Raoul Laparra

samedi 2 avril 2011 par Claude Worms

Avec Henri Collet, Raoul Laparra est l’ un des compositeurs les plus importants de l’ "hispanisme français" (Le Bordays) de la première moitié du XX siècle. Né à Bordeaux le 13 mai 1876, d’ ascendance basque, Raoul Laparra est mort prématurément lors de bombardements sur Boulogne-Billancourt, le 4 avril 1943.

Pianiste virtuose (premier concert à l’ âge de neuf ans), il obtient le prix de Rome en 1903, pour sa cantate Alyssa. Raoul Laparra doit à ses maîtres, Gedalge, Lavignac et Massenet, son attachement à un langage harmonique et formel orthodoxe. Mais ses compositions montrent aussi un intérêt certain pour ses contemporains impressionnistes. Comme Charles Koechlin ou Florent Schmitt, il fait donc partie de ces musiciens français originaux et inclassables, qui restent encore inexplicablement sous estimés, et qu’ il serait urgent de (re)découvrir.

C’ est dans la musique populaire espagnole que Raoul Laparra cherche les moyens de contourner l’ harmonie tonale, dont les ressources apparaissent à l’ époque en voie d’ épuisement : la modalité lui semble, comme à nombre de ses contemporains, une alternative fertile. Si Henri Collet s’ est essentiellement attaché au folklore castillan, Raoul Laparra trouvera une part importante de son inspiration dans les folklores andalous et dans le flamenco. Nous lui devons d’ ailleurs la première étude musicologique en français sur ce thème, dans sa contribution au monumental ouvrage dirigé par Alfred Lavignac, puis Lionel de La Laurencie "Encyclopédie de la musique et dictionnaire du Conservatoire" (Delagrave - plusieurs éditions dans les années 1910 - 1930). Il y signe une étude sur "La musique et la danse populaires en Espagne", datée de 1914, dont le septième chapitre est consacré à l’ Andalousie. Son contenu montre qu’ il assimile l’ Andalousie au flamenco (et à la guitare), dont il a une connaissance insolite pour l’ époque. En témoignent aussi bien la liste des artistes qu’ il recommande, que ses considérations sur le répertoire et son évolution (déjà...), ou les nombreuses transcriptions qui illustrent son propos (Petenera, Guajira, Granadina, Soleares, Tango, Fandango, Siguidillas gitanas, Boleras sevillanas..., et l’ inévitable Polo "Cuerpo bueno, alma divina" de Manuel García).

Critique musical renommé, pour Le Matin et Le Ménestrel (il est aussi l’ auteur d’ une étude sur Bizet et l’ Espagne - Delagrave, 1935), Raoul Laparra connut surtout une certaine notoriété pour ses oeuvres lyriques : Peau d’ âne (opéra, 1899), Le joueur de viole (conte lyrique, 1925), Les toreras (zarzuela d’ après Tirso de Molina, 1929), L’ illustre fregona (zarzuela d’ après Cervantés, 1931), et le triptyque constitué par La Habanera (1908), La Jota (1911) et La Malagueña ( ?). Mais les dernières représentations de ces oeuvres remontent aux années 1950...

Le reste de son catalogue est constitué par des recueils de mélodies pour piano et voix (Mélodies sur des thèmes populaires espagnols et Le missel chantant. Suite de mélodies sur de vieilles poésies françaises - 72 mélodies en six volumes), de la musique de chambre (un quatuor ; une sonate pour violon et piano ; Cuadros. Scènes d’ Espagne pour violon et piano ; une Suite ancienne en marge de Don Quichotte pour alto et piano ; Le livre de l’ aurore pour flûte et piano), quelques suites orchestrales (Amphitryon. Musique de scène pour la pièce de Molière ; Dimanche basque ; En marge de Don Quichotte, version pour orchestre), et des pièces pour piano (Rythmes espagnols pour piano et Vueltas).

Les références à l’ Andalousie et au flamenco abondent dans ces deux derniers recueils :

_ Rythmes espagnols : 1 : Petenera / 2 : Tientos / 3 : A. Sevillanas B. Trianeras. C. Flamencas. D. Abalorios / 4 : Calesera / 5 : Rueda / 6 : Soleá / 7 : Paseo.

_ Vueltas. Première suite : 1 : Malagueña / 2 : Caramellas / 3 : Seguidilla / 4 : Sevillanas / 5 : Muneira.

_ Vueltas. Deuxième suite : 6 : Eritaña / 7 : A la zarzuela / 8 : Alegrías / 9 : Segadora / 10 : Chiquillas.

La discographie de Raoul Laparra reste actuellement d’ une navrante pauvreté (avis aux labels et aux interprètes en panne d’ originalité...). Nous n’ avons réussi à localiser que quelques rééditions de gravures antiques : ouverture orchestrale de La Habanera, dirigée par Albert Wolff ("Albert Wolff. Un panorama de la musique symphonique française" - Timpani) ; "Mélancolique est le soir", air extrait de L’ illustre fregona, par Jussi Björling ("Jussi Björling collectors. Volume 1" - Naxos) ; Jota, par Ninon Vallin ("Ninon Vallin. Canciones, lieder and peruvian folksongs (recorded 1929 - 1935)" - VAI audio) ; Muneira, n° 5 de Vueltas, par George Copeland ("Piano recital. George Copeland" - Naxos Classical Archives) ; et des rouleaux pour piano mécanique réalisés par Raoul Laparra lui-même en 1916 - Tientos, Calesera, Soleá et Paseo, extraits de Rythmes espagnols pour piano ("Masters of the piano roll. Volume 10" - Dal Segno). On pourra aussi se procurer des transcriptions pour guitare de trois pièces extraites de Cuadros par Martha Masters - "Pueblo castellano", "Brujerías" et "Aragón" (Martha Masters : "Viaje en España" - GPS Records).

Claude Worms

Galerie sonore :

Tientos ("Rythmes d’ Espagne", n° 2) : Raoul Laparra (piano) - 1916

Calesera ("Rythmes d’ Espagne", n° 4) : Raoul Laparra (piano) - 1916

Soleá ("Rythmes d’ Espagne", n° 6) : Raoul Laparra (piano) - 1916

Paseo ("Rythmes d’ Espagne", n° 7) : Raoul Laparra (piano) - 1916

Jota : Ninon Vallin (orchestre dirigé par Gabriel Cloëz) - 1930


Tientos
Calesera
Soleá
Paseo
Jota




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