Grenade, haut-lieu de la guitare flamenca - 2

jeudi 3 janvier 2008 par Claude Worms

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3) Les tablaos

L’ école du Sacromonte a aussi produit de remarquables professionnels, travaillant essentiellement dans les tablaos de Madrid et Barcelone, et dans des troupes de baile. Leur style en a été profondément marqué : puissance sonore et sens implacable du compás.

Le plus important d’ entre eux est incontestablement Juan Santiago Maya "JUAN MAYA MAROTE" (1936 / 2004). Frère du bailaor Manolete, il a lui aussi commencé une carrière de danseur dans les Zambras du Sacromonte (comme juan Habichuela), puis a été initié à la guitare par son grand père. Il commence sa carrière de tocaor à 18 ans, avec Rafael Farina (décidément très lié aux guitaristes du Sacromonte), travaille au tablao madrilène "Torres Bermejas" de 1960 à 1965, puis se spécialise dans l’ accompagnement du baile, successivement dans les troupes de Carmen Amaya, Antonio Gades, Manolo Vargas, María Rosa, et Manuela Vargas, et dans le "Ballet Nacional de España". Il a également collaboré avec Trini España, El Güito, La Tati, et Manuela Carrasco, et a même dirigé sa propre compagnie.

Sa discographie, réduite, dispersée, et chichement rééditée, n’ est malheureusement pas à la hauteur de son immense talent : quelques EPs et LPs, essentiellement des années 1960 / 1970, avec des cantaores souvent mineurs (Carmelilla del Monte, María Gómez, María la Canastera (Zambra du Sacromonte), "Niño de Osuna", et Guzmán Alvea). Nous retiendrons donc surtout ses enregistrements avec La Paquera de Jerez (en compagnie de Manolo Sanlúcar), Fosforito (en compagnie de Juan Habichuela, Alberto Vélez, et Ramón de Algeciras), et Fernanda et Bernarda de Utrera. Ce dernier disque est le seul qui soit actuellement aisément accessible (réédition en CD : "El cante de Fernanda y Bernarda de Utrera", Hispavox, LP 1970, CD 1993). Signalons enfin un EP en solo (Zafiro, 1965 : Taranto, Bulerías, Siguiriya, et Soleá - à quand sa réédition ?), et deux duos avec Emilio de Diego (Bulerías et Farruca, pour des chorégraphies d’ Antonio Gades. Réédition en CD : collection "Cultura Jonda", volume 16, "Atrás con soniquete : los tablaos", Fonomusic, 1997).

Le style de Juan Maya "Marote", très lié à sa longue expérience de l’ accompagnement du baile, est essentiellement rythmique. Il est basé sur une technique de pouce d’ une précision, d’ une vélocité, et d’ une puissance hallucinantes, et sur un usage intensif d’ une technique de rasgueados en "abanico" dont il est le créateur, et qui a fait école (résultant vraisemblablement d’ une lésion des doigts de la main droite qui l’ empêchait de pratiquer les techniques de rasgueados traditionnelles avec la puissance nécessaire).

Partition : falseta - Soleá - pour un accompagnement de Fernanda de Utrera.

José Luis Cortés Camacho "REMOLINO HIJO" (1950) est l’ héririer du toque de son père, "Remolino". Etabli longtemps en Catalogne, il a travaillé dans les années 1960 / 1970 dans les compagnies de Juanito Valderrama et Perlita de Huelva. Il a enregistré un LP (CRS Musical, 1998) en duo avec le guitariste barcelonais Juan Diego Cortés García "Diego Cortés" (1956), fondateur du groupe "Jaleo".

Son style est comparable à celui de Juan Maya Marote, avec notamment un très efficace "toque de pulgar".

Partition : falseta - Soleá - pour un accompagnement de José Carmona.

Juan Antonio Zafra Moreno "ANTONIO SOLERA" (1952), fils d’ un des meilleurs cantaores du Sacromonte, "Juanillo el Gitano", est un spécialiiste de l’ accompagnement du baile. Il a notamment travaillé longuement avec Antonio Gades, pour lequel il a composé de nombreuses musiques de scène (à ce titre, il apparaît dans deux films de Carlos Saura : "Camen", 1983 ; et "El amor brujo", 1986).

Son style est moins typé que ceux des autres guitaristes du Sacromonte, et rappelle ceux de Paco de Lucía ou d’ Enrique Melchor à leurs débuts.

Partition : falseta - Soleá por medio - pour un accompagnement de José Mercé

4) Synthèse des deux tendances de la guitare flamenca de Grenade

Les guitaristes nés dans les années 1960 / 1970 opèrent actuellement une synthèse harmonieuse entre l’ école du Sacromonte, la tendance concertiste et "classique" de Manuel Cano (Miguel Ochando et Jorge Gómez ont d’ ailleurs été ses élèves), et, naturellement, les styles des maîtres qui ont marqué leur génération (Victor Monge "Serranito", Manolo Sanlúcar, et, surtout pour Emilio Maya, Paco de Lucía).

Miguel Molina Martinez "MIGUEL OCHANDO" (1965) mène parallèlement une carrière de concertiste et l’ accompagnement du cante. Primé au concours de Jerez (1983), et deux fois au concours de La Unión (1983 et 1984), il a participé à l’ enregistrement du spectacle "Macama jonda", de José Heredía Maya (1983 : l’ une des premières tentatives de rencontre entre le flamenco et la musique arabo-andalouse), aux côtés notamment d’ Antonia " La Negra", Luis Heredía "El Polaco", et Jaime Heredía "El Parrón" (cante) ; Manolete et Mariquilla (baile) ; Paco Cortés et Niño Jero (toque) ; et de l’ "Orquesta Andalusí de Tetuán".

Miguel Ochando a accompagné quelques grands noms du cante (Enrique Morente, Carmen Linares, Antonio Nuñez "El Chocolate", José Mercé, Miguel Poveda...), et de nombreux cantaores de Grenade (entre autres : Mercedes Hidalgo, Luis Heredía "El Polaco", et Antonio Fernández). Doté d’ une technique impeccable, et d’ un goût musical très sûr, il vient de publier son premier enregistrement en solo, remarquable hommage aux maîtres Estebán de Sanlúcar, Niño Ricardo, Sabicas, Mario Escudero, Victor Monge "Serranito", et Manuel Cano (cf : notre rubrique "nouveautés CD).

partition : falseta - Siguiriya - pour un accompagnement de Mercedes Hidalgo

A 42 ans, EMILIO MAYA est l’ une des valeurs sûres de la guitare flamenca de Grenade. Commençant l’ apprentissage de l’ instrument à 8 ans, il se produit d’ abord dans les "peñas" locales, puis passe par la dure école du tablao (à Séville, dans l’ établissement de Curro Vélez, "El Arenal", où il côtoie Quique Paredes), et l’ accompagnement du baile (Antonio Canales, Carmen Ledesma, Juan de Juan, Juan Andrés Maya, Carmen Montoya, Ana Cali, Juan Ramirez...). Pour le cante, il a travaillé avec Enrique Morente, et quelques jeunes artistes prometteuses, notamment Marina Heredía, Chonchi Heredía, La Nitra, et Estrella Morente.

Comme tous les guitaristes de sa génération, Emilio Maya a multiplié les collaborations avec des artistes issus d’ autres disciplines musicales, notamment le jazz (Jorge Pardo, Rubém Dantas, et Franck Holder), et la musique arabo-andalouse ("Orquesta Andalusí de Tetuán", et "Orquesta Andalusí de Tánger", avec lequel il s’ est produit l’ an dernier à l’ "Institut du Monde Arabe" de Paris).

Il est l’ auteur d’ un excellent premier album solo ("Temple", 2004), dont les compositions démontrent le souci de combiner la tradition du Sacromonte (une fois de plus, les arpèges "façon Pepe Habichuela) au langage musical de la guitare flamenca contemporaine.

Partition : Zapateado - extrait de la composition "Tacones de plata".

Nous n’ avons malheureusement aucune information biographique sur JORGE GÓMEZ, jeune guitariste que nous avons eu l’ occasion d’ écouter en direct et qui nous avait amicalement offert quelques enregistrements inédits (cf, dans notre rubrique "Initiation" : "La Granaína"). Elève de Manuel Cano, il allie la rigueur des compositions de son maître à la "tradition Habichuela". A notre connaissance, il n’ a pour le moment enregistré qu’ avec le cantaor Antonio Fernández (il partage l’ accompagnement des cantes avec Miguel Ochando). Jorge Gómez est incontestablement un artiste à suivre de près, et nous ne pouvons qu’ espérer qu ’il réalisera prochainement un premier album que nous attendons avec impatience (avis aux producteurs...).

Partition : falseta - Siguiriya - pour l’ accompagnement d’ Antonio Fernández.

Claude Worms

Discographie

Juan Maya "Marote", avec Fernanda et Bernarda de Utrera : "El cante de Fernanda y Bernarda de Utrera" Hispavox 1993

"Remolino Hijo", avec José Carmona : collection "Cultura jonda", volume 16 : "Atrás con soniquete : los tablaos" Fonomusic 1997

Antonio Solera, avec José Mercé : collection "Cultura jonda", volume 14 : "Bandera de Andalucía" Fonomusic 1997

Miguel Ochando : "Memoria" Ambar 2007

Emilio Maya : "Temple" Anda la Música 2004

Jorge Gómez, avec Antonio Fernández : "Cristal suelto" Big Bang / Karonte 2002

Bibliographie

José Manuel Gamboa : "Guía libre del flamenco" Editorial S.G.A.E. 2001

Norberto Torres : "Historia de la guitarra flamenca" Editorial Almuzara 2005

Illustrations

Par ordre d’ apparition dans l’ article :

Juan Maya "Marote"

Antonio Solera

Miguel Ochando

Emilio Maya


Partitions

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Juan Maya "Marote" / Soleá

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"Remolino Hijo" / Soleá

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Antonio Solera / Soleá por medio

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Miguel Ochando / Siguiriya, page 1

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Miguel Ochando / Siguiriya, page 2

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Emilio Maya / Zapateado, page 1

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Emilio Maya / Zapateado, page 2

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Jorge Gómez / Siguiriya, page 1

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Jorge Gómez / Siguiriya, page 2


Galerie sonore

Soleá de Juan Maya "Marote"

Soleá de "Remolino Hijo"

Soleá por medio d’ Antonio Solera

Siguiriya de Miguel Ochando

Zapateado d’ Emilio Maya

Siguiriya de Jorge Gómez


Juan Maya "Marote" : Soleá
"Remolino Hijo" : Soleá
Antonio Solera : Soleá por medio
Miguel Ochando : Siguiriya
Emilio Maya : Zapateado
Jorge Gómez : Siguiriya




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