Flamencas por derecho (6) : Niña de Linares

samedi 16 juillet 2022 par Claude Worms

Nous empruntons le titre de cette série d’articles, ainsi qu’une grande partie des informations biographiques et de l’iconographie, au blog d’Ángeles Cruzado Rodríguez (Flamencas por derecho) que nous ne saurions trop vous conseiller de consulter assidûment. Pour les enregistrements, nous sommes grandement redevable à Pedro Moral — Sociedad Pizarra & Flamendro.

Née à Linares le 27janvier 1908, Petra García Espinosa "Niña de Linares" est la fille de la cantaora Carmen Espinosa Ruiz "la Lavandera". En juin 1923, elle débute avec sa mère au Circo Americano de Madrid dans une "pantomime bouffe", "La Feria de Sevilla", en compagnie de Bernardo "el de los Lobitos", La Gabrielita et Manuel Martell. Les trois années suivantes, les deux artistes sont régulièrement programmées dans les cabarets madrilènes, ce qui n’empêche pas la jeune fille de faire ses premiers pas en solitaire à Santander dès juillet 1923 — à cette occasion, El Cantábrico n’hésite pas à la qualifier de "rivale de la Nîña de los Peines", à quinze ans… A partir de 1926, elle gagne une notoriété précoce grâce aux émissions de radio auxquelles elle participe, notamment pour Unión Radio Madrid et Radio Ibérica. La même année, on peut l’écouter aux Jardines del Buen Retiro et au Teatro Fuencarral (Madrid), puis à Alicante et à Salamanque et, en septembre/octobre, en tournée avec Antonio Chacón, El Canario, Pepe Marchena, Niño de las Marianas, Niño de la Flor, Chato de las Ventas et les guitaristes Marcelo Molina et Jorge López "Petaca" (Madrid, Castellón de la Plana, Valence, Séville, Utrera, etc.). De quoi attirer l’attention de l‘imprésario Vedrines, qui l’engage en novembre pour une tournée d’Ópera Flamenca dont l’affiche prestigieuse regroupe Antonio Chacón, El Canario, El Mochuelo, Chato de las Ventas, Canario de Madrid, accompagnés par Victoria de Miguel, Ramón Montoya, Marcelo Molina et Jorge López "Petaca" (Madrid, Salamanque, La Corogne).

Présentée comme "célebre cantadora de flamenco", la Niña de Linares récidive avec Vedrines en 1927, dans un casting renouvelé mais toujours aussi brillant et pléthorique (Cordoue, Madrid, Cádiz). La presse loue unanimement la finesse de son style, ses fandanguillos et ses vidalitas. Pendant la Feria de Séville, elle chante au Teatro San Fernando et au Teatro Cervantes avec Pastora Pavón "Niña de los Peines", Adela López, Antonio Chacón, José Cepero, Manuel Escacena et Chato de las Ventas, les bailaoras Juana "la Macarrona" et Malena "la Charru" et les guitaristes Ramón Montoya, Luis Yance et Manuel Bonet. Elle enchaîne en mai, au Teatro Circo de Verano de Cádiz et au Teatro Eslava de Jerez, avec Chacón, Cepero et Escacena. Elle entre en 1928 dans le cercle restreint des artistes conviées à chanter des saetas et des coplas lors de projections de films muets : "La hermana San Sulpicio" de Florián Rey (Teatro Pavón et Cinema X, Madrid, mars et mai) ; "Relas y votos" de Rafael Salvador (Ciné Argüelles, Madrid, mai).

En 1929, elle part en tournée dans le nord de l’Espagne avec une troupe menée par Manuel Vallejo et Ramón Montoya, en compagnie de Niño de Málaga, Pedro Paso "Niño de Huelva", Juan García Hierro, Cojo Luque et Bernardo "el de los Lobitos" (Zamora, Oviedo, Lugo, Vigo, Saint-Jacques de Compostelle, El Ferrol, La Corogne, Vitoria). Son succès est tel en Galice qu’elle y reviendra avec sa propre compagnie (cf. ci-dessous). Elle intègre ensuite la "Troupe Caracol, avec Manolo Caracol, Manuel Torres et Cojo Luque (Plaza de Toros del Triunfo, Grenade).

Le Diario de Almería du 30 mars 1930 vante "un estilo finísimo de cantante jonda" à propos d’un récital qu’elle donne au Teatro Cervantes de la ville. Cette même année, elle débute à Barcelone où elle mènera désormais l’essentiel de sa carrière. Une "Semana andaluza" est organisée au Pueblo Español de Montjuic du 15 au 21 juin, dans le cadre de l’Exposition Internationale de Barcelone, au cours de laquelle elle est engagée dans le cuadro dirigé par le guitariste MIguel Borrull — dans son édition du 17 juin 1930, El Diluvio ne tarit pas d’éloges : "[…] verdadera maravilla y genial interprete del cante jondo". Au cours de l’été, après quelques engagements en Andalousie, elle chante lors de projections de "Currito de la Cruz", d’Alejandro Pérez Lugín (Ciné de la Flor, Madrid, août). De retour à Barcelone, elle est présentée en novembre comme "reina de la media granadina" par l’Edén Concert.

Entre 1931-1934, la Niña de Linares participe à la deuxième "Semana Andaluza" du Pueblo Español de Montjuic (avec Guerrita et Niño de Utrera, 1931), puis à une autre édition en 1934 (avec Cojo de Málaga, Conchita et Julia Borrull, Rafaela "la Tanguera", Miguel Borrull et Manolo Bulerías). Elle reste l’une des cantaoras de prédilection du public des cabarets barcelonais, accompagnée par Pepe Hurtado ou Paco Aguilera (Music-Hall Pompeya et Dancing Palace Pompeya, qu’elle cumule parfois le même soir ; Ba-Ta-Clan, Edén Concert) et de celui des films muets ("Rosario la Cortijera", de José Buchs). Cependant, elle commence à réorienter sa carrière vers la revue musicale et la zarzuela : "¡ Lo que puede un fandanguillo !", de José Belsunce et Alfonso Mata de Hierro (Teatro Apolo de Barcelone, 1931) ; "Sol andaluz", de Manuel Font y de Anta et González del Toro (Teatro Maravillas de Madrid, 1933) ; reprise de "¡ Lo que puede un fandanguillo !" (Teatro Cómico de Barcelone, 1934).

Cette évolution est confirmée en août 1934 par la fondation de la "Compañía de Comedias y Arte Gitano". La Niña de Linares ajoute ainsi à ses nombreux talents celui d’imprésario. Elle engage Niño de Constantina, Niño de Lucena, les guitaristes Miguel Borrull et Manolo Bulerías et un grand nombre d’artistes à la fois danseuses et actrices : Julia Maero, Rafaela "la Tanguera", Conchita et Julia Borrull, Micaela "la Mendaña", María Flores, Juana "la Faraona", Rocío de Triana. Rendant compte de la création de sa première production, ("La Zambra de Chorro Jumo", d’Isidro Duro et Fernando Mourelles), La Vanguardia du 11 août 1934 écrit qu’elle est divisée en deux parties, la première flamenca et la seconde théâtrale, au cours desquelles la Niña de Linares excelle tour à tour comme cantaora et canzonetista. Après Barcelone (Teatro Poliorama), le spectacle, augmenté d’une pièce plus courte mais de même veine ("Un juramento gitano"), tourne avec grand succès jusqu’en novembre 1934 dans le nord de l’Espagne, principalement en Galice : Saragosse, Bilbao, El Ferrol, Saint-Jacques de Compostelle, Lugo, Pontevedra, Orense, Montforte, etc. La compagnie de la Niña de Linares se produit en 1935 à Madrid (Teatro Victoria) et Séville (Teatro Cervantes), ce qui n’empêche pas l’artiste d’être engagée simultanément dans celle de La Niña de la Puebla, où elle côtoie Luquitas de Marchena, Cojo de Madrid, Pepe Palanca, Luis "el Pavo" et Luis Yance. La même année, elle débute au cinéma sonore, prêtant sa voix coup sur coup à "Un amor en España" (de Johannes Meyer, avec Brigitte Helm et Jean Gabin), à "María de la O" (de Francisco Elías, avec Carmen Amaya) et au documentaire "El Guadalquivir. Vena lírica del alma andaluza" (Heinrich Gärtner).

Après quelque mois de convalescence, suite à une intervention chirurgicale, elle fait une rentrée triomphale en 1936 dans un répertoire sensiblement différent, même s’il lui arrive encore de participer à des spectacles de flamenco, par exemple au Circo Barcelonés avec La Trinitaria, Juanito Valderrama et Sabicas, ou à la Feria de Barcelone, au Tívoli et au Teatro Victoria avec les guitaristes Miguel Borrull ou Manolo Torres (mai 1936). Cependant, la presse la présente dès lors comme "reina del cuplé gitano", ou "alma de la copla andaluza" — ce que d’aucuns déplorent : "Creemos que tan notable artista, más que el cuplé, debería cultivar con más intensidad el cante flamenco que interpreta de una manera tan personalísima y con un estilo no superado por ningún otro artista" (La Humanitat, 4 avril 1936).

La Guerre Civile n’interrompt pas ses activités. Engagée dans le camp républicain, la Niña de Linares est d’abord enrôlée avec des artistes de toutes disciplines pour distraire les soldats du front aragonais : elle part pour Caspe le 3 septembre 1936, escortée par la Centuria Rafael Fuster de la caserne Carlos Marx (P.S.U.C), puis, une semaine plus tard, pour Barbastro. Elle travaille ensuite dans des salles gérées par le Sindicato Único de Espectáculos Públicos (C.N.T) : Teatro Tívoli et Concert Sevilla de Barcelone (novembre 1936) ; Teatro Albéniz et Teatro Municipal de Gérone (juillet et novembre 1937). En 1938, avec la "Compañía de Revistas Ultramoderna" de Miguel Díaz et Antonio Angullo, elle est à l’affiche des théâtres de grandes villes du littoral méditerranéen (Castellón de la Plana, Cartagena, Almería). Enfin, au Teatro Cómico de Barcelone, elle participe avec le guitariste Manolo Torres à un hommage à Durruti au bénéfice des Milicias de Cultura de la División 26 (décembre 1938). Selon l’historien Eloy Martín Corrales, le "Libro de cantos andaluces dedicado a Niña de Linares" (El Alma de Andalucía, Cancionero N. 43, 1935) contient des letras engagées politiquement et socialement, ou encore anticolonialistes, dont une "Malagueña de la Guerra" de son cru.

Contrairement à nombre de ses collègues républicains, il semble que la Niña de Linares n’ait pas trop souffert de la vindicte des "vainqueurs", peut-être du fait de sa popularité. Au début des années 1940, plus sporadiquement il est vrai, elle continue à chanter dans des revues et dans quelques spectacles flamencos, tels les hommages à Cojo de Málaga (avril 1940) et à José Grau (octobre 1941). Paradoxalement, en janvier 1943, elle est même au programme de la "Semana Andaluza" organisée Plaza de Cataluña par la Central Nacional Sindicalista pour célébrer le quatrième anniversaire de la "libération" de Barcelone. Au cours des années 1940, elle choisit cependant de se retirer progressivement et dirige avec Malolo Bulerías le cabaret La Feria. Sa dernière apparition sur scène documentée date d’avril 1946, dans un drame sacré en trois actes intitulé "Jesús Nazareno", représenté au Teatro Romea de Barcelone par la compagnie d’Irene López. Elle est décédée dans cette ville quatre décennies plus tard, le 23 mai 1989.

Selon les recherches de Luis Soler Guevara et sauf nouvelles découvertes, la discographie de la Niña de Linares compte 38 faces de 78 tours :

• 1925 : 4 pour Pathé, avec Jorge López "Petaca"

• 1929 : 12 pour Parlophon, avec Manolo de Badajoz.

• 1929-1930 : 16 pour Gramófono, avec Ramón Montoya.

• 1930 : 4 pour Parlophon, avec Miguel Borrull.

• 1934 : 2 pour Odeón, avec Miguel Borrull.

Si nous en jugeons par les enregistrements exhumés par Pedro Moral, Petra García "Niña de Linares" fut une grande styliste du cante, ce qui n’avait d’ailleurs pas échappé à la presse de l’époque. Même si l’on peut regretter le grand nombre de fandangos quelque peu répétitifs (14 cantes sur les 34 de notre galerie sonore ), force est de constater qu’elle a su imprimer à des modèles mélodiques inspirés de José Cepero ou de Manuel Torres une délicatesse musicale et expressive toute personnelle, notamment sur la chute des derniers tercios. La même constatation vaut également pour les compositions d’Antonio Chacón (media granaína et granaína), de Manuel Vallejo (taranta) et plus encore pour une malagueña, d’une grande rigueur formelle par le parallélisme des tercios pairs et impairs, dont on peut lui attribuer la création, sur la base des compositions de La Trini.

Claude Worms

Niña de Linares : Soleares 1 (Enrique "el Mellizo" / Paquirri)
Niña de Linares : Granaína 1 (Antonio Chacón)
Niña de Linares : Granaína 2 (Antonio Chacón)
Niña de Linares : Fandangos 1
Niña de Linares : Caracoles 1
Niña de Linares : Fandangos 2
Niña de Linares : Malagueña (personnelle)
Niña de Linares : Fandangos 3
Niña de Linares : Taranta 1 (Manuel Vallejo)
Niña de Linares : Minera (El Bacalao)
Niña de Linares : Fandangos 4
Niña de Linares : Siguiriyas 1 (Joaquín La Cherna / Manuel Molina)
Niña de Linares : Taranta 2 (El Cabrerillo)
Niña de Linares : Soleares 2 (La Roezna / La Serneta)
Niña de Linares : Fandangos 5

Niña de Linares — guitare : Ramón Montoya.

Niña de Linares : Vidalita
Niña de Linares : Granaína 3 (Antonio Chacón)
Niña de Linares : Caracoles 2
Niña de Linares : Fandangos 6
Niña de Linares : Campanilleros
Niña de Linares : Granaína 4 (Antonio Chacón)

Niña de Linares — guitare : Miguel Borrull Hijo.

Niña de Linares : Fandangos 7
Niña de Linares : Taranta 3 (Manuel Vallejo)
Niña de Linares : Fandangos 8
Niña de Linares : Siguiriyas 2 (Paco La Luz / Manuel Molina)
Niña de Linares : Fandangos 9
Niña de Linares : Fandangos 10
Niña de Linares : Soleares 3 (Enrique "el Mellizo" / Paquirri)
Niña de Linares : Fandangos 11
Niña de Linares : Fandangos 12
Niña de Linares : Caracoles 3
Niña de Linares : Fandangos 13
Niña de Linares : Soleares 4 (Enrique "el Mellizo")
Niña de Linares : Fandangos 14

Niña de Linares — guitare : Manolo de Badajoz.


Niña de Linares : Soleares 1 (Enrique "el Mellizo" / Paquirri)
Niña de Linares : Granaína 1 (Antonio Chacón)
Niña de Linares : Granaína 2 (Antonio Chacón)
Niña de Linares : Fandangos 1
Niña de Linares : Caracoles 1
Niña de Linares : Fandangos 2
Niña de Linares : Malagueña (personnelle)
Niña de Linares : Fandangos 3
Niña de Linares : Taranta 1 (Manuel Vallejo)
Niña de Linares : Minera (El Bacalao)
Niña de Linares : Fandangos 4
Niña de Linares : Siguiriyas 1 (Joaquín La Cherna / Manuel Molina)
Niña de Linares : Taranta 2 (El Cabrerillo)
Niña de Linares : Soleares 2 (La Roezna / La Serneta)
Niña de Linares : Fandangos 5
Niña de Linares : Vidalita
Niña de Linares : Granaína 3 (Antonio Chacón)
Niña de Linares : Caracoles 2
Niña de Linares : Fandangos 6
Niña de Linares : Campanilleros
Niña de Linares : Granaína 4 (Antonio Chacón)
Niña de Linares : Fandangos 7
Niña de Linares : Taranta 3 (Manuel Vallejo)
Niña de Linares : Fandangos 8
Niña de Linares : Siguiriyas 2 (Paco La Luz / Manuel Molina)
Niña de Linares : Fandangos 9
Niña de Linares : Fandangos 10
Niña de Linares : Soleares 3 (Enrique "el Mellizo" / Paquirri)
Niña de Linares : Fandangos 11
Niña de Linares : Fandangos 12
Niña de Linares : Caracoles 3
Niña de Linares : Fandangos 13
Niña de Linares : Soleares 4 (Enrique "el Mellizo")
Niña de Linares : Fandangos 14




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