Trois disques témoignages

lundi 15 novembre 2010 par Claude Worms

"Flamenco. L’ âme andalouse" : INA, collection "Mémoire vive" (2010)

"Curso 2009 / 2010" : Fundación Cristina Heeren de Arte Flamenco (2010)

"Aurelio Sellé. Un Catedrático del Cante Grande" : Bujío BJPS 163 (2007)

"Flamenco. L’ âme andalouse"

Extraits des émissions de Manuela de Segovia, "impressionisme de la musique espagnole", sur Paris Inter, enregistées à la fin des années 1950

Texte et sélection de Marie-Catherine Chevrier

La France, et surtout Paris, furent dès le milieu du XIXème siècle l’ un des centres névralgiques de la diffusion internationale du flamenco. Suivirent, dans la première moitié du XXème siècle, les succès retentissants de La Argentinita, Vicente Escudero, ou Ramón Montoya. Mais l’ âge d’or de la fureur flamenca parisienne fut sans aucun doute la décade 1952 – 1963. Ces dates bornent une série de prix décernés par l’ Académie Charles Cros, fondée en 1948 (« Grand Prix du Disque » - Roger Vincent, Armand Panigel, Antoine Goléa, José Bruyr, Franck Ténot, Pierre Brive…) et par l’ Académie du Disque Français, fondée en 1951 (divers « Grand Prix, dont un « Prix Charles Cros », d’ où la confusion fréquente entre les deux Académies - Colette, Maurice Yvain, Jean Fayard, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Pierre Gaxotte…) : « Alegrías y penas de Andalucía », de Luis Maravilla (1952) ; Tañidos de guitarra », de Luis Maravilla (1953) ; « Guitare flamenco », de Niño Ricardo (1955) ; « Anthologie du Cante Flamenco », dirigée par Perico el del Lunar (1955) ; et « Riches heures du flamenco », de Pepe de La Matrona, Jacinto Almadén, La Joselito et Pedro Soler (1963).

A gauche : Paco Juanas

On notera la prépondérance des guitaristes. Après Luis Maravilla, Niño Ricardo et Perico el del Lunar, bien d’ autres suivirent leur exemple, et séjournèrent plus ou moins longuement dans la capitale : Mario Escudero, Román el Granaíno, Andrés Heredia, Alberto Vélez, Pepe de Badajoz, José Peña, Pedro Soler, Andrés Serrita, Cascabel de Jerez, José Motos, El Chufa, Gonzalo Ortega, Ricardo Blasco, Paco Juanas, Pepe de Almería (l’ un des principaux protagonistes de cette anthologie), Miguel Valencia… Pour les cantaores, le recrutement s’ effectua essentiellement parmi les artistes de l’ « Anthologie du Cante Flamenco » (Ducretet-Thomson, sous licence Hispavox), et de son extension madrilène, le célèbre « Cuadro de Antología » du tablao Zambra : Rafael Romero (le plus emblématique de l’ époque), Jacinto Almadén, Juan Varea et Pepe de La Matrona. Dans la foulée, quoique plus épisodiquement, les parisiens eurent l’ occasion d’ applaudir Juanito Valderrama, El Pili, Canalejas de Jerez, Victoriano de Málaga, Perico Sevilla, Manolo Leiva, Angelillo de Valladold, Jesús de Madrid, Pedro de Linares…

Si les deux labels les plus engagés dans une production flamenca pléthorique furent sans conteste la BAM (qui s’ était déjà illustrée en produisant les enregistrement de Ramón Montoya de 1936) et Le Chant du Monde, bien d’ autres s’ y risquèrent peu ou prou, des illustres Ducretet-Thomson, Vogue, Pathé-Marconi et autres Barclay, aux plus obscures Symphonium, GEM, Festival, Président, Carrousel, SFP, Guilde du Disque, Typic Editions – J. Garzón…, sans compter les succursales françaises de Philips ou RCA. La radio ne fut pas en reste : dès 1954, elle avait consacré quelques émissions à la présentation, par Roger Wild, de la fameuse « Anthologie du Cante Flamenco ». Suivirent divers programmes, dont ceux de Manuela de Segovia dont sont extraits les enregistrements retenus pour ce disque, avant que Robert J. Vidal ne prenne la relève (peut-être une autre piste pour une future anthologie…).

A gauche : Pedro de Linares (chant) et Ricardo Blasco (guitare) / A droite : Antonio Romero (danse)

Entre deux enregistrements, les artistes « émigrés » se produisaient dans quelques hauts lieux du flamenco parisien, animés par un petit groupe d’ aficionados activistes (María Turner, Martine Cadieu, Pierre Lefranc, Georges Hilaire…), prioritairement au Catalan, sis rue des Grands Augustins (une sorte de Zambra à la française – Marie-Catherine Chevrier émet l’ hypothèse que certaines des plages du disques ont pu y être enregistrées), mais aussi, plus tard, au Barcelona, au Club Plein Vent, ou à la Casa Pepe…

« Flamenco. L’ âme andalouse » est un reflet fidèle de cette période d’ afición maladroite mais enthousiaste, une délicieuse madeleine proustienne pour les gens de ma génération, et un précieux documents pour nos cadets. On y trouvera deux aspects très différents, mais complémentaires, du flamenco de l’ époque. D’ une part, le souci d’ un hypothétique « retour aux sources », impulsé par l’ Anthologie, et représenté ici par Jacinto Almadén (Liviana, Serrana et Cambio de María Borrico, Mariana, Soleá por Bulería, Siguiriyas de Manuel Molina, Joaqín Lacherna et Curro Dulce, Murciana) et Rafael Romero (Petenera et Zambra – un hit de l’ époque, dans une version tès proche de son enregistrement pour l’ album « Noche flamenca », avec Elvira del Albaicin et Pepe de Almería, BAM, 1956), et les velléité de Manolo Leiva. Ce dernier, originaire de Málaga, chante une belle Saeta (avec fanfare et tambours, figurés par Pepe de Almería), paye le tribu, obligatoire à l’ époque pour tout aspirant au « cante puro », à la Caña sur le modèle de Rafael Romero (il pousse le mimétisme jusqu’ à reproduire la déclaration liminaire chère à son maître : « ¡Olé los cantes grandes, los cantes de época ! » – mais ni le cantaor ni Pepe de Almería ne semble avoir la moindre idée du compás…), mais abandonne le "purisme" pour un cuplé por Bulería, emprunté à Antonio Machín (« Angelitos negros » - Pepe de Almería y distille quelques accords approximatifs, mais peu importe, le cantaor modifie la mélodie en conséquence).

D’ autre part, le flamenco « de tablao », avec son lot de mauvais goût (consubstantiel au genre), mais aussi de spontanéité et de « gracia » communicative : Garrotín à compás de Tanguillo (Almadén et pepe de Almería) ; Guajira et Colombiana (Jesús de Madrid et Ricardo Blasco) ; Colombiana et Rumba à compás de Tanguillo (Pedro de Linares et Gonzalo Ortega) ; Farruca (solo de Pepe de Almería et baile d’ Elvira del Albaicin) ; Farruca « flamenca », a compás de Rumba mais avec paseos de guitare « por Farruca » ; Milonga (délicate interprétation de Pedro de Linares, accompagné par Gonzalo Ortega ; Tanguillo (solo de Pepe de Almería et castagnettes de Manuela de Segovia) ; Fandangos de Huelva (Los Gitanos de Cádiz et Pepe de Almería) ; Zambra (solo de Pepe de Almería) ; Zambra dans le style de Manolo Caracol (Jesús de Madrid et Gonzalo Ortega).Dans ce type de répertoire, nous vous recommandons chaudement les Bulerías qui clôturent l’ album : quelques cantes cortos de Jerez, conclus par un cuplé… « C’ est si bon Paris » (en français dans le texte), par Jesús de Madrid et Alfonso Valle.

A gauche : Carmen Sibajas

Le plaisir ne serait pas complet sans les quelques perles qui ornent le programme, et qui ont été malicieusement conservées tel quel par Marie-Catherine Chevrier. C’ est ainsi que, suite aux hasards de la transcription phonétique, le malheureux Pepe de Badajoz devient successivement Pepe Barajo pour son solo (baptisé « « Toque por serrano » - c’ est en fait une Alegría por Rosa proche de la version de Ramón Montoya), et Pepe de Balafosse pour son accompagnement de la Soleá por Bulería… Nous vous laissons le plaisir de découvrir les autres…

« No tiene desperdicios », comme écrirait José Manuel Gamboa (nous lui devons d’ ailleurs quelques unes des informations de cet article sur les enregistrements flamencos parisiens de l’ époque – cf : un compte rendu à paraître de son dernier ouvrage, consacré à Rafael Romero). Ce disque est un régal, et nous espérons bien une suite. Marie-Catherine Chevrier nous informe d’ ores et déjà que d’ autres archives sonores, non retenues pour cette anthologie, seront prochainement consultables sur le site de l’ INA.

INA

PS : notre amie Marie-Catherine Chevrier nous livre quelques informations qu’ elle vient de recueillir sur les conditions d’ enregistrement des émissions. Comme, pour des raisons techniques, il était impossible d’ enregistrer directement au Catalan, le tablao a été reconstitué en studio. Le public était formé par les techniciens, des amis de passage..., pour que les artistes soient "en condition".

Photos : Archives de l’ INA : Le cuadro flamenco du Catalan


Fundación Cristina Heeren de Arte Flamenco : curso 2009 / 2010

Crée en 1993 grâce au mécénat de Cristina Heeren, et actuellement dirigée par Fernando Iwasaki, la Fondation Cristina Heeren est de loin, à notre avis, le plus conséquent et le meilleur des centres d’ enseignement du flamenco de Séville. Outre des stages intensifs ponctuels, il propose un cycle de formation théorique et pratique de trois ans, à raison de trente heures de cours hebdomadaires. Sur la base d’ une rigoureuse démarche pédagogique et méthodologique, il a formé un grand nombre de jeunes professionnels de haut niveau, pour la danse, la guitare, et, chose plus rare, le chant, dont l’ enseignement constitue une forte spécificité de l’ établissement (nous avons déjà eu l’ occasion de souligner la qualité d’ artistes comme Argentina, Sonia Miranda, Rocío Márquez, Jesús Corbacho…, tous issus de la Fondation). Depuis 1997, date de l’ ouverture des cours, plus de 1500 élèves issus d’ une quarantaine de pays sont passés par la Fondation, un tiers d’ entre eux ayant bénéficié de bourses, grâce au partenariat avec la Concejería de Asuntos Sociales de la Junta de Andalucía, et à la générosité de Cristina Heeren. Beaucoup de jeunes marginalisés ont ainsi réinsérés socialement et sont devenus des artistes professionnels.

Le CD, produit à l’ initiative d’ Eduardo Rebollar et Pedro Sierra (professeurs de guitare à la Fondation) dresse un bilan de l’ année 2009 – 2010, et présente quelques-uns des meilleurs élèves des classes de guitare et de chant, chaque couple cantaor / tocaor ayant gravé deux cantes, à l’ exception du japonais Kentaro Tokunaga (Japon – 1991), auteur d’ un intéressant solo « por Alegría ». Né entre 1977 et 1991, les autres protagonistes sont certes majoritairement andalous ou extremeños (Badajoz, Huelva, Málaga, Villa del Río, Morón de la Frontera, Gerena et Séville), mais deux sont français, et un autre est originaire de Bilbao (au moins aussi exotique…). Le programme, avec des interprétations d’ une étonnante qualité, constitue une sorte de mini anthologie : Cantes de Levante et Alegrías (Cristina Soler et Anoush Saadat) ; Soleares et Tientos (Florencio Rolán et Yago Santos), Granaína et Tangos (Juan Carlos Sánchez et Francisco Moncayo, récent lauréat du concours de La Unión) ; Marianas et Siguiriyas (Francisco Borrego et Mario Galea – superbe duo chant / guitare, notamment sur la Siguiriya de El Planeta)) ; Tarantos et Bulerías (Antonio Luque et José Pérez).

Les trois extraits que nous vous proposons n’ ont évidemment pas valeur de palmarès, mais reflètent fidèlement le dévouement et la qualité des professeurs (dont certains sont d’ anciens élèves), de la direction, et de l’ équipe administrative. Un très beau travail collectif.

Fondation Cristina Heeren


"Aurelio Sellés. Un Catedrático del Cante Grande"

Bujío BJPS 163 (2007)

Edité en 2007 a l’ occasion du 35ème Congrès International d’ Art Flamenco, organisé à Cádiz et dédié à Aurelio Sellés, cet album, mystérieusement, ne nous parvient qu’ aujourd’ hui.

Aurelio Sellés (ou Sellé) Nondedeu "Aurelio de Cádiz" (4/11/1887, Cádiz - 19/11/1973, Cádiz) est l’ un des cantaores majeurs du XXème siècle, et sans doute le plus grand représentant de l’ école de Cádiz. A ce titre, il est systématiquement présenté comme le plus fidèle transmetteur des cantes d’ Enrique El Mellizo (Malagueñas, Siguiriyas, Soleares), Paquirri El Guanté (Soleares) et des styles classiques de Cantiñas et Alegrías gaditanes. Pour le reste, son répertoire semble avoir été marqué par l’ influence de Manuel Torres, notamment pour les Siguiriyas. Le programme de la présente anthologie se limite d’ ailleurs logiquement à ces palos, à l’ exception de deux Fandangos de José Cepero. Cet image de disciple respectueux de ses modèles nous semble cependant par trop réductrice, tant le style d’ Aurelio Sellés est original, et n’ a d’ ailleurs pas de réel successeur, sauf sans doute Rancapino. Outre une célèbre introduction "por Granaína" aux Malagueñas d’ El Mellizo, devenue quasi systématique pour les interprétations postérieures, il est surtout l’ auteur d’ un système complexe de mélismes et d’ ornements, tellement intégrés aux modèles mélodiques de ses maîtres qu’ il en résulte une transformation suffisamment substantielle pour qu’ il soit possible de parler de "cantes d’ Aurelio". On chercherait en vain des mélismes comparables dans la discographie disponible d’ autres disciples plus ou moins directs d’ El Mellizo (Niño de Medina par exemple).

Aurelio Sellés a toujours limité ses apparitions publiques au cercle restreint de soirées privées dans la région de sa ville natale. On ne lui connaît que deux "sorties" importantes : la première, pour une tournée en 192§ avec Pastora Imperio ; la seconde, à Londres, lors des festivités marquant le couronnement de la reine d’ Angleterre (1953). C’ est ainsi qu’ il déclina l’ invitation à participer au spectacle "La calles de Cádiz" ( l’ une des oeuvres majeures du genre "Ópera flamenca") : il fut remplacé par Ignacio Espeleta, qui inventa pour l’ occasion le "tirititran" introductif des Alegrías, qui devait faire école.

Il est donc logique qu’ Aurelio Sellés ait très peu enregistré, seulement à trois reprises : en 1928, pour Polydor, avec Ramón Montoya (réédition en CD par Pasarela - 1996) ; en 1968, dans le cadre de l’ "Antología del Cante Flamenco y Cante Gitano" dirigée par Antonio Mairena, avec Melchor de Marchena et Manuel Morao (Decca - réédition en CD par RCA / BMG, série "Tablao" - 2001) ; en 1972, avec Andrés Heredia, pour Hispavox (réédition partielle en CD par EMI, série "Quejío" : anthologie "Cádiz. Arte y salero" - 2000).

Les cantes compilés pour la présente anthologie (Bujío) sont extraits de ces trois séances, et c’ est là que les choses se gâtent... Le livret qui l’ accompagne s’ avère particulièrement avare en informations précises (dates des enregistrements, labels discographiques, numéros de matrice...). On y trouve par contre force documents d’ époque (extraits d’ articles de presse, affiches...), malheureusement illisibles tant le format des reproductions est réduit. Surtout, les crédits concernant les guitaristes, et donc les séances d’ origine, sont particulièrement erratiques : une mention générale ("Guitarras : Anfrés Heredia y Ramón Montoya"), sans qu’ on ait apparemment éprouvé le besoin de préciser quels cantes étaient accompagnés par l’ un ou l’ autre, ni surtout de mentionner Melchor de Marchena et Manuel Morao. Lacune d’ autant plus impardonnable que le style de Montoya (par défaut, si l’ on suit les indications figurant au dos de la jaquette, les plages non assignables à Andrés Heredia) ne saurait être confondu avec ceux de Melchor de Marchena et Manuel Morao... En fait, sur les quinze cantes sélectionnés, Ramón montoya n’ apparaît que deux fois.

A l’ usage des heureux lecteurs qui parviendraient à se procurer cette anthologie (elle ne semble pas promise à une large diffusion commerciale, autre bizarrerie...), rendons donc à César... :

_ Plages 1 à 9 (deux Alegrías, deux Malagueñas, deux Soleares, un Tiento, une Siguiriya, et une Bulería) : guitare : Andrés Heredia (séances Hispavox de 1972)

_ Plages 10 et 14 (Soleá et Malagueña) : guitare : Melchor de Marchena (séances Decca de 1968)

_ Plages 11 et 12 (Cantiñas et Soleá) : guitare : Manuel Morao (séances Decca de 1968)

_ Plages 13 et 15 (Fandangos de José Cepero et Alegrías) : guitare Ramón Montoya (séances Polydor de 1928)

Si l’ on oublie ces quelques menues facéties éditoriales, cet enregistrement est une anthologie indispensable de l’ art d’ Aurelio Sellés. Tampoco tiene desperdicios.

Claude Worms

Galerie sonore

Jacinto Almadén (guitare : Pepe de Almería) : Murciana (extrait) - INA / Mémoire Vive

Pedro de Linares (guitare : Gonzalo Ortega) : Milonga - INA / Mémoire Vive

Jesús de Madrid (guitare : Alfonso Valle) : Fantasia por Bulería ("C’ est si bon Paris") - INA / Mémoire Vive

Kentaro Tokunaga : Alegrías (extrait) - Fondation Cristina Heeren

Cristina Soler (guitare : Anoush Saadat) : Taranta (extrait) - Fondation Cristina Heeren

Francisco Borrego (guitare : Mario Galea) : Siguiriyas (extrait : Siguiriya d’ El Planeta) - Fondation Cristina Heeren

Aurelio Sellés (guitare : Andrés Heredia) : Soleares (El Mellizo / Paquirri) - Bujío

Aurelio Sellés (guitare : Melchor de Marchena) : Granaína et Malagueña d’ El Mellizo - Bujío


Murciana
Milonga
Fantasia por Bulería
Alegría
Taranta
Siguiriya
Soleares
Granaína et Malagueña




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