Kiko Veneno : "Puro veneno" / Pata Negra : "Inspiración y locura"

Musiques actuelles

samedi 22 décembre 2007 par Claude Worms

Kiko Veneno : "Puro veneno" BMG 7432162421 (1998)

Pata Negra : "Inspiración y locura" Nuevos Medios 15508 CD (1990)

Au commencement était "Veneno", un objet insolite qui tomba en 1977, comme une météorite, sur un rock andalou qui déjà cherchait un second souffle. Après un coup d’ envoi dévastateur mais sans lendemain (le premier et unique disque du groupe "Smash", en 1971, suivi de la dissolution prématurée du groupe), les groupes sévillans peinaient à renouveler leur inspiration : "Triana", pour son troisième album, se dirigeait vers un rock "progressif" boursouflé ; Lole y Manuel avait livré l’ essentiel de leurs "coplas por Bulería" réactualisées ; Gualberto, ex "Smash", bricolait son deuxième opus solo ("Vericuetos")... Le tout avec l’ infatigable Ricardo Pachón à la production (il allait aussi produire "Pata Negra", et le mythique "Leyenda del tiempo" de Camarón, en 1979). Seul "Imán, par le professionnalisme de ses musiciens, proposait une relève crédible, dans un esprit proche de Pink Floyd.

La rencontre miraculeuse de Kiko Veneno et Raimundo Amador allait produire l’ équivalent andalou des premières années du punk rock anglophone, dont 1977 est une année clé, avec les premiers albums de Clash, Jam, Sex Pistols, Elvis Costello, Ian Dury, Television..., précédés en 1975 par Patti Smith, et en 1976 par The Ramones et Modern Lovers.

"Veneno", enregistré à Madrid dans des conditions improbables, devint immédiatement un disque culte. Le groupe éponyme qui accompagne Kiko Veneno (auteur, compositeur, chant, et guitare) est formé de Antonio Moreno "el Tacita" (batterie, ex "Nuevos Tiempos"), Pepe Lagares (basse, ex "Goma"), Luis Cobo "el Manglis" (guitare électrique, de "Guadalquivir") ; et de quelques musiciens du "Poligono Sur", banlieue misérable de Séville où ont été reléguées les familles gitanes de Triana : Raimundo et Rafael Amador (guitare électrique et guitare flamenca) ; et "El Bizco Eléctrico" et Juan "el Camas" aux palmas (ce dernier conclura "Inspiración y locura", de "Pata Negra", par un cante por Bulería hautement surréaliste). C’ est le son du disque qui fera durablement école : un mixage sombre et opaque de guitares flamencas ( jouées au médiator par les frères Amador) , de guitares électriques ou électro acoustiques, sur fond de basse et de batterie (écoutez notamment l’ instrumental "Indiopole" : solos de rock de Raimundo Amador, sur un compás de Bulería, avec des contrechants de Luis Cobo - guitare Ovation -, et un taconeo d’ el Bizco Eléctrico). Les textes des chansons croquent la vie quotidienne de la jeunesse andalouse de l’ époque, avec une touche de "surréalisme andalou" caractéristique de l’ écriture de Kiko Veneno, sur des musiques iconoclastes mêlant rap et pasodoble ("Los delicuentes"), rock et Rumba ("San José de Arimatea")... Sans aucun projet esthétique concerté, totalement spontanément, Kiko Veneno et Raimundo Amador ont créé un idiome musical suburbain qui colle parfaitement au vécu quotidien de leur public, qui est aussi le leur.

José María López Sanfeliú,"Kiko Veneno", est né à Figueres (Catalogne) en 1952, mais a passé son enfance et son adolescence à Cádiz, puis à Séville (au gré des affectations de son père, militaire de carrière). Le parcours typique d’ un fils de la bourgeoisie, dans l’ Espagne de la fin du franquisme et de la "transition démocratique" : études secondaires et universitaires (sciences humaines à Séville et Barcelone) ; petits boulot et "la route" pendant les vacances d’ été (Europe, puis USA, nous y reviendrons) ; affiliation aux "Jeunesses étudiantes du PCE", chanson et théâtre engagés... Son enfance est marquée musicalement par la chanson populaire de l’ époque (Joselito, Juan Valderrama, Sara Montiel...), et surtout par le répertoire des "chirigotas" du carnaval de Cadíz, auquel il restera durablement fidèle : une musique authentiquement populaire, dont on retrouve la créativité verbale délirante dans sa propre écriture. Sa vocation d’ auteur - compositeur - interprète date de sa découverte de Bob Dylan, avec "John Wesley Harding" (premier disque de Dylan distribué en Espagne), et sera confirmée par son admiration pour Paco Ibañez et Joan Manuel Serrat (il reprendra "Balada pera un trobador" dans le disque hommage "Serrat... eres único !"). Sa formation musicale suit l’ histoire de sa génération, au gré des programmes de la radio, des échanges de disques avec les amis, et des voyages : Beatles, Rolling Stones, Who, Small Faces, Jimi Hendrix, Grateful Dead, Jefferson Airplane, Frank Zappa..., et surtout Miles Davis. Il est significatif que Kiko Veneno n’ ait vraiment découvert le flamenco que lors de son séjour en Californie, dans un cercle d’ élèves américains de Diego del Gastor (le "pélerinage" à Morón était alors de rigueur), réunis autour du guitariste Agustín Ríos : donc, un flamenco très "roots", en phase avec la vague du folk et du blues "revival". De retour en Espagne, Kiko fr





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