XXIX Festival Flamenco de Nîmes : du 11 au 20 janvier 2019...

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mercredi 28 novembre 2018 par Claude Worms

14 concerts et spectacles (Théâtre Bernadette Lafont, Odéon, Paloma et Musée de la Romanité) ; 4 conférences (bar du Théâtre Bernadette Lafont) ; et des spectacles scolaires, des projections, des expositions... Que la fête commence ! (cf. les dates dans notre agenda)

Les trois premières journées du festival résument à elles seules les orientations générales de la programmation - un panorama de la variété des tendances esthétiques du flamenco contemporain, de tradition à Nîmes :

_ lever de rideau en fanfare avec l"Anthologie du chant flamenco hétérodoxe" de Niño de Elche : double spectacle garanti, sur scène et dans la salle, façon première de "Parade" au Théâtre du Châtelet (1917). "A mí me pitan, pero por lo menos hay ambiente", déclarait un jeune Enrique Morente au début de sa carrière hétérodoxe. Sans en tirer aucun parallèle musical, gageons que cette réflexion s’appliquera aisément au concert présenté à La Paloma (11 janvier), d’autant que le duo Los Voluble enfoncera le clou en fin de soirée (électronique + reggaeton + flamenco...). Pour savoir ce qui vous attend, et pour quelques éléments contextuels qui pourraient aider à des opinions plus mesurées : Heterodoxos sin frontera.

_ même si Eva Yerbabuena a conçu "Cuentos de azúcar" en collaboration avec la chanteuse japonaise Anna Sato, le public attaché à l’"orthodoxie flamenca" devrait être ravi par un baile qui reste fondamentalement héritier de l’école de Grenade et de Mario Maya - d’autant que Paco Jarana (guitare) signe la musique, et qu’Alfredo Tejada et Miguel Ortega seront au cante (Théâtre Bernadette Lafont, 12 janvier).

_ aucun mélomane ne devrait manquer les "Diálogos de viejos y nuevos sones" de Rocío Márquez, Fahmi et Rami Alqhai, et Agustín Diassera : rencontre au sommet entre une voix, deux violes de gambe et des percussions. L’écoute du disque (Diálogos de viejos y nuevos sones), sorti en France il y a quelques jours, ne laisse aucun doute sur la beauté de la musique qui nous sera offerte au Théâtre Bernadette Lafont (13 janvier).

Cette année, le baile sera conjugué presque exclusivement au féminin, avec des spectacles sans doute plus consensuels que ceux qu’avaient présentés Andrés Marín ou Israel Galván ces dernières années. Comme La Argentina, La Argentinita, Pilar López ou Belén Maya avant elle, Leonor Leal appartient à la lignée des danseuses maîtrisant avec une égale aisance les idiomes classique, contemporain ou flamenco : un style tout en élégance et intériorité, pensé de manière musicale, idéal pour ce "nocturne" pour trio, avec le guitariste Alfredo Lagos et le percussionniste Antonio Moreno (Théâtre Bernadette Lafont, le 16 janvier). Plus ancrée dans la tradition, sévillane notamment, Ana Morales n’en est pas moins elle aussi une tenante d’un baile poétique et onirique. "Sin permiso", la pièce la plus aboutie de sa jeune carrière - avec rien moins que Juan José Amador au chant et Juan Antonio Suárez "Canito" à la guitare - a été justement primée lors du dernier festival de Jerez (Théâtre Bernadette Lafont, les 19 et 20 janvier).

Leonor Leal et Ana Morales doivent une bonne part de leur formation chorégraphique au "Ballet Flamenco de Andalucía". Depuis quelques années, sous la direction de Rafael Estévez et avec la complicité de Valeriano Paños, la compagnie a opté pour des spectacles "historiquement informés" dont les scénarios musicaux nous plongent dans la longue gestation du flamenco à partir des musiques populaires andalouses. Nous avions admiré sans réserve la rigueur et la scénographie, servies par des techniciens hors-pair, de ... aquel Silverio lors de sa création au festival de Jerez en 2017 - une version abrégée en sera offerte cette année aux collégiens et lycéens nîmois. L’ œuvre de Federico García Lorca ("Flamencolorquiano" - Théâtre Bernadette Lafont, 15 janvier) est évidemment parfaitement adéquate à ce type de projet.

Tomás de Perrate sait tout faire, tour à tour showman accompli à la manière de son compatriote Bambino, acteur occasionnel pour Israel Galván ("Lo real") ou cantaor traditionnel "de pura cepa". En concert acoustique (Musée de la Romanité, 14 janvier) et en duo avec Alfredo Lagos, c’est sans doute cette facette de son talent que découvriront celles et ceux qui ne connaissent pas son indispensable album, "Perraterías" (Flamenco Vivo, 2005) : cante de Utrera, répertoire de María la Perrata et El Perrate - soleares (il est l’un des grands maîtres actuels de ce palo), siguiriyas, cantiñas del Pinini, bulerías et tientos-tangos seront sans doute au programme.

Les amateurs de cante marqueront d’une pierre blanche le 18 janvier : deux concerts à ne pas manquer, à 18h à l’Odéon puis à 21h au Théâtre Bernadette Lafont :

_ Estrella semblant avoir définitivement opté pour la variété andalouse haute-couture (qu’elle chante d’ailleurs magnifiquement), Soleá représentant la tendance rock de la famille, c’est finalement le benjamin, José Enrique "Kiki" Morente, guitariste de formation, qui en assume le plus résolument l’ancrage flamenco. Sans posséder tout à fait les moyens vocaux de son père, très conscient de ce qu’il lui reste encore à apprendre, il n’en est pas moins déjà un cantaor attachant : il nous avait séduit lors du XV Festival Flamenco de Toulouse (2016) par sa musicalité, sa fraîcheur et sa sensibilité à fleur de peau (José Enrique Morente en concert). Il sera accompagné par David Carmona qui vient de signer l’un des grands disques de guitare flamenca de ces dernières années (Un sueño de locura).

_ on ne présente plus Árcangel, dont chaque récital est un évènement : cinq albums à son actif depuis 2001 (sans compter ses collaborations avec Mauricio Sotelo et l’"Accademia del Piacere" de Fahmi Alqhai), aussi divers d’inspiration qu’indispensables. L’avant dernier, Tablao, marquait en 2015 un ressourcement dans le cante traditionnel. Même programme, servi par des guitaristes de la classe de Salvador Gutiérrez et Dani de Morón : festin musical assuré.

Le récital de María Terremoto lors de la dernière Biennale de Séville nous avait laissé dubitatif (Cf. La huella de mi sentío). S’il lui reste encore à affiner sa connaissance des cantes jerezanos (quoi de plus normal compte tenu de sa jeunesse), sa puissance et son timbre vocal la désignent pour en devenir dans quelques années une interprète de premier plan. Par contre, nous avions été très modérément convaincus par ses escapades vers la "canción aflamencada" ou la rumba "light" - non en vertu d’une quelconque hiérarchie des genres, mais parce que de nombreuses artistes sont beaucoup plus à leur aise sur ce terrain, la Niña Pastori par exemple. Espérons que sa programmation au festival de Nîmes l’incite à consacrer l’essentiel de son concert à l’héritage de son père et de son grand-père.

Le 17 janvier sera une autre journée mémorable, cette fois pour les guitaristes. La principale originalité de cette édition est à notre avis la programmation de trois guitaristes le même jour, Chicuelo et José Luis Montón à 18h à l’Odéon, puis Dani de Morón à 21h au Théâtre Bernadette Lafont :

_ outre leur origine barcelonaise et leur long compagnonnage avec Mayte Martín, José Luis Montón et Juan Gómez "Chicuelo" ont en commun d’avoir développé à partir du flamenco un appétit insatiable pour la musique - toutes les musiques. Depuis son premier enregistrement ("Entre amigos", Aliso Records, 1996), nous tenons José Luis Montón pour l’un des guitaristes-compositeurs les plus originaux et féconds de sa génération. Il a depuis signé cinq autres albums, en groupe avec entre autres Chano Domínguez et Javier Colina ("Aroma", Auvidis, 1997), en duo avec le violoniste Ara Malikian ("Manantial" et "De la felicidad", WEA, respectivement 2004 et 2005) ou avec le guitariste classique David González (Clavileño, Cozy Time, 2012), en solo (Sólo guitarra, ECM, 2012) ou pour un très intelligent projet didactique pour le jeune public (Flamenco kids, auto-production, 2009). La densité de sa production discographique ne l’a pas empêché d’être le soliste de l’orchestre symphonique de Bratislava et de dialoguer avec la chanteuse de fado Mísia ("Ruas", AZ, 2009), Amina Alaoui ("Arco Iris", ECM, 2009) ou l’accordéoniste basque Gorka Hermosa ("Flamenco Etxea", Cozy Time, 2011)...

Pour sa part, Chicuelo a participé à des musiques de film (dès 1992 pour "El Quijote" d’Orson Welles), composé de nombreuses musiques de scène (entre autres pour Israel Galván, Shoji Kojima ou des compagnies de danse contemporaine, telles "La Baraque" et "Trànsit Dansa"), collaboré avec Joan Albert Amargos pour les arrangements des "Coplas del querer" et de "Cante I Orquesta" de Miguel Poveda, joué avec des musiciens de jazz ("CMS Trío" et le pianiste Marco Mezquida - "Conexión", Discmedi, 2017) ou le chanteur pakistanais Faiz Ali Faiz ("Quawwali Flamenco", Accords Croisés, 2013) etc. Accompagnateur habituel de Duquende et de Miguel Poveda, il vient d’achever son troisième disque sous son nom, "Carne y uña" (après "Complices", Harmonia Mundi, 2000 et "Diapasión", Flamenco Records, 2007) qui sortira en France dans quelques semaines. Pour avoir eu le privilège de l’écouter en avant-première, nous vous le recommandons chaudement, comme évidement ce mano a mano José Luis Montón - Chichuelo du festival de NÎmes.

_ Après "Cambio de sentido" et "El sonido de mi libertad" (La Voz del Flamenco, respectivement 2012 et 2015), le dernier opus discographique de Dani de Morón, "21" (Universal, 2018), est une somptueuse anthologie du toque et du cante flamencos, avec une bonne partie du gotha des cantaor(a)es actuels : Esperanza Fernández, Estrella Morente, Marina Heredia, Rocío Márquez, El Pele, Miguel Poveda, Duquende, Jesús Méndez, Arcángel, Pitingo et Antonio Reyes. Il y invente un nouvel idiome, un procédé de composition abolissant la frontière entre falsetas et accompagnement du chant. Son récital nous en offrira une démonstration "live" avec Jesús Méndez et Duquende.

Un peu moins nombreuses cette année, les conférences de 12h30 au bar du Théâtre Bernadette Lafont restent une tradition incontournable du festival :

_ José María Velázquez-Gaztelu nous présentera une fois de plus des morceaux choisis de sa série télévisée culte, "Rito y geografía del cante flamenco", consacrés à Huelva et à ses fandangos (16 janvier). Une excellente introduction à la conversation qu’il aura le lendemain, 17 janvier, avec Árcangel, natif de Huelva. Rappelons que José María est un orfèvre de l’interview, un art qu’il exerce chaque semaine pour l’émission "Nuestro flamenco" de la RTVE.

_ nous devons à Balbino Gutiérrez une indispensable biographie d’Enrique Morente (troisième édition : Fundación SGAE, Madrid, 2018) dont il évoquera pour nous "La voz libre" le 18 janvier.

_ enfin, Cristina Cruces, historienne, sociologue et infatigable défricheuses d’archives cinématographiques, nous présentera une synthèse de ses travaux le 19 janvier, à propos de son dernier ouvrage regroupant douze articles publiés entre 1997 et 2015, "Flamenco negro sobre blanco" (Universidad de Sevilla, 2018).

Le Festival Flamenco de Nîmes a toujours porté une grande attention aux actions pédagogiques en lien avec sa programmation. Pour cette année, la bailaora Chely la Torito (une habituée... ) et le guitariste et chanteur Nino García proposeront "Poetika. Le monde imaginaire de MamZelle Flamenka" aux élèves de onze écoles primaires, en dix-huit représentations. Le Ballet Flamenco de Andalucía présentera une versions abrégée de "... Aquel Silverio" aux collégiens de 3ème et aux lycéens le 16 janvier à 10h à l’Odéon.

Enfin, on ne manquera pas d’assister aux projections du documentaire de Miguel Ángel Rosales, "Gurumbé, canciones de tu memoria negra" (13 janvier à 11h et 14 janvier à 16h30, au cinéma le Sémaphore), ni de visiter les expositions de photographies de Luis Castilla ("Silencios flamencos" - Musée des Cultures Taurines, du 11 janvier au 3 février) et de Vanessa Gilles ("Dosta, paroles et mémoires de femmes tsiganes" - Carré d’Art, du 15 janvier au 28 février).

Claude Worms

Illustrations : Eddie Pons





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