Chicuelo : "Diapasón"

K Indústria (2007)

mardi 29 janvier 2008 par Louis-Julien Nicolaou

Entre "Complices" et ce deuxième album solo, huit ans se sont écoulés, huit ans pendant lesquels Chicuelo n’a cessé d’enregistrer pour le chant et de se produire sur les scènes internationales, laissant mûrir son jeu, assouplissant son soniquete et s’affirmant de plus en plus comme un accompagnateur hors pair, en particulier aux côtés de Mayte Martín, Ginesa Ortega, Duquende et Miguel Poveda. Ses progrès musicaux et la qualité de ses productions pour le chant lui ayant acquis un public de plus en plus large, Diapasíon arrive donc au bon moment pour faire le point sur son jeu en soliste.

Dès la première écoute, il semble évident que le disque se situe pleinement dans la lignée de "Complices". La plupart des titres qui le composent comprennent en effet les arrangements jazzy qui, à nos yeux, constituaient le point faible du précédent opus. Trompette, batterie, chœurs, basse, violon : tout le bazar orchestral du flamenco grand public est au rendez-vous. Mais cela ne signifie pas automatiquement une diminution de la valeur musicale. Les Fandangos qui ouvrent le disque en constituent un bon exemple et démontrent que c’est peut-être moins les arrangements que le goût ou le degré d’investissement de Chicuelo dans sa musique qui constitue le véritable caractère différentiel. Ce morceau intègre en effet avec bonheur et sans que la matière sonore s’éparpille jamais des descentes sur une gamme par ton – on songe aux Fandangos enregistrés par Niño Josele (cf : l’interview de Claude Worms pour flamencoweb) –, un thème repris à la mandoline, des nappes de synthétiseur et un soutien à la basse. A cette réussite s’ajoutent plusieurs pièces magnifiques pour guitare seule accompagnée de percussions ou comportant peu d’arrangements : une excellente Soleá por Bulería, une intéressante Colombiana dans laquelle se fait par instants sentir l’influence de Baden Powell, en particulier dans le jeu appuyé sur les basses, une délicate Granaína et "Somorrostro" qui, entre soniquete, recherche de l’effet rythmique, dissonances harmoniques et simplicité mélodique, atteint l’équilibre rare des grandes Bulerías et vaut à elle seule l’achat de ce disque.

Evidemment, les morceaux où les arrangements sont plus appuyés irritent davantage. La seconde Bulería du disque, avec ses arpèges et ses lignes de violon échoue justement là où "Somorrostro" s’imposait. On a bien affaire à de la jolie musique, mais terriblement ennuyeuse et aussi éloignée que possible de l’esthétique flamenca. Une fois de plus, la démonstration est faite que lorsque les guitaristes flamencos courent après leur jazz chimérique, ils y perdent plus qu’ils n’y gagnent. La Nana dédiée au fils de Chicuelo n’arrange rien et vient confirmer ce que les deux derniers disques de Vicente Amigo avait déjà fait entendre : les jeunes papas béats feraient mieux de ne pas composer de musique pour leurs enfants !

Le mélange des genres qui nous avait empêché d’aimer sans réserve "Complices" vient donc une nouvelle fois troubler notre écoute. Il reste néanmoins que deux tiers du disque sont constitués de grand et beau flamenco et que le jeu de Chicuelo contient une vigueur, une souplesse et une sensualité qui le rendent appréciable pour lui-même quelle que soit la faiblesse du thème exécuté. A nos yeux, ce disque n’est pas encore tout à fait digne de son talent et ne témoigne pas d’un épanouissement définitif de ses qualités de compositeur. Espérons donc que nous n’aurons pas huit ans de plus à attendre pour le voir s’accomplir pleinement dans une nouvelle aventure en solo !

Louis-Julien Nicolaou

Galerie sonore

"Somorrostro" (Bulería) : Chicuelo (composition et guitare) / Isaac Vigueras "El Rubio" (percussions)


"Somorrostro"




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