Manuel Gerena / Taranto (1)
Manuel Gerena / Tarantos (2)
Manuel Gerena / Nanas
Manuel Gerena / Alboreás
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