Juan Pinilla : "Lámpara Minera, vol. 3"

vendredi 6 février 2009 par Claude Worms

Un CD RTVE Música 62102 (2008)

Le label RTVE Música poursuit sa collaboration avec le concours de La Unión, avec ce troisième volume de la collection "Lámpara minera", consacré à Juan Pinilla, jeune cantaor né à Huétor-Tájar (Grenade), qui a remporté le trophée en 2007.

Grenade a toujours été une terre de flamencos « intellectuels » (cet adjectif n’ impliquant naturellement aucune nuance péjorative) : on se souviendra du fameux concours de 1922, mais aussi de cantaores comme Enrique Morente, Paco Moyano (qui créa dans les années 1970 un festival de théâtre flamenco, et est ici l’ auteur de l’ arrangement musical et d’ une letra des Marianas), Alfredo Arrebola (universitaire, professeur de littérature)… Critique musical pour la revue « El Olivo » et divers quotidiens de Grenade , Juan Pinilla est comme eux très attentif au choix des letras (on regrettera d’autant plus qu’ elles ne soient pas reproduites dans le livret du disque), signées par Ramón Gaya, José Hierro, F.P. Rubio, Ángel González, Benítez Carrasco, J. P. Martin, Ángel Ganivet, Atahualpa Yupanqui et Armando Buscarini. Comme ses illustres prédécesseurs (Morente et Moyano notamment), Juan Pinilla ne dissocie pas son art d’ engagements sociaux plus immédiats : à notre connaissance, il est le premier cantaor primé à La Unión qui ait dédié la "Lámpara" aux victimes des accidents du travail (le lieu s’ y prête à l’ évidence, encore fallait-il y penser), en ajoutant avec pertinence que sa terre natale détenait en la matière un triste record…

Le cante de Juan Pinilla est lui aussi ancré dans la tradition locale : peu à l’ aise dans les "cantes festeros" (on oubliera vite une "canción por Bulería", friandise mélodique dispensable, et des Alegrrías rythmiquement malhabiles), il est par contre un excellent interprète des "cantes libres", des Tangos du Sacromonte, et de la Soleá. Le programme propose d’ autre part quelques cantes peu fréquentés, dont la Mariana et des Temporeras a capella (avec un fond sonore de "pájaros autóctonos"…)

Doté d’ une voix claire et très souple, d’ un large ambitus et d’ une intonation précise dans tous les registres, Juan Pinilla se montre constamment digne de ses maîtres, Manuel Ávila (Murcianas, Granaína de la Tía Marina Habichuela et Temporeras – on pourra en écouter une version par Manuel Ávila dans le CD "El flamenco antiguo : veteranos del cante en Granada", Big Bang BB 442 CD), et Manuel Celestino Cobitos, dont il est à notre connaissance un des rares cantaores capables de reproduire l’ ample vibrato et le legato à mi-voix (Soleá de Triana ; Fandango de la Herradura, et Fandangos de Paquillo el del Gas et de Frasquito Yerbabuena - dont une letra empruntée à Ángel Ganivet : "Dale limosna mujer / Que no hay en la vida nada / Como la pena de ser / Ciego en Granada" - pour nous la meilleure version enregistrée ces dernières années). On ne manquera pas non plus les longs "Tangos paraos" du Sacromonte, et leur succulent contraste entre la voix très "roots" de María "la Coneja", et le style tour à tour allusif ou virtuose de Pinilla, ici nettement tributaire d’ Enrique Morente.

Les subtils arrangements de Luis Mariano (guitariste que nous découvrons ici, avec grand plaisir) contribuent grandement à la réussite de l’ enregistrement, dans un style mélodiquement et rythmiquement très lisible et aérien, là encore bien dans la veine de l’ école du Sacromonte (cf : notre article "Grenade, haut-lieu de la guitare flamenca").

Claude Worms

Galerie sonore

Juan Pinilla : Cantes abandolaos (guitare : Luis Mariano)

Juan Pinilla : Temporeras de Montefrio


Cantes abandolaos
Temporeras de Montefrio




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