Le cante, une histoire populaire de l’Andalousie / Septième partie (épilogue : XXIe siècle)

jeudi 17 février 2022 par Claude Worms

Le titre de cet article fait référence à deux livres fondamentaux d’Howard Zinn (Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Marseille, Éditions Agone, 2002) et de Michelle Zancarini-Fournel (Les luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours, Paris, Éditions La Découverte, 2016). Des générations de "flamencologues" ont répété à satiété la thèse selon laquelle le cante était d’autant plus "pur" que les coplas traitaient de thèmes réputés universels, tels la mort, l’amour, la mère, etc. Il s’agit là d’un postulat essentialiste selon lequel les andalous en général, et les gitans en particulier, seraient enclins à un fatalisme qui engendrerait passivité et soumission à l’ordre social établi...

... Or, si les letras sont effectivement rarement engagées politiquement ou socialement, au sens strict du terme (du moins jusqu’à la fin du franquisme), leur lecture sans a priori montre qu’elles racontent une histoire populaire de l’Andalousie : parfois directement, par des prises de position dans des conflits politiques et des luttes sociales ; plus souvent indirectement, par le constat accablant des énormes inégalités qui marquent la société andalouse pendant un siècle et demi d’histoire du flamenco.

VII) : épilogue, XXIe siècle

VII A Social-démocratie et social-libéralisme au pouvoir

Depuis les années 1980, les trois principaux critères de l’IDH (PIB par habitant, espérance de vie à la naissance et niveau d’éducation des enfants de plus de dix-sept ans) ont considérablement progressé en Andalousie comme en Espagne. Fonds européens aidant, c’est le cas également des infrastructures, en particulier pour les transports. Les socialistes et leurs alliés ayant gouverné la région autonome sans interruption jusqu’en 2018 (majorité de droite : centristes, Ciudadanos + droite, Partido Popular + extrême droite, Vox), on pouvait espérer que l’éducation, la santé, la protection sociale, le logement, etc. y progresseraient plus qu’ailleurs. Or, relativement au reste du pays, tel n’a pas été le cas. Sur une base 100 pour l’Espagne, la rente brute par tête n’a que peu progressé depuis la décennie 1950 : 70,19 (1955-1975) ; 72,14 (1975-1991 ; 69,87 (1991-1998) ; 78,9 (2016) ; 79,8 (2020). En valeur absolue, la rente nette annuelle par tête reste très inférieure à la moyenne nationale — en 2011, Andalousie : 8764 euros / Espagne : 10858 euros ; en 2020, Andalousie : 9990 euros / Espagne : 12292 (2020).

Selon l’indice AROPE (At Risk of Powerty or Social Exclusion), la situation des plus pauvres reste catastrophique : en 2020, 35,1% de la population andalouse entrent dans ses critères (26,4% pour l’Espagne). Sans surprise, on constate le même décalage pour le "risque de pauvreté" : pour la même année, 28,5% des andalous ont eu des revenus (impôts déduits), inférieurs au seuil statistique (21% pour l’Espagne). Encore faut-il mesurer ces chiffres à l’aune d’une Espagne elle-même en queue des statistiques de l’UE. Pour 2020, selon l’indice AROPE, l’Espagne se situe au vingt et unième rang de l’UE (seules la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie font pire) : Espagne, 24,3% des ménages sans enfants dépendants, 29,7% des ménages avec enfants dépendants ; UE, 21,6% et 22,3% (France, 17,2% et 20,5%) — source : Eurostat.

Difficultés économiques des ménages, année 2020 — source : Eurostat

Si nous ajoutons à ces quatre critères les personnes qui ne peuvent manger de la viande ou du poisson au moins une fois tous les deux jours, ne peuvent chauffer correctement leur logement ni disposer d’une automobile, d’un téléphone, d’un téléviseur et d’une machine à laver ("situation de carence économique sévère"), le pourcentage atteint en 2020 7% de la population espagnole. Nous n’avons pas trouvé de chiffres pour l’Andalousie, mais, compte tenu des différentiels précédents, il est vraisemblable d’évaluer la proportion à 10% des andalous.

Cette situation est imputable à des carences économiques, sociales et politiques anciennes que nous avons déjà évoquées et qui n’ont été que marginalement affrontées au cours des quatre dernières décennies. L’économie andalouse reste marginalisée et dépendante à la fois des investissements des régions espagnoles les plus dynamiques et des pays étrangers. La grande nouveauté est l’explosion du tourisme et de l’immobilier spéculatif (résidences secondaires, locations saisonnières, etc.), qui sont devenus les deux secteurs moteurs, à croissance rapide mais très instable. Ils remplacent ainsi l’agriculture qui, rapidement modernisée, produit essentiellement pour l’exportation. Les emplois tertiaires induits sont peu productifs, peu spécialisés, peu payés et précaires. L’industrie reste concentrée sur des productions de faible valeur ajoutée, dominées par l’agro-alimentaire. Alors que son niveau d’éducation et de formation a considérablement augmenté, la main d’œuvre est sous-employée. En 2020, 61,6% des entreprises andalouse n’ont pas de salarié, 29,3% de 1 à 5 salariés, 6,8% de 6 à 19 salariés et 2,3% 20 salariés ou plus (source : Instituto de Estadística y Cartografía de Andalucía). La répartition par secteurs, hors agriculture, s’établit comme suit (source : Instituto de Estadística y Cartografía de Andalucía) :

Cette situation s’explique en partie par les connivences entre milieux d’affaires et personnel politique, et donc par un clientélisme persistant. Si le Partido Popular reste en la matière l’incontestable spécialiste (cf. le scandale de Marbella, impliquant la maire de la ville, Ángeles Muñoz et son conseiller à l’urbanisme, Juan Antonio Roca, qui s’achève en 2013 par une cinquantaine de condamnations, prison et/ou amendes), le PSOE n’y est pas non plus étranger. Les grands projets immobiliers et hôteliers, comme les grands chantiers d’infrastructures inutiles (aéroports sans avions, stades sans matchs, etc.) et leurs rétro-commissions juteuses prolifèrent. Les conflits d’usage pour l’eau entre l’agriculture et le tourisme (golfs, "villages andalous" flambant neufs) et le saccage du littoral s’intensifient. Les deux partis politiques pratiquent avec virtuosité le pantouflage ("la puerta giratoria"), ce qui explique par exemple les prix prohibitifs de l’électricité et du gaz facturés par les entreprise Endesa, Iberdrola et Gas Natural Fenosa, parmi les plus hauts de l’UE, et leurs bénéfices nets d’une santé insolente : augmentation des tarifs de plus de 100% pour l’électricité entre 2007 et 2014, au plus fort de la bulle immobilière et des cracks bancaires consécutifs (cf. Javier Sevillano : https://javiersevillano.es/TarifasElectricasEvolucion.htm).

Bénéfices nets en millions d’euros (Endesa, Iberdrola et Gas Natural Fenosa (source : https://www.lamarea.com/2017/02/05/cuanto-ganan-las-grandes-electricas-en-espana/

Entre 2008 et 2013, le désastre s’est soldé par une accélération sans précédent des saisies immobilières et des expulsions, qui atteint + 440% en moyenne pour l’Espagne, la plupart des provinces andalouses se situant au moins à cette moyenne, et souvent très au-dessus, naturellement surtout pour les zones côtières (cf. tableaux et graphique ci-dessous). Alors que le pourcentage de la population de l’Andalousie par rapport à celle de l’Espagne est d’environ 18%, la proportion des saisies par rapport au total espagnol y reste supérieure à 25% jusqu’en 2017. Compte tenu de la chute vertigineuse des prix immobiliers pendant la crise, la vente des biens saisis ne permettait parfois même pas aux propriétaires de solder leurs dettes. Seule la solide tradition andalouse de solidarité familiale limita tant bien que mal une multiplication catastrophique des sans-logis : les grands-parents, à l’abri parce que déjà propriétaires, hébergèrent souvent leurs enfants et petits-enfants. Avec la gentrification des centres ville et le rachat à bas prix de leur parc immobilier pendant la crise par des fonds de pension (location saisonnière), une prochaine bulle ne saurait tarder, tandis que les habitants modestes de ces quartiers sont implacablement refoulés vers les périphéries — entre les quartiers riches et les polígonos de Málaga, le différentiel du revenu annuel moyen atteignait 2,4 en 2020, de 20160 euros à 47915 euros (source : https://www.diariosur.es/economia/barrios-ricos-pobres-malaga-20201015200916-nt.html).

Méndez Gutiérrez del Valle et Plaza Tabasco

Méndez Gutiérrez del Valle et Plaza Tabasco

Saisies immobilières 2014-2020 (source : Instituto Nacional de Estádistica)

Dans ces conditions, l’Andalousie est particulièrement vulnérable en temps de crise. Le taux de chômage et ses fluctuations, qui restent toujours supérieurs à des moyennes espagnoles pourtant élevées, en sont de bons indicateurs. Précisons que le tableau ci-dessous ne tient pas compte des temps partiels ni des contrats à durée très déterminée (parfois quelques heures). On conçoit que le binôme chômage/précarité est une arme indispensable qui permet au patronat de faire efficacement pression sur les salaires et d’exercer le traditionnel chantage à l’emploi en cas de grève. Séville reste la capitale économique d’Andalousie. Málaga enregistre depuis trois décennies la plus forte croissance économique, fondée sur le tourisme. Pourtant, dans tous les cas de figure, le taux de chômage double entre 2008 et 2013.

Évolution du chômage en pourcentage de la population active (1990-2018) — source : Instituto de Estadística y Cartografía de Andalucía

La situation en Andalousie est plus alarmante encore si l’on tient compte de critères d’âge ou de sexe. Pour 2008, donc avant la crise : 19,7% (hommes) ; 24,3% (femmes) ; 53,6% (moins de 20 ans) ; 38,4% (moins de 25 ans) ; 19,8% (de 25 à 54 ans) ; 15,7% (plus de 54 ans) — source : Instituto de Estadística y Cartografía de Andalucía

Cádiz : grève de la sidérurgie et de la métallurgie — 11 novembre 2021

Sur le plan des luttes sociales, le chômage provoque un rapport de force très favorable au patronat. Bien que nombreuses, les grèves sont ponctuelles quant aux secteurs concernés et à leur durée, et se soldent très majoritairement par une défaite des salariés.

NB : les différentiels entre le nombre total des grèves et les chiffres des lignes 3 à 11 sont dus à l’absence de certaines données statistiques, notamment pour leur issue.

Source : Instituto de Estadística y Cartografía de Andalucía

Les deux partis "de gouvernement" ne peuvent que désespérer les "milieux populaires". Ils n’ont évidemment rien à attendre du Partido Popular et de ses alliés, issus d’un redéploiement électoral visant à diversifier son offre et à satisfaire ses deux composantes extrêmes : les centristes libéraux d’une part (Ciudadanos) ; les nostalgiques du franquisme d’autre part (Vox). L’Andalousie reste l’un des bastions régionaux du PSOE. Président de la Junta de Andalucía de 1990 à 2009, Manuel Chaves cumule les responsabilités régionales et nationales, à la fois au sein des gouvernements et au sein du parti. En Andalousie, il applique avec zèle le social-libéralisme du PSOE et agit plus en tant qu’acteur de ses stratégies politiques nationales qu’en tant que défenseur d’une réelle autonomie. Il perpétue ainsi une longue tradition de tutelle et de subordination des intérêts andalous aux intérêts nationaux, soit une autonomie de basse intensité. On comprend donc que la contestation se soit surtout exprimée par des mouvements "citoyens" spontanés, hors et sans le soutien des partis et des syndicats. Le plus marquant est le mouvement du "15 M" (ou "Movimiento de los Indignados", ou "Movimiento Democracia Real Ya"), qui naît d’un cycle ininterrompu de mobilisations initié significativement lors de la première législature du gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero : il s’agissait de faire pression sur un PSOE trop enclin à oublier sa base électorale. Le 15 mai 2011, une semaine avant les élections municipales et régionales, 130000 manifestants défilent dans plus de cinquante villes espagnoles. Ici comme ailleurs, ce succès est dû à l’usage des réseaux sociaux (entre autres, "Spanish Revolution"), qui coordonnent plus de quatre cents organisations de tout le pays. Les manifestations sont prolongées par des occupations des places des grandes villes, qui durent parfois plus d’un mois — d’abord à Séville, Málaga et Grenade pour l’Andalousie. La plate-forme des revendications, organisée en huit thèmes, est à la fois politique, économique et sociale : élimination des privilèges de la classe politique (5 dispositions) ; contre le chômage (5 dispositions) ; droit au logement (3 dispositions) ; services publics de qualité (7 dispositions) ; contrôle des entités bancaires (5 dispositions) ; fiscalité (5 dispositions) ; libertés citoyennes et démocratie participative (7 dispositions) ; réduction du budget militaire (1 disposition) — d’après le programme de "Democratia Real Ya", 2011 (traduction de l’auteur). Malgré tout, le mouvement resta minoritaire, ce qui, joint à des querelles de chapelles et à des stratégies d’alliances politiques erratiques, explique l’échec relatif de son expression politique, le parti "Podemos", qui a cependant gagné la mairie de Cadix :

Source : Estudio General de Opinión Pública de Andalucía (EGOPA), automne 2011https://www.scielo.cl/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0719-09482013000200002

NB : pour la même enquête, 79,5% des personnes interrogées déclarent que le mouvement n’a eu aucune influence sur leurs choix électoraux.

Málaga : 15 mai 2011

VII B Letras

Résumons : en ce début du XXIe siècle, l’Espagne, et plus encore l’Andalousie, sont des cas d’école du ralliement sans condition de la social-démocratie au capitalisme financier mondialisé, dont l’efficience miraculeuse n’est plus à démontrer. Il est évident que les crises récurrentes et de plus en plus sévères ne prouvent en rien sa nocivité (y compris en termes de stricte efficacité économique), mais démontrent au contraire qu’il est urgent de persévérer, les "réformes" indispensables n’ayant pas encore été menées à leur terme : déréglementation, délocalisation, privatisation des services publics, démantèlement du droit du travail, externalisation des coûts de production, transferts aux salariés des "risques" d’entreprise, pillage des dispositifs mutualisés de protection sociale (baisses de "charges"), subventions diverses et sauvetage des banques "too big to fail" sur deniers publics, dégrèvements fiscaux, etc. — encore quelques efforts, le paradis du capitalisme post-moderne est à portée de main. Malheureusement, le bon sens primaire du bon peuple l’empêche trop souvent d’accéder à ces subtilités scolastiques et d’adhérer pleinement à la vérité révélée du marché et aux sacrifices indispensables qu’elle implique. Nous ne pouvons qu’être reconnaissants à la sollicitude de nos bons maîtres et à la pédagogie aussi inlassable que bienveillante dont ils font preuve — la contrainte n’étant toutefois pas exclue pour les hérétiques qui s’opiniâtreraient dans l’hérésie.

Dès lors, on pourra s’étonner que la génération des "cantaores de protesta" des années 1970-1980 n’ait eu que peu d’héritiers, si l’on excepte quelques hommages, bienvenus certes, mais qui se bornent à des reprises de leurs letras (Juan Pinilla, "Las voces que no callaron. Flamenco y revolución"). La convergence de deux facteurs nous semble expliquer ce constat.

Pendant la fin du franquisme et la "transition démocratique", les letras engagées étaient adaptées majoritairement à des palos considérés comme "authentiques" selon les critères de la flamencologie de l’époque. Si l’on excepte les festivals andalous, elles s’adressaient donc, surtout pour ce qui concerne les disques, à un public restreint d’aficionados, d’intellectuels et d’étudiants — ce qui, nous l’avons vu, n’était pas le cas pour les letras républicaines des années 1930. En marge du répertoire estampillé flamenco, de jeunes musiciens renouèrent, dès les années 1980, avec le public populaire dont ils étaient issus en privilégiant quelques palos à la mode, essentiellement les bulerías, les rumbas et les tangos. Notons que parmi leurs fondateurs, les groupes phares de ce que l’on nomma "nuevo flamenco" (Pata Negra, Ketama, La Barbería del Sur, etc.) comptaient nombre d’artistes appartenant à de vénérables dynasties flamencas (les clans Amador, Habichuela, Soto "Sordera" et Parrilla). La dernière génération connaissait donc parfaitement le répertoire traditionnel, mais écoutait aussi la rumba catalane et celle du quartier de Caño Roto (Madrid), le rock et la pop anglo-saxons, le blues ou la salsa. Le succès et le prestige des sextets de Paco de Lucía et des enregistrements novateurs de Camarón de La Isla, Enrique Morente, Lole y Manuel et Diego Carrasco multiplièrent les vocations. Suivirent Navajita Platea, Martires del Compás, Estopa, Ojos de Brujo, etc., des groupes qui abandonnèrent le duo chant/guitare canonique en lui adjoignant au moins une section rythmique (basse + percussions ou batterie), souvent le piano, le synthétiseur, la flûte, le saxophone, le violon ou l’harmonica (voire le sitar — Gualberto) et, enfin, l’électronique. Pour les plus connus et rentables d’entre eux, les conditions d’enregistrement et de production n’avaient rien à envier aux standards de la pop et de la world music internationale. Sous l’étiquette commerciale de "fusion", des styles plus ou moins distincts émergèrent : flamenco rock, flamenco blues, flamenco salsa, rap flamenco et autres. Sans écarter, comme toujours, les préoccupations mercantiles et les impératifs des "majors", quelle que soit par ailleurs la qualité musicale de ces innovations, on peut aussi y voir un mouvement spontané et, en ce sens, "authentique" : les jeunes flamencos des polígonos parlent, par leurs musiques et par leurs textes, au jeune public des mêmes quartiers. Ils renouent ainsi avec les pratiques que nous avons décrites pour les "cafés cantantes" de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle — une fois de plus plutôt sous la forme de constats d’une vie quotidienne partagée que sous celle de messages politiques. Outre les thèmes anciens attachés à la pauvreté, parfois explicitement liés à l’exploitation de classe et à la financiarisation de l’économie, on notera cependant la fréquence de problèmes plus récents, notamment l’errance des sans-abris, les ravages de la drogue et la solidarité avec les immigrés (essentiellement latino-américains, maghrébins et sub-sahariens) – une nouveauté en Andalousie.

Un autre type de contestation s’est affirmée ces dernières années. Même si elle peut aussi être explicitée par les textes, elle cible prioritairement le répertoire musical. Le développement touristique en Andalousie a longtemps consisté à vendre à bas prix du soleil, du sable et des tapas, pimentés de quelques touches de couleur locale. Le sud et l’est du bassin méditerranéen s’avérant dangereusement compétitifs sur ces créneaux, la Junta de Andalucía opte depuis deux décennies pour une offre plus "haut de gamme", écologique et culturelle, golfs et marinas inclus. Dans ce contexte, le flamenco est évidemment l’un des principaux marqueurs de la culture andalouse, le plus apte à l’exportation et à l’amélioration du ranking de quelques grandes villes (Séville, Grenade et, dans une moindre mesure, Málaga, Jerez et Cordoue). La Junta s’est donc efforcée de le promouvoir et de le subventionner. Dans son chapitre II ("Compétences. Article 68. Culture et patrimoine") le "Statut d’Autonomie pour l’Andalousie" se réserve "la compétence exclusive en matière de connaissance, conservation, formation, promotion et diffusion du flamenco en tant qu’élément singulier du patrimoine culturel andalou." (traduction de l’auteur). En application de cette déclaration d’intentions, le plan "Flamenco Porvenir" prévoit pour la période 2004-2011 la création de diverses institutions plus ou moins éphémères et efficaces : "Agence Andalouse pour le Développement du Flamenco", "Centre Andalou du Flamenco", "Entreprise pour la Promotion et la Commercialisation du Flamenco" et "Musée Andalou du Flamenco". Enfin, une campagne entreprise auprès de l’UNESCO s’achève avec succès, en 2014, par la reconnaissance du flamenco en tant que "Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité" — succès paradoxal pour un art bien vivant, si l’on se rappelle que la liste de l’UNESCO vise à préserver des cultures en risque d’extinction… Dès 1980, la "Bienal de Flamenco de Sevilla" est conçue comme une vitrine internationale de promotion de spectacles à l’exportation, essentiellement pour des spectacles de danse et de ballets flamencos (le "Ballet Flamenco de Andalucía", totalement subventionné, suivra en 1994). On ne peut que se réjouir de telles dispositions, d’autant que la programmation est souvent de qualité. Les artistes sélectionnés y gagnent une sécurité matérielle et des moyens de création salutaires. Mais là encore, le projet est paradoxal : il s’agit de créer et d’innover, certes, mais "depuis les racines". La Junta entend poursuivre un objectif de préservation du répertoire présumé "authentique" tout en inscrivant le flamenco dans l’avant-garde artistique mondiale, ou plutôt mondialisée. La main mise institutionnelle sur les principaux circuits professionnels (autres festivals, concours, peñas, etc.) et/ou leur sponsorisation (par la fondation de la banque Cajasol par exemple) impliquent que les "créateurs" restent modérément critiques vis-à-vis des autorités politiques et économiques en place. Leur survie artistique dépend également de l’acceptation des dossiers qu’ils leurs soumettent : d’où des projets préparés à la hâte sur un rythme biennal, s’efforçant de concilier tant bien que mal les impératifs contradictoires de traditionalisme et de contemporanéité. Forts de travaux critiques remettant en cause les récits historiques de la flamencologie traditionnelle (José Luis Ortiz Nuevo, José Manuel Gamboa, Faustino Nuñez, etc.), de jeunes artistes s’en prennent frontalement aux thèses du "flamenco pur", attaquent par des moyens musicaux des censeurs qu’ils considèrent comme représentatifs de l’establishment politique et culturel et opposent simultanément une avant-garde dissidente à un art contemporain flamenco institutionnel. La provocation musicale devient une arme politique : l’un des derniers disques de Niño de Elche (2017, direction musicale et livret de Pedro G. Romero, l’un des principaux théoriciens sévillans de la "déconstruction") est intitulé "Gran magna ANTOLOGÍA, historia, memoria, rito y geografía DEL canto flamenco-andaluz, mundo y forma del CANTE gitano y archivo y tesoro del FLAMENCO original, antiguo, jondo y HETERODOXO" (nous reproduisons les caractères en majuscules de la jaquette) — l’enregistrement étant produit par Sony Music, l’entreprise subversive ne va pas sans quelque ambigüité… Les œuvres d’autres musiciens s’inscrivent, au moins partiellement, dans la même tendance "hétérodoxe". Remarquons que beaucoup sont des cantaoras, qui combattent également d’autres topiques flamencos et andalous, le patriarcat et le machisme : entre autres, Rosario "la Tremendita", Rocío Márquez et Rosalía Vila Tobella "Rosalía".

On pourra objecter, non sans raisons, que ces letras et ces compositions ne sont pas à proprement parler des cantes, tels qu’ils ont été codifiés au terme d’un siècle de constante évolution. Elles n’en respectent effectivement ni la versification des coplas, ni l’instrumentation, ni parfois les règles attachées aux palos. Nous pensons que le flamenco est actuellement la dernière cristallisation savante d’une tradition séculaire de la musique andalouse (et espagnole) qui remonte au moins à la fin de la Renaissance, et sans doute plus avant — on pourrait sans doute ajouter au cante flamenco sa cousine, la copla, un style de chanson andalouse apparu dans les premières décennies du XXe siècle. Depuis les XVe et XVIe siècle, on peut y observer la persistance de quelques traits caractéristiques concernant le rythme (l’hémiole), les modes mélodiques et leur harmonisation (mode de Mi, utilisé pour la cadence andalouse dans une tonalité mineure, et parfois seul) et la versification (l’octosyllabe, vraisemblablement issu de la partition de l’hexamètre des romances). Ils circulent en allers-retours périodiques entre musiques vernaculaires et formalisations savantes, notamment dans les théâtres (préludes, intermèdes et postludes chantés et dansés) fréquentés aussi bien par le public populaire que par l’aristocratie. Selon les époques, leurs dénominations et leur facture musicale ont changé : danses baroques (chaconne, sarabande, jácara, etc., puis, au XVIIIe siècle, fandangos et seguidillas) ; tonadillas escénicas et zarzuelas aux XVIIIe et XIXe siècles, etc. Le cante et la guitare flamenca ont été configurés à partir de la seconde moitié du XIXe siècle par des musiciens géniaux qui ont fusionné ce fond de répertoire avec d’autres matériaux musicaux de leur quotidien, tels que des chants de travail ruraux, des pregones (boniments chantés de marchands ambulants) et des airs à danser d’Amérique Latine (guarachas, habaneras, peteneras, tangos, etc.). Il est vraisemblable qu’on assiste actuellement à la naissance chaotique d’un nouveau genre de musique andalouse populaire/savante, que l’on pourrait nommer "gran música andaluza", par analogie avec la locution "great black music", que certains musiciens préfèrent au terme jazz. Entre échecs et réussites, les jeunes créateurs actuels tenteraient alors de la façonner à partir de leur environnement musical, dont fait évidemment partie le flamenco, mais pas exclusivement. Comme l’émergence du flamenco n’avait pas fait disparaître la zarzuela ou la tonadilla, gageons que ce genre musical en gestation ne le remplacera pas non plus. Il ajoutera un nouveau chapitre à l’histoire populaire de l’Andalousie.

• Kiko Veneno

Anda, corre y ve / a la farmacia de guardia / y pregunta si / el negocio va bien.

Y ya que estás allí / que te diga el boticario / / si se acuesta también / con el babi blanco.

Traígame Ansioválium diez / me duele la cabeza / dame un Hemicraneal.

Mire usted doctor, que tengo un grave problema / se me perdió la receta que me dió / de Ansiobas grageas.

Por favor doctor, / recéteme usted un sedante / que me quite la velocidad / que cogí con lo de antes.

Me duele la cabeza / anda, corre y ve / a la farmacia de guardia. ("Farmacia de guardia")

Kiko Veneno / "Farmacia de guardia"

• Pata Negra

Domingo por la mañana / llego a la plaza de El Tardón / me dicen : vamos, confiesa, / sabemos que es fumador.

Y yo les digo : no es cierto, / que estaba tomando el sol /y me piden los papeles (y me meten cuatro hostias) / y para dentro, para el furgón.

Dios mío, como está esto, / ni se puede pasear, / la pestañí me diquela. (provoca) / ¡ Como está la autoridad !

Me dicen : vamos, confiesa. / ¿ Donde escondió el mogollo ? / Y yo digo : ¿ que es eso ? / No conozco a este señor.

Y y aves, diez días / que me encerraron aquí. / Por fin encuentro mi novia / que me está esperando así :

¿ Qué es lo que has hecho, cretino / para qué te metan ahi ? / Por tu culpa me he quedado / dos domingos sin salir. ("El Tardón")

Horda del Sur / enriquecida y no más, / que llegaís con el pelo de la dehesa / a tutear, estúpidas marquesas / a cambio del dinero de la alcoba.

Viajeros de la falsa Andalucía / que teneís como blasones la tajada / presumiendo de genealogía / en vuestro escudo una marca registrada,

Llevaís en vuestra corte adulones, / putas, tortilleras y maricones, / un elenco florido y cortés, / símbolo de una España en pandereta.

Ir con vuestro dinero a hacer puñetas, / o Borgias de los vinos de Jerez. ("Anónimo jerezano")

Pata Negra / "El Tardón"
Pata Negra / "Anónimo jerezano"

• Diego Carrasco

Ocho de la mañana, 17 del IV del 98. Hoy estoy un poquito confuso. Me siento triste, ¿ por qué ? Ni tan siquiera soporto el ruido de la maquina de café, y mucho menos él del jarro de la leche. Sin quererlo pero, qué desagradable es este ruido y pienso : "Qué me gustaría invitar a esa vaquita, esa vaquita que ha chado su lechecita por las tetitas, a un cafelito con leche".

Así soy, ¿ qué soy yo ? Igual que tú, inquilino del mundo, inquilino. No te lo tomes para mal, ni para bien, ni lo dudes. Lo quieras o no lo quieras, eres inquilino.

Inquilino, hombre divino, que estás vivo, siéntete orgulloso de ser inquilino, como el presidente de los EE.UU., o como el cantaor Manuel Gerena, o como el vicepresidente de CC.OO., que también es inquilino

No existen razas, ni distencias, ni norte, ni sur, todos somos inquilinos. Como la locutora de informativos de la segunda cadena del televisor, o como tú, enganchado, o tú, recomendado, o tú, insumiso, o tú, ascensorisa, o tú, Antonio, taxista, coleccionista de sellos, nazareno, cajera del más por menos. Todos somos inquilinos, seas cristiano, seas ateo, inquilino.

Veo, veo, ¿qué ves ? Una cosita, ¿ qué cosita es ? (allusion à un jeu de devinettes) Si soy buen vecino, me quieren a mí hacer presidente de mi comunidad, ya vienen…

Veo, veo, ¿ Que ves ? Una cosita,, ¿ qué cosita es ? Una señora muy señoreada, siempre va en un coche, siempre va mojada, ¿ Eso qué es ? Qué va a ser : inquilina y ¿ por qué ?

Consumidora de aspirina, que vas por las esquinas, los gatos y la aspirina. Le dan a los gatos la espinita.

Vecinita, vecinita, vecinita, que casita más bonita, mi casita tiene un almendro y yo vivo fuera y tú vives dentro.

Vecinita, inquilina, consumidora de aspirina, como tú, a ti, al que está detrás de… no te hagas… detrás en el banco… cajero.

Adios, adios… muchos besitos… paga la consumición. ("Inquilino del mundo")

Diego Carrasco / "Inquilino del mundo"

• Martires del Compás

Espaldas mojadas / en una patera, / con luz de linterna / buscando la playa.

Ocho civiles / detrás de la duna, / mirando la orilla, / mirando la luna.

¡ Alto, quién va ! / a la Meca.

¡ Oremus ! / que como quieres que oremus / si no comemus. / ¡ Cantemus ! / que como quieres que cantemus / si no amemus.

Guapa la que mire, / guapa la que mire / tú no, / tú no, / tú no. / Y era muy guapa / la que miró.

Piel morena / en una paterna, / llenita de sol, / llenita de arena.

Ocho civiles…

Un jartá de guapas, / la que miró.

Cuidado con el peso, / cuidado con el sexo, / y si te tocan / con guante puesto. ("Oremus")

Marties del Compás / "Oremus"

• Estopa

Ponga atención a lo que voy a contar, / ocurrió una fria noche de Cornellá en un rincón / no recuerdo muy bien porque sucedió, solo recuerdo que estaba en un bar, /porque será…

La clientela bebía, futbolín encontraba,/ las miradas perdias, los codos en la barra, /en fin cerveza fria por mi garganta / se derramaba.

Que escalofrio se pudo senti, / cuando entró un tipo bajito, pero eso si bacilón / que poseía todo lo que el bar querïa, |n toque magico para la aficción, /porque será….

Y el tipo era una máquina, un pasado de página, como las colaba, / como presionaba en fin se divertía / y toda la gente le cantaba :

Tú eres una fiera porque entras partiendo la pana, / invitando a la peña, invitando a cañas, / a la hija de la dueña la tienes loca loquita loca

Tu eres una fiera…

Se veía de venir el marrón, por lo menos desde mi posición / y el colega la empezo a bacilar del tirón, / pero la suerte a veces cambia de banda.

Y el viejo de la niña salto la barra, / menuda la panza, mirada desbocada, cuchillo jamonero. / Y toda la gente le cantaba :

Tu eres un fiera porque entras partiendo la pana, / invitando a la peña, invitando a cañas, / repartiendo leña…. / enseño la pipa ¿ que quieres más señas ?

Tu eres un fiera porque entras repartiendo la pana, / invitando a la peña, invitando a cañas… / sacó la pipa ¿ que quieres más señas ?

Tiros y más tiros en un bar /, la pasma está a punto de llegar, / yo me quedé con más ganas de juerga, / lo vi todo desde la puerta.

La cuenta Joe. ("Partiendo la pana")

Cerebros perdidos buscan cabezas vacías, / letras callejeras buscan canciones normales, / versos consentidos como se cruzan dos vias, / frases zalameras que parecen especiales.

Esta frase celebre busca una boca muda, / ciegos que se ponen buscan casas con ventana, / muñecos de pesebre borrachos como cubas, / princesas que siempre se reconvierten en ranas.

Qué mal repartido este mundo, / desde el primer mes de enero, / porque este juego dura un segundo / y gana el que marca primero.

No queremos cambiar de rumbo / con los pies en el subsuelo / y si la cosa se tuerce / pués nos cogemos y nos vamos para el pueblo.

Y si nos quedamos con las ganas, / ponme el sello en la mano que vuelvo mañana, / vuelvo mañana temprano.

Que cualquier dia es fin de semana, / igual que en las vacaciones de verano, / yo con pantalon de pana con este solano.

Mentes cautas para mentecatos supinos / que siguen la pauta como buenos vecinos, / palabras que se travan bajo efecto del vino / frases maljuradas que marcan tu destino.

Mi vecino farlopero tiene un padre madero / no se quiere dar cuenta que siempre le falta el dinero, / que casi siempre le toma el pelo.

Que mal repartido esta mundo… ("Vacaciones")

Dicen que los gitanos de Barcelona / saben tocar la rumba mucho mejor, / saben que es bona aunque la bossa no sona, / pero que saben que existe un mundo mucho mejor. / La luna y las estrellas son su bandera, / se pasan las mañanitas tomando el sol, / si sopla Tramuntana se desnivelan, / hay que tener remate y colocación.

Que yo me voy para Gràcia / en busca de mi compadre, / si yo me voy para la mina, / yo me voy con mi compare. / Si yo no nací gitano no, / no quiero ser payo yo, / no tengo raza ni credo, ni religión, / especie por determinar, / fuera de catalogación, /en este mundo surreal / falta imaginación.

Dicen las cuatro esquinas que me conocen, / que le pongo a las cosas el corazón, / que se me ve vagando todas las tardes, / que se me ve perdido sin dirección. / Si sopla Tramuntana me desnivelo, / vivo recluído bajo un techo de hormigón. / Me cuesta tanto poder mirar al cielo, / preso preventivo dentro de una canción.

No nací gitano no, / no quiero ser payo yo, / sé muy bien dónde nací... / ¡ Nací en el Mediterráneo ! ("Descatalogando")

Estopa / "Partiendo la pana"
Estopa / "Vacaciones"
Estopa / "Descatalogando"

No quiero un rey tan campechano, / yo quiero un principe enano. / No quiero saber nada del balon-mano, / ¿ Ke pa ke pa pasa ke pasa ?

¿Ke pa ke pa ke pasa ? / que se ha caído una casa, / que han devuelto Rumasa / y han subido las tasas.

Que el papa está de guasa, / ¡ que dice que hoy se casa ! / que hoy ha perdido el Barça / ¿ Ke pasa ?

Ke hay demasiada gente, / gente que es demasiada, / se busca urgentemente, / quien reparta el bacalao, / dosis urgentes, metadona. / En el mercado, / gentes ingentes, / parados desamparados, / mentes dementes, / que se creen importantes, / sientes que mienten, / y te ponen caliente, caliente.

Ke han bajado las ventas, / que torean en el infierno, / que dicen que hay tormenta, / que esta lloviendo en el cielo. / El pan ya no alimenta, / Carl lewis ya no lo intenta, / Kim basinger ya tiene cincuenta. / ¿ Qué pasa ?

Hay diarios incendiaries, / calendarios varios / para cada usuario, / hay notarios / que le traen mal fario.

El rollo milenario, / ¡ aquí lobo estopario / llamando a Super Mario ! Vente para el scenario, / que se están cargando / el barrio.

Como un supositorio / te llega mi espectro / de material etereo. / Yo te canto mi temario, / te lo canto en estereo / y te resulta más notorio, / lleno está el cementerio / de cerebros precarios

Soy Perico delgado / y tú eres mi gregario, / eres algo inventado / y yo el doctor bacterio.

Siempre eres el multado, / y yo el beneficiario, / tu mente es un poblado / y la mía un imperio. / ¿ Pero que pasa ?

¿ Quieres que te lo repita ? ("¿ Ke pasa ?")

Vivo debajo de un puente, / la acera está fría, / la hoguera es caliente. / Han tirado un mueble / que no puede abrirse / y ayer ví una rata / de pena morirse.

Pues yo vivo dentro de un castillo, / ayer eché a tu madre, / fuera del servicio. / Me he comprado un pedazo de carro / que no puede abrirse / sin tener la llave.

Mi coche no abres, / como te muevas, te mato. / Le dijo el indigente / al bancario : / lléname esta bolsa / de papeles, pero / no me vayas a echar / el calendario.

Te regalo mi retrato / para que me saques / bien en el telediario. / Voy a ser más famoso que el Lute (allusion à une affaire criminelle célèbre) / dentro de la gente / de mi vecindario.

Ninononinononino, / gritos de sirenas, / se escuchan dos tiros, / me voy pa’lante / como todos / ¿ y qué ?

Para lo que iba a perder / ni que estuviera viviendo / en el Ritz. / Qué risa me da / cuando me acuerdo de ti, / ya ves, cabrón, / calentito voy a estar, / techo, cama, papeo / y humanidad.

Ya ves si me acuerdo / como llegué hasta aquí. / ¡ ya ves, cabrón, / como me acuerdo de tí ! / Agregar a la playlist, / tamaño, / cifrado, / imprimir, / corregir. ("La del Lute")

Estopa / "¿ Ke pasa ?"
Estopa / "La del Lute"

• Ojos de Brujo

Me levanto a media madrugá y tengo una jambre que no veas, tropezando llego a la cocina, caña para el mechero y le doy a la vela. ¡ Y una vela ! ¡ y otra vela !

Todo para ver que no hay nada en la nevera, con las tripas rugiendo y que rugen, los pies congelaos y una ostia que no veas.

Empecé a maquinar para mañana ¡ y a ver ! Tener plata a mi ver ¡ monedillas ! ¡ calderillas ! Poco más me solía caer después de lo menos cinco horitas, cantando en la calle para nada de parné.

¡ Ay, para comer !¡ para comer ! Ya ves tú si no es para comer. Y todavía el garrulo de turno viene y me pregunta que si es para comer. ¿ Que no será para meterte heroína, spid, cocaína o un porro e jachí ?

¡ Vamos ya !¡ Vamos ya ! Arrecojo y me voy mosqueá. Y fue justo la noche siguiente, en la Manola tomando café, cuando vino el compadre Matías y otros coleguitas del moro también.

Nos pasemos una noche muy alegre, marihuana y aceite é jachí ¡ tocándono unas bulerías, algunas rumbillas, palmas que te dí !

¡ Vamo ya ! ¡ Vamos ya ! ¡ Vaya juerga nos vamos a dar ! Después a las seis de la mañana,
camino del keo y muy mareada, con cincuenta gramitos de jachis que mi compadre me dio para fumar.

¡ Ay para fumar !¡ Para fumar ! Eso es lo que me creía yo. Cuando abrí la puerta de mi casa
estaba todo regüerto, la luz apagada, entonces se encendió la linterna y desde ese momento no recuerdo nada.

Y me desperté de esta pesadilla, y estaba a gustito aunque la nevera estuviera vacía, y me desperté de esta pesadilla, y apagué las velas aunque la nevera estuviera vacía.

¡ Durmiendo en la mañana ! ¡ Me Despierto por la noche ! Flipado por las calles, bailando en las ramblas del Subidón. ("Na’ en la nevera")

La sangre se me rebela cuando me pongo a pensar que aquí unos tienen de todo y otros no tienen de nada.

Cuando llama a la puerta el revisor de la luz, nos echamos bajo el colchón y le cantamos tururú

La sangre se me rebela…

Mi techo son las estrellas que están en el firmamento, mi manta el agua del mar y mi respiración el viento.

Naíta tengo que pagar, mucho tengo que decir, toíto me lo ha dado mi madre sólo con traerme aquí.

Si te resignas, consuelo de tontos, si ellos estiran de la sábana, ¡ sacude el colchón, ¡ ¡ sacúdelo, sacúdelo !

Vamos y dale caña a esa base, que cualquier excusa es buena para largar, para sacar este puro movimiento.

Sentimiento sino reviento, ¡ ya sabes lo que te digo ! ¡ Tú sabes lo que te cuento ! No se trata de rimar sino de hablarte como siento, aquí sincera, preparada para lo que venga, subidas, bajadas, alegrías y penas.

Rayos, truenos, tormentas y centellas, la sangre se me rebela cuando me pongo a pensar
que aquí unos tienen de todo y otros no tienen de nada.

Porque tengo que pagar por algo que yo no he hecho, de hecho : derecho a techo por derecho, esa es la cuestión, no veo la solución.

Pues como yo no creo no recito ninguna oración, no espero nada de nada que me caiga del cielo, mis alas averidas ya no puedo volar.

Yo me mantengo a ras del suelo, sé que los peces son peces y que el pan es pan, no espero ningún milagro que me libre de este mal.

¡ Por eso yo te digo ! ¡ Por eso yo te canto ! chumbarelerelerelerele, chunbalereleilaleila...
Sacude el colchón ¡ sacúdelo, sacúdelo !
("Naíta")

Pasaron años y siglos, pasaron noches y días / y la historia de Perico y Juliana permanecía.

A pesar de la miseria y el hambre, techo no tenían, / cada mañana duro luchando, su amor les pertenecía.

No tienen coche, no tienen visa, / prisa si tienen para que no termine el día.

Y en el misterio que esconden los días, / ojos vacíos caminan por la avenida.

No hay prisa, / Perico y Juliana no tienen visa.

Dicen que fueron siguiendo cantos de sirena / perdiendo el miedo al amar otra vez.

No hay prisa…

La rumba no es como ayer / pero aún queda candela, prende la vela.

No hay mal que cien años dure, ni cuerpo que lo resista, / a las penas puñaladas ¡ qué remedio !

Tripulantes de emociones tirando de la carreta, / el pescado está todo vendido, no queda nada para la cena.

Nos sentencian los doblones, las clases y las etiquetas y otra vez, otra vez, otra vez la noche sentencia : / no tienen coche, siguen sin visa, prisa si tienen para que no les pille el día.

No hay prisa…

Pasan los años, la noche termina, / Perico y Juliana no tienen para nada.

No hay pris…

Perdura su amor, suena en el latir de su corazón, / olvidando lo que duele y.!

No hay pris, Perico y juliana no tienen visa / y Juliana le canta a la madrugá : nainainá, nainainainaina… ("Perico y Juliana")

Ojos de Brujo / "Na’ en la nevera"
Ojos de Brujo / "Naíta"
Ojos de Brujo / "Perico y Juliana"

Ordena ya la casa del alma, no entiende de egoismos, de dineros ni de miedos ni poderes,
los vientos, los destinos, los soles y los pareceres, protegiendo a todos los míos de serpientes, corrientes como tú, dejas latente.

Aquí no hay patente, ni diezmo al hijo de un terrateniente, ni chantaje, ni víctima en el presente, ni pavos que van de "guais" para llenar cuentacorrientes. "Siente, está es la fuerza de mi gente".

Pajarillos en libertad, somos polvo, somos nada ¡ Ay ! que ligeritos… Es muy poco flamenco apuñalar por la espalda.

Pajarillos en libertá, somos pueblo somos nada ¡ Ay ¡ que ligeritos…

Y el espejo en que te miras te dirá como tú eres, y el espejo en que te vemos nunca miente.
Palabras se lleva el tiempo, actos deciden tu suerte. Y el espejo mira en lo que te conviertes.

Siete potencias, barí y esencia pura nos alimentan, nos enseñaste lo que es ser pobre de conciencia. ¡ Aquí no hay ciencia ! ¿ Agradecía ? ¡ Siiiii !

De los abusos de poder, de los dolores, desazones y todas las contiendas ¡ Aún resistimos ! ¡ Aún respiramos !

Las agüadillas que nos hiciste son en vano. como peces en el agua fuera de la red, un océano, todo el agua se abre a nuestros pies. Subestimaste a los de abajo, cargan dignidad para parar un carro.

Pajarillos en libertad, somos polvo, somos nada…

Paseando aparente riqueza ¡ mira ! insultante felicidad, señores presidentes el pueblo no quiere batallar más. Al frente mande a sus hijos si con armas quiere ganar. Aquí piedras contra tanques, no más cadenas ni un paso atrás.

Escucha este silencio,será tu pesadilla. Son las voces de mi gente echando el resto,
sanando, revolucionan, luchando el presente.

Pajarillos en libertad, somos polvo, somos nada… ("Piedras vs tanques")

Hay peces grandes y chicos, los pequeños déjalos, el grande se come al chico y en la barriga una indigestión.

El pequeño se hace grande,se convierte en tiburón, s´adjuntan para la revuelta, Zapata vive, Revolución. S´adjuntan para la revuelta, Bolivar vive.

Hay campesinos sin tierra, hay esclavos sin patrón, ladrones de guante blanco, noches sin letras, libros sin sol, políticos y usureros que nos llevan a la ruina. Ttorres más grandes han caído en Venezuela o en Lima.

Los tanguillos marineros debajo de los delantales, con los tanguillos del Puerto, palmas, alegria, samba y timbales.

Las gitanas bailan rumba, le cantan a Jemanjá, suerte pa los marineros que besan tierra y se van.

Mira qué suerte, primo qué fuerte, primo qué suerte, mira qué fuerte, que he jugado a la lotería y me ha tocado conocerte

El tiempo... buen consejeroo es el tiempo, mala amiga la codicia, mal consejero el dinero.
Dame alegria y libertad, que eso es lo que yo más quero. (« Tanguillos marineros ») [215]

Tú niño que mueres de sida en Sudáfrica, tú, armado de valor que cruzas mares en pateras, tú, mujer que vendes tus encantos en la calle, aquellos que quemaron en la hoguera : ¡ que la prendan !

Tú que en la guerra de Irak perdiste a tus dos hijos, tú, Maria Elena madre de desaparecido, tú, mujer violada y saqueada en los Balcanes, aquellas que quemaron en la hoguera :¡ que la prendan !

Ahora que dicen que viene la crisis, muchos prenden velas, y si mañana el cuarto se quema, que sean otros los que apaguen la candela.

Así es la vida, ¡ incómoda !

Aunque te duela, la verdad esta clara y más, cuando la mentira deja secuela. Se cuela, como bola de billar en un casino en Las Vegas, mientras se cuela otra bala ciega en la cabeza de otro niño inocente en la escuela. Sí, y la gente se va a la playa en ríos, mientras otros se matan en las favelas.

Se calienta el aire, se enfada la tierra, se enfrian los corazones, se congelan las conciencias.

Quién lo diría, que muchos fingirían, unos reirían, otros sufrirían. Este es el momento, ha llegado el día, ya está aquí el espejo del que todos se escondían.

Dame la mano, libera tu hipotálamo. Basta de Guantánamos, unámonos. ¿ Hasta donde quieres que sigamos tós matándonos ? Sobre todo de este modo, somos cómplices de todo, ¡ déjate de dejarte como un loco ! Directos como terremotos, ¡ qué alboroto ! Dame la mano, libera tu hipotálamo. Basta de guantánamos, unámonos. ¿ Hasta dónde quieres que sigamos tós matándonos ?

Niñas de vientre abultado por no tener comida, centrales nucleares que recuerdan Hiroshima. Niños se atiborran de hamburguesas en los Mc Donalds, y otras se ponen silicona y hacen yoga.

Otras dedican su vida a causas perdídas, mientras otros pujan en la bolsa, y montan oficinas. ¡ Ay, que la tierra se calienta ! ¿que se puede hacer para arreglar toda esta mierda ?

Se calienta el aire, se enfada la tierra, se enfrian los corazones, se congelan las conciencias. Es como la matemática, lógica cuántica, cero subjetivo, pura práctica, estática endogámica. Vamos todos recto, directo a una verdad mas plástica.

Dame la mano…

Tú mujer libre que luchaste en el 36, una verdad incómoda.

Tú que limpias casas y te pagan cuatro perras, una verdad incómoda

Tú que estás sufriendo la ruina de la heroína, una verdad incómoda.

Aquellos que quemaron en la hoguera ¡ que la prendan ! Lanzo los chamalongos y entro en conexión con los grandes reyes del pasado. Bendición para hermanas y hermanos, agradezco el legado, contra el suelo choco cinco huesos de mi mano, ando tranquilo, sé que velan por mí.

Pero pregunto : ¿ Qué pasa ? Hombres, mujeres no somos los mismos, en vida se extingue la raza, Dinero de bien se disfraza para entrar en casa, Necesidad crea ceguera y no permite ver profundo. Se metalizan tus sueños, tu mundo, absurdo pero cierto, se globalizan, se legalizan desiertos en el pecho de los hombres. En los hombros llevan el peso de la costumbre, con el hambre de alcanzar la cumbre para tener para siempre una luz que los alumbre. ("Una verdad incómoda ")

Ojos de Brujo / "Piedras vs. tanques"
Ojos de Brujo / "Tanguillos marineros"
Ojos de Brujo / "Una verdad incómoda"

• Niño de Elche

Mira la "Pantoja" / y a los pieles rojas, / mira la pantalla / de televisión.

Cómprate una idea / en un look de moda, / póntela en los hombros / y tírate al rey. ( "Estrategias de distracción")

Regulación de empleo en Singapur, / quince mil a la calle. / Las minas de coltán por fin son de los rebelde.

En el paraíso que nombró la Biblia, / hay huellas de tanques que llevan a los pozos.

Ya no se habla del subcomandante Marcos, / Chávez busca las cuerdas, / Lula se pone lcorbata, / Fidel es ya nonagenario.

Sube la bolsa de Nueva York.

Dios regresa a la catedral después de años, / en los barrios populares. / Se privatiza la sanidad pública / en media Europa.

Sube la bolsa de Nueva York. ("Mercados")

Antes de que tengas policía, política y salas de tortura / y las plazas y los parques sean lugares inseguros, / lugares inseguros, pasear entre los árboles y flores, / y en las cafeterías sea necesario hablar en voz baja, / escribir los pensamientos en las paredes de los inodoros.

Antes de que sea indigno ser campesino, / antes de que se prohíban los jardines y los parques, / después de las seis de la tarde.

Antes de que haya censura y te abran las cartas, / y las cartas no te lleguen, / y haya toque de queda / y prohibidas las reuniones sin permiso / los grupos callejeros, los bailes y los besos. ("Informe para Costa Rica")

Niño de Elche / "Estrategias de distracción"
Niño de Elche / "Mercados"
"Niño de Elche / "Informe para Costa Rica"

Y el uno son flores, el dos, dolores y rosas, / el tres, perlas, cadenas y amores y el cuatro, unas esposas, / el cinco, un grillete que es de oro / y el seis, un tesoro de plata y de penas.

El siete, el sudor y las lágrimas que son saladas, / el ocho, sufrir es mejor que llorar esclavo / y el nueve, son joyas de muchos quilates, / el diez, no hay remedio, hay que morirse.

El once, es el negro, el que más trabaja, / y el doce que son los sirvientes que te regalan sus mulatas / y el trece, son los campos donde crece el maíz y la malanga.

El catorce, el ancho y largo rancho / llenos de hijos y de hijas llenas, / el quince, brillan en la oscuridad / el mambú, el marfil y la mazorca que son de plata.

Son palabrillas de amores, las órdenes del coronel…

Y el dieciséis, la mesa alta y ancha, / y el diecisiete la cama / y el dieciocho cómo descansa mi espalda / sobre el regazo de mi Ana, mi Juana, y mi Inés.

Y el diecinueve aquí no llueve, / y el veinte, abierta la ventana / se ven mis campos mis animales y mi gente, / y el veintiuno, cante / y el veintidós diamantes, picas, tréboles, corazones.

Y el veintitrés, todos llevan mi sangre, / Y el veinticuatro y el veinticinco, / ¡ay ! esta yegua mi potro da un brinco / y el veintiséis…

Y el veintisiete, morena pelo largo, suéltate el rodete, / y el veintiocho, tormenta y granizo me hacen dichoso, / y el veintinueve, sobre la selva cae la nieve / y el treinta, quien tanto traga así revienta.

Y el treinta y uno, enamorado, / el treinta y dos, fuego en los cielos / y el treinta y tres, la edad de cristo.

Son palabrillas de amores, las órdenes del coronel… ("Esclavos")

Hay una pereza activa / que mientras descansa piensa, / que calla porque se vence, / que duerme pero que sueña.

Es como un leve reflejo / de la majestad suprema / que eternamente tranquila / sobre el universo reina.

¡ Oh asilo del pensamiento / errante, dulce pereza, / mil veces feliz el hombre / que de ti goza en la tierra !

Hay una pereza activa… ("Soledades de la pereza" — adaptation de textes de Paul Lafargue et Augusto Ferrán)

¡ Pobre chica, la que tiene que servir ! / Más valiera que se llegase a morir. / Porque si es que no sabe por las mañanas brujulear, / aunque mil años viva / su paradero es el hospital.

Cuando yo vine aquí, / lo primero que a hacer aprendí / fue a fregar, a barrer, a guisar, a planchar y a coser ; / no me hacian prosperar. / Consulté con mi conciencia / y al punto me dijo : "Aprende a sisar, / aprende a sisar, aprende a sisar."

Salí tan mañosa, que el cabo de un año / tenía seis trajes de seda y satén ; / a nada que ustedes discurran un poco, / ya saben o al menos / ya se han figurado, / de dónde saldrá / para ello el parné.

Yo iba sola por la mañana a comprar / y me daban seis duros para pagar ; / y de sesenta reales gastaba treinta / o un poco más. / Y lo que me sobraba me lo guardaba / un militar.

Yo no sé como fue, / que un domingo después de comer, / yo no sé que pasó, / que mi ama a la calle me echó. / Pero al darme el señorito / la cartilla y el parné, / me decia por lo bajo : "Te espero en Eslava tomando café." / "Tomando café, tomando café."

Después de este lance serví a un boticario, / serví a una señora que estaba muy mal ; me vine a esa casa y aqui estoy al pelo. / Pues sirvo a un abuelo, / que el pobre está lelo / y yo soy el ama, / y punto final. ("El tango de la Menegilda" — Federico Chueca, Joaquín Valverde et Felipe Pérez y González)

Niño de Elche / "Los Esclavos"
Niño de Elche / "Soledades de la pereza"
Niño de Elche / "El tango de la Menegilda"

• Rocío Márquez

Caracoles, caracoles, / que aquí se junten / los corazones / y que nos cubran los soles / y vamos viviendo, ¡ Olé !

Cómo relucen / por la Puerta del Sol / sirios y andaluces, / malagueños y gatos, (madrilènes "de souche") / cada uno grita en su lengua : / la desgracia se hace canto.

Arando, arando, / queja de la tierra / que me brota en canto, / herida abierta, herida abierta / de guerra antigua / que ni se acuerda.

Respiras por la herida del pueblo, / que tú sólo te dueles, / si yo me duelo.

Mientras tanto, mientras tanto, / Europa escribe leyes de barro / y van muriendo gente de Dios.

Caracoles, caracoles… ("Si yo me duelo" — caracoles, texte : Isabel Escudero) [224]

Entre los momentos buenos de este arte del no hacer destacaría el primero, el despertar a tu lado mientras aún profundo duermes mirando al techo, al regalo que fue un mandala de plumas que evita los sueños malos.

En él giran fotos tuyas disfrutando del verano, libros de derviches suman.

El silencio no es alerta, días de fuerte tormenta y el río que cruza el patio, corazón fuera de venta lo estremece el calorazo.

Qué feliz, no siento losa y a mi lado respires mientras a los pies la perra goza y tumbada se despereza y nada quiebra.

Y es porque nada está herido, todo vive dentro casa.

Peces, pájaros y hormigas y hasta el cactus de la casa ha sido siempre uno más.

Por más que miro y miro me parece puro y limpio.

Sin heridas está el nido, son heridas pequeñas.

Qué me cuesta a mí entender, qué tan dificil saber que hacen hombres y mujeres negándose a conquistar estos plácidos quereres.

Vaya coche, vaya casa.

Cómo se puede pensar en una autocontención, sobriedad y austeridad con tant aplata en acción.

Cómo se puede pensar en conversar y en hablar si ahora todas las palabras son de publicidad.

Cómo se puede pensar en confiar en los sueños si hace tiempo que los sueños dejaron de ser ya nuestros.

Cómo se puede pensar en poner las flores en alto si las pobres siempre están escondidas en el asfalto.

Cómo se puede pensar que es igual bajo que alto, pues ya ves, si todo sigue un precio por día, cómo se puede pensar en ser uno mismo si nadie hoy reconocería quién se esconde en cada papelón.

Cómo se puede pensar hasta en el comer bien si transgénicos reinan de la cabeza a los pies, el agua ya es de botella y el animal vive en jaula y los bebés en la jaula durmiendo sobre carpetas.

Cómo se puede pensar en disfrutar de la paz si caen tres cada segundo, pensar en filosofar sin un sustento seguro.

Cómo se puede intentar admirar alguna estrella si su luz no va a llegar con tanta bombilla intensa rompiendo la oscuridad.

Cómo se puede pensar en ser feliz algún día si el capital es la brecha, mo para de provocar más almas insatisfechas.

Cómo se puede pensar en pensar y hacer conciencia si es frenético el andar, si no importa el caminar, solo llegar a la meta. ("Llegar a la meta" — texte : Antonio Orihuela ; guitare : Juan Antonio Suárez "Canito")

Rocío Márquez / "Si yo me duelo"
Rocío Márquez / "Llegar a la meta"

• Rosalía

A ningún hombre consiento / que dicte mi sentencia. / Solo Dios puede juzgarme, / solo a Él debo obediencia.

Hasta que fuiste carcelero / yo era tuya, compañero, ha
sta que fuiste carcelero.

Voy a tatuarme en la piel / tu inicial, porque es la mía / para acordarme para siempre / de lo que me hiciste un día, / de lo que me hiciste un día.

Voy a tatuarme en la piel / tu inicial, porque es la mía / para acordarme para siempre / y recordarlo toda la vida / de lo que me hiciste un día, / de lo que me hiciste un día. ("A ningún hombre")

Desde el día en que nací / traigo la estrella que llevo, sé que a nadie se la debo / y solo me protege a mí.

Mírame a los ojos a la milla, / mírame esta roca cómo brilla ; / te dejo Saint Laurent en la mejilla, / Si quieres hablarme, siéntate en la silla.

Taggeado tu nombre en la pared, / o "El Mal Querer" (titre d’un album de Rosalía) en Times Square, ¿ o qué ? / driving speed limit DGT / o quemando rueda sin carnet, ¿ o qué ?

Vas a lo suave a lo kitty cat / o muerdes si tienes que morder, ¿ o qué ? / muerdes si tienes que morder.

A palé…

Todo lo que me invento me lo trillan, / chándal, oro, sellos y mantilla, / restos de caviar en la vajilla, / mi Kawasaki va por siguiriya.

Taggeado tu nombre en la pared … ("A palé")

Y se va a quemar, si sigue ahí, / las llamas van al cielo a morir. / Ya no hay nadie más por ahí, / no hay nadie más, sentaíta dando palmas.

Por la noche, ella salía del Bagdad, / Pelo negro, ojos oscuros, / bonita pero apenas, / sentaítta, cabizbaja dando palmas ; / mientras a su alrededor / pasaban, la miraban, / la miraban sin ver nada. / Solita en el infierno, / en el infierno está atrapada, / Sentaíta, las manos las juntaba, / que al compás por bulerías / parecía que rezaba..

Junta las palmas y las separa…

De las luces / sale un ángel que cayó, / tiene una marca en el alma / pero ella no se la vio. / Sentaíta, al cielo quien rezarle, / prendaíta de sus males / que Dios tendrá que cobrarle.

Y se va a quemar, si sigue ahí, / las llamas van al cielo a morir. Ya no hay nadie más por ahí. / No hay nadie más, sentaíta dando palmas.

Y se va a quemar, si sigue ahí…

Junta las palmas y las separa… ("Bagdad")

Rosalía / "A ningún hombre"
Rosalía / "A palé"
Rosalía / "Bagdad"

Millones ardiendo (al cielo, ardiendo), / vamos a quemarlos, / montañas de fuego, / billetes llorando.

Que nos libren del dinero, / los verdes y los morados, / miro eso como un veneno, / que lo aparten de mi lado.

Dio$ no$ libre del dinero (queriendo, queriendo, queriéndolo), / Dio$ no$ libre del dinero vistiendo, vistiendo, vistiéndolo), / Dio$ no$ libre del dinero (contando, contando, contándolo), / Dio$ no$ libre del dinero (teniendo, teniendo, teniéndolo).

Dio$ no$ libre del dinero (moviendo, moviendo, moviéndolo), / Dio$ no$ libre del dinero (buscando, buscando, buscándolo), / Dio$ no$ libre del dinero (soñando, soñando, soñándolo), / Dio$ no$ libre del dinero (teniendo, teniendo, teniéndolo.)

Millones ardiendo (al cielo, ardiendo), / cheques en blanco / subiendo para el cielo y en él entrando.

Dinero, quiero dinero, / yo no lo quiero para nada. / Los reyes y presidentes / con la carita cortada

Dio$ no$ libre del dinero… ("Dio$ no$ libre del dinero")

Que ya lleva mi niño preso más de cuatrocientos días, / le tenía abrazado en la cama cuando llegó la policía. / Ni un beso pude darle de despedída / y eso me arde.

Juro que, juro que, juro que / el tiempo que tú estés dentro, yo te esperaré.

Dale, échale papa, tú me entiendes, / Joselito,, monta, monta, monta. / (¿ Cómo dice ? ¡ Vamos !).

Y en una carta le digo, / el primer día de permiso lo vas a pasar conmigo, / bolso Gucci, diamante’ y marfil, / que yo lo empeño todo, que todito lo empeño / para poderte sacar de ahí.

Que si no sales tú, entro yo, / atraco un banco esta noche y que me lleven para prisión.

Juro que, juro que, juro que, juro que… ("Juro que" — tangos, guitare : Joselito Acedo)

Rosalía / "Dio$ no$ libre del dinero"
Rosalía / "Juro que"

Claude Worms

Bibliographie

MÉNDEZ GUTIÉRREZ DEL VALLE, Ricardo et PLAZA TABASCO, Julio. Crisis inmobiliaria y desahucios hipotecarios en España : una perspectiva geográfica. Boletín de la Asociación de Geógrafos Españoles. N° 71, 2016 — https://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=5578030

WORMS, Claude. Une introduction musicale au flamenco. Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 2021.


Kiko Veneno / "Farmacia de guardia"
Pata Negra / "El Tardón"
Pata Negra / "Anónimo jerezano"
Diego Carrasco / "Inquilino del mundo"
Estopa / "Partiendo la pana"
Estopa / "Vacaciones"
Estopa / "Descatalogando"
Estopa / "¿ Ke pasa ?"
Estopa / "La del Lute"
Ojos de Brujo / "Na’ en la nevera"
Ojos de Brujo / "Naíta"
Ojos de Brujo / "Perico y Juliana"
Ojos de Brujo / "Piedras vs. tanques"
Ojos de Brujo / "Tanguillos marineros"
Ojos de Brujo / "Una verdad incómoda"
Niño de Elche / "Estrategias de distracción"
Marties del Compás / "Oremus"
Niño de Elche / "Mercados"
"Niño de Elche / "Informe para Costa Rica"
Niño de Elche / "Los Esclavos"
Niño de Elche / "Soledades de la pereza"
Niño de Elche / "El tango de la Menegilda"
Rocío Márquez / "Si yo me duelo"
Rocío Márquez / "Llegar a la meta"
Rosalía / "A ningún hombre"
Rosalía / "A palé"
Rosalía / "Bagdad"
Rosalía / "Dio$ no$ libre del dinero"
Rosalía / "Juro que"




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