Sabicas : "Furioso !" / "Guitars of passion"

samedi 21 mars 2020 par Claude Worms

"Furioso ! Sabicas, Dolores Vargas and ’The Gypsy Earthquaker’ and Los Compañeros del Flamenco" - Decca DL-78900, 1959.

"Sabicas. Guitars of passion" - MGM E-SE 3975, 1961

A partir des années 1950, la base new-yorkaise de Sabicas est devenue le point de ralliement de tous les artistes en tournée aux USA – Carmen Amaya et Paco de Lucía en sont deux exemples légendaires. Le guitariste ne manquait jamais d’organiser des fêtes en leur honneur, chez lui ou dans quelque restaurant-tablao de la ville, tel le "Château Madrid". Une part importante de sa discographie témoigne de ces rencontres, sous la forme de collaborations plus ou moins durables avec des chanteurs et des danseurs. De "Queen of the Gypsies. The rhythms of Carmen Amaya. Carmen Amaya and Company. Sabicas, guitarist" (Decca, 1956) à "Arte Gitano. Sabicas. El Duende Flamenco (The Soul of Flamenco)" (RCA, 1969 – avec Ramón de Cádiz et Majura Heredia), une dizaine d’albums reflètent le goût de Sabicas pour l’accompagnement du chant et de la danse, que sa carrière états-unienne lui donnait trop peu l’occasion de pratiquer. Il est révélateur qu’il ait profité de ses brefs séjours en Espagne pour s’y adonner en studio. Le casting du double LP "Sabicas. La historia del flamenco" (RCA, 1969) prouve la sûreté de ses choix en matière de cante, des vétérans Rafael Romero, Pepe el Culata, El Pili et Manuel Soto "Sordera" aux jeunes Pedro Montoya, Juan Cantero et Camarón de La Isla.

Il semble que Sabicas ait trouvé en Dolores Vargas "El Terremoto Gitano" ("The Gypsy Earthquaker" de l’autre côté de l’Atlantique) un substitut crédible à Carmen Amaya. Après"Furioso ! Sabicas, Dolores Vargas, ‘The Gyspy Earthquaker’ and Los Compañeros del Flamenco" (Decca, 1959), il récidivera les deux années suivantes : "Dolores Vargas. El Terremoto Gitano (The Gypsy Earthquaker) with Pepe Castellón, guitar" (Decca, 1960 – Sabicas assume la direction musicale du programme, mais ne joue pas) ; "Sabicas. Rhythms of Spain. Domingo Alvarado, Antonia Andalucía, Juan de la Mata y Dolores Vargas" (Decca, 1961). A peine arrivée aux USA, Dolores Vargas (1936-2016) venait de faire sensation au Ed Sullivan Show (octobre 1958) quand Sabicas l’invita en novembre pour les quatre jours de sessions en studio qui aboutiront à "Furioso !", paru l’année suivante. Elle y chante, danse et joue les castagnettes - "Los Compañeros del Flamenco" étant les guitaristes José Castellón (le mari de Dolores Vargas) et Diego Castellón (le frère de Sabicas).

Le répertoire de l’album présente différentes combinaisons entre guitare, chant, danse et castagnettes. Outre une adaptation por bulería de "Catalina", qu’il avait déjà enregistrée en duo avec Niño Ricardo en 1949 (réédition en CD "5 guitarras históricas" - Pasarela CDP 4/631, 1995), Sabicas nous offre trois pièces mémorables : la seule mariana de sa discographie (et l’une des rares pour guitare flamenca soliste), qui suit ponctuellement le déroulement de la suite de cantes canonique sur un bourdon de type zambra ; la granaína "Los arrayanes", que nous considérons comme l’une de ses compositions les plus abouties sur ce palo, avec notamment une magnifique falseta en trémolo ; un fandango por medio précurseur, "La Rábida". Comme son titre l’indique, "La castañuela" est un duo guitare/castagnettes por tanguillo. "Arabesca" (zambra en mode flamenco sur Ré) et "Desengaño" (triptyque petenera/guajira/petenera en La mineur et La majeur) reprennent le même dispositif, avec un solo de zapateado avant le troisième volet de "Desengaño". "Gitana te enamoraste" (tientos-tangos) et "Aires de San Fernando" (alegrías) associent danse, chant et guitare. Enfin, les "Bulerías del Terremoto", dans un style rappelant celui de Carmen Amaya, valent surtout pour les cantes : cuplé (" Mi madre no entra por uvas"), puis cantes d’Antonia Pozo et de La Repompa.

Après "Flamenco Fantasy. Sabicas" (1960), "Guitars of passion" est le second et dernier album pour le label MGM de Sabicas, qui ne semble guère avoir apprécié ces expériences hollywoodiennes. Avec son frère Diego à la seconde guitare, il accompagne la bailaora Anita Ramos et le cantaor Domingo Alvarado (tous non crédités !), et joue en solo la "Farruca de los caireles" (Mi mineur) et en duo une zambra por arriba atypique, limitée à de vigoureux picados sur un ostinato de basses de Diego Castellón.

La production n’est pas vraiment un modèle du genre, avec une guitare reléguée en presque fond sonore pour le zapateado et les castagnettes, et des déphasages rythmiques des palmas qui n’ont pas été corrigés : "Zapateado del Sacromonte" (Do majeur), "Cantan los Puertos" (alegrías – La majeur), "Fandangos de Grazalema" (por arriba), "Junco y canastos" (bulerías - por arriba) et "Verdial de la Alpujarra" (por arriba).

Par contre, l’album est une bonne occasion d’écouter Domingo Alvarado (1930-2015), un très estimable cantaor jerezano tombé dans un regrettable oubli du fait de son exil états-unien à partir de 1955, année de sa première collaboration avec Carmen Amaya et Sabicas au Carnegie Hall (septembre). Il restera dans la troupe de Carmen Amaya jusqu’en 1958, puis partagera ses activités entre "cante patrás" et tablaos new-yorkais - en particulier avec le guitariste Emilio Prados, lui aussi injustement méconnu. Domingo Alvarado nous a légué une abondante discographie, avec Sabicas puis Mario Escudero et Juan Serrano, et sous son nom, entre chansons aflamencadas et cante orthodoxe - son premier disque dans ce répertoire, "Flamenco ! Domingo Alvarado, Cantaor. Rogelio Reguera, Guitarista", est particulièrement recommandable (Prestige PR-INT 13007, 1961). Ici, nous retiendrons particulièrement les alegrías façon El Sernita, les soleares de Triana (La Andonda et El Quino - la référence à Alcalá du titre nous laisse légèrement perplexe) et la siguiriya (Paco La Luz) précédée d’un martinete.

Claude Worms

NB : pour la plupart des informations factuelles de nos archives sonores sur la discographie états-unienne de Sabicas, nous sommes redevables à l’ouvrage indispensables de José Manuel Gamboa, "La correspondencia de Sabicas, nuestro tío de América. Su obra toque x toque" (Madrid, El Flamenco Vive, 2013).

De nombreuses compositions de Sabicas (solfège, tablature et CD) ont été publiées aux éditions Affédis par Alain Faucher, et aux éditions Combre et Play Music par nous-même.

Programme des disques

Gitana te enamoraste
Catalina por bulerías
Desengaño
La castañuela
La Rábida
Ay mi Huelva
Aires de San Fernando
Danza de las marianas
Arabesca
Los arrayanes
Bulerias del Terremoto

"Furioso ! Sabicas, Dolores Vargas and ’The Gypsy Earthquaker’ and Los Compañeros del Flamenco" : "Gitana te enamoraste" (tientos-tangos) / "Catalina por bulerías" / "Desengaño" (petenera et guajira) / "La castañuela" (tanguillo) / "La Rábida" (fandango) / "Ay mi Huelva" (fandango) / "Aires de San Fernando" (alegrías) / "Danza de las marianas" / "Arabesca" (zambra) / "Los arrayanes" (granaína) / "Bulerías del Terremoto"

Zapateado del Sacromonte
Soleá de Alcalá
El Avellano
Cantan Los Puertos
Fandangos de Grazalema
Junco y canastos
Verdial de la Alpujarra
Farruca de los Caireles
Duende gitano

"Guitars of passion" : "Zapateado del Sacromonte" / "Soleá de Alcalá" / "El Avellano" (zambra) / "Cantan Los Puertos" (alegrías) / "Fandangos de Grazalema" / "Junco y canastos" (bulerías) / "Verdial de la Alpujarra" / "Farruca de los caireles" / "Duende gitano" (siguiriyas)


Gitana te enamoraste
Catalina por bulerías
Desengaño
La castañuela
La Rábida
Ay mi Huelva
Aires de San Fernando
Danza de las marianas
Arabesca
Los arrayanes
Bulerias del Terremoto
Zapateado del Sacromonte
Soleá de Alcalá
El Avellano
Cantan Los Puertos
Fandangos de Grazalema
Junco y canastos
Verdial de la Alpujarra
Farruca de los Caireles
Duende gitano




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