Silvia Marín

Une artiste originale

jeudi 7 février 2008 par Maguy Naïmi

Le projet de Silvia Marín est peu commun : initier les enfants de tous les coins du monde à un art parfois très éloigné de leur propre culture.

Silvia s’est entretenue avec moi, après une séance de son spectacle "El Flamenco en cuatro estaciones" réservée aux scolaires, qu’elle venait juste de présenter au théâtre de Nimes, dans le cadre du festival de Flamenco organisé en janvier 2008.

Silvia Marín se présente comme une "amoureuse du Flamenco", elle a eu le coup de foudre il y a de cela vingt ans, à Milan, sa ville natale (Silvia est italienne). Ses parents au début se sont montrés réticents. La perspective de voir leur fille s’en aller vivre en Espagne ne les enthousiasmait pas. Une fois sa formation de professeur d’ Education Physique achevée, elle a décidé de partir pour Séville, tout d’abord, puis elle a décidé que se serait Madrid, "une grande ville où elle pourrait apprendre l’espagnol et danser". Elle a travaillé dans un magasin de vêtements pour enfants afin de se payer les cours de danse. Ses professeurs furent Ciro et María Magdalena et des professeurs andalous travaillant à Madrid. Elle a travaillé énormément, de nombreuses heures tous les jours, "et maintenant encore plus !", précise t-elle dans un éclat de rire. Elle a également travaillé dans des "Tablaos" , tels que le Café de Chinitas, El Corral de la Morería, et la Casa Patas, car c’est une école merveilleuse. Les artistes qu’elle y a rencontrés lui ont beaucoup appris. "Tout artiste est intéressant" confie-t-elle, "dans les tablaos tu rencontres des artistes qui ont vécu une autre époque". "Tu apprends beaucoup en les observant : comment ils s’installent sur la scène, comment les artistes femmes se coiffent, se maquillent, comment ils tapent dans leurs mains, comment ils encouragent les autres artistes (le "jaleo"), et surtout cela te permet d’intégrer le "compás" ( le rythme ), car la chose la plus horrible qui puisse t’arriver c’est de ne pas respecter le "compás""

Elle n’a jamais chanté, mais elle pense que même si on ne sait pas chanter il faut s’y connaître, car le "cante" est fondamental. Elle est même allée assister à des cours de chant avec le chanteur Rafael Jiménez " Falo", un grand connaisseur ("muy buen aficionado" ) et un grand professeur ("muy buen maestro"). Ell est restée longtemps en apprentissage avec lui.

En 1997 elle décide de monter sa propre troupe, "El Flamenco vive" ( c’est le nom d’une boutique de Flamenco ouverte à Madrid il y a de cela quinze ans, par des passionnés de cet art). On lui a demandé de présenter un spectacle en Italie, et elle a également travaillé pour le cinéma et la mode. Elle a travaillé avec Mike Figgis, qui a mis en scène " Leaving Las Vegas", avec Nicolas Cage. Elle a cotoyé Sara Baras et Eva la Yerbabuena, a participé au film "Alma Gitana", et tourné également un film avec Jacques Weber, en France. Le studio "Design" de Madrid a dessiné les costumes de son spectacle " Flamenco al rojo vivo" en suivant le scénario qu’elle avait écrit. Silvia Marín a aussi travaillé avec un peintre en direct, celui-ci créait "in vivo"pendant que les artistes ( chanteur, guitariste, danseur) se produisaient. Il n’y avait pas de vedette il s’agissait plutôt d’un dialogue entre disciplines différentes. En 2003, elle a réuni les trois facettes de son travail (professeur, danseuse, présentatrice d’une émission à la télévision) dans le spectacle présenté actuellement, "El Flamenco en Cuatro Estaciones", qui est un spectacle interactif. En tant que professeur elle s’était toujours posée la question : comment faire pour que celui qui est en face de moi apprenne quelque chose ? Ce projet est donc né de cette envie de transmettre ce qu’on lui avait transmis. Elle a présenté un premier spectacle (" El Flamenco Vive con los niños"), qui marche très bien encore , mais sans rien, sans décors, juste les cinq artistes et la didactique. Entre ce premier spectacle pour enfants et celui-ci il y a eu une autre étape ("El Flamenco Vive para niños y con juguetes"), mais avec ce dernier spectacle elle a franchi un grand cap et ce, sans aucune aide financière. "Nous nous autofinançons, nous n’avons aucune subvention, quoique, maintenant on commence à nous aider" confie-t-elle.

L’idée du spectacle "Les quatre saisons" est née du découpage du répertoire en quatre groupes : Cantiñas, Soleares, sur 12 temps, au printemps ; les rythmes sur 4 temps en été ; les ternaires en automne ... etc. Elle a déterminé les différentes parties en fonction du "compás", et elle a voulu que les enfants voient que dans le Flamenco il y a des familles de chants ("palos") : c’est une première approche pour eux, ce sont des enfants de sept ou huit ans, et leurs dessins ( Silvia demande à la fin du spectacle de lui faire parvenir des dessins de ce qu’ils ont vu dans ce spectacle), qu’elle me montre , colorés et pleins de vie, expriment bien l’énergie et la joie de vivre déployées par les artistes sur scène. C’est un jeune artiste qui a conçu les décors. Ce jeune architecte a collaboré au projet de l’Aéroport de Madrid ( le "Terminal 4"), il travaille également pour le " Real Madrid". Silvia voulait du Flamenco d’aujourd’hui, des enfants du XXI ème siècle, et il a dessiné ces jeunes danseuses avec les jambières qui dégringolent sur les jambes. Elle voulait que les jeunes enfants puissent se voir dans ces personnages colorés avec leurs pantalons qui tombent, leurs casquettes..., et qu’ils s’identifient à eux.

Elle nous présente les artistes de son spectacle : Ezequiel Benítez, jeune chanteur de Jerez, Amir Adad, le guitariste, Alfredo Escudero, le percussioniste, et les danseurs Rafael Peral, Carlos del Pozo, et Marisa Gámez. Ce sont des danseurs professionnels, qui ont travaillé pour certains avec Sara Baras, Eva Yerbabuena, Antonio Canales. C’est Silvia qui a fait les chorégraphies avec l’aide d’un maître d’armes , pour la partie "Hiver", avec ses parapluies, et les étandards à la fin du spectacle. Silvia Marín veut absolument ajouter quelque chose :

"Il y a une chose qui me tient à coeur et qui est encore plus importante que le Flamenco, c’est que les enfants, à travers le Flamenco, comprennent que la "différence" est quelque chose de positif ; la "multiculturalité" c’est bien, et nous savons tous que le Flamenco est "multiculturel", nous ne pouvons pas l’oublier. N’oublions pas, non plus, que le public qui est là, en face de nous, est "multiculturel", nous devons nous ouvrir. En France on est particulièrement sensible à cette problématique, les gens sont pour cette ouverture "

Silvia a sorti un DVD de son premier spectacle intitulé "Flamenco para niños". Dix sept artistes connus y sont interviewés (malheureusement il n’est pas sous titré en français : espagnol et anglais seulement). Plus de 40000 enfants dans le monde ont vu le spectacle : c’est pour elle un travail merveilleux dans lequel elle s’investit beaucoup, mais elle reçoit beaucoup en retour. Elle a d’autres projets, bien sûr, pour lesquels elle cherche des financements. "Jusqu’ à présent (ajoute-t-elle) nous avons tout financé nous même ( spectacles et DVD), mais là ça devient trop difficile. Nous transmettons tout de même une partie du patrimoine espagnol !!"

Silvia est cependant pleine d’espoir, et espère que quelqu’un prendra le risque de l’aider. Mais elle n’a pas voulu nous dévoiler le titre de son prochain spectacle .......C’est secret !

"Flamenco para niños" (Premio a la didáctica del flamenco : Festival Internacional del Cante de las Minas ; La Unión /2007) : DVD ElFlamenco Vive SMDVD 0001 (2007)

Silvia Marín

Propos recueillis à Nîmes le vendredi 18 janvier par Maguy Naïmi





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