Curro Lucena : "Ocho más 2" / Encarna Anillo : "Barcas de plata"

jeudi 22 mai 2008 par Claude Worms

"Ocho más dos" : CD Production Grupo Seys (2007)

"Barcas de plata" : CD Flamenco World Music FWM 002 CD (2008)

Francisco de Paula Luna "Curro Lucena" (1950) est un artisan intègre du cante traditionnel, qui signe régulièrement des albums qui lui valent le respect des aficionados, mais rarement l’ attention des médias. Il a commencé sa carrière professionnelle à Madrid au début des années 1970, se produisant notamment au tablao "Zambra" : sa formation, et sa connaissance exhaustive du répertoire, doit donc beaucoup à l’ enseignement de Pepe de la Matrona, Rafael Romero, Juan Varea, Bernardo el de los Lobitos, Pepe el Culata... Dès ses premiers enregistrements ("El cante de Curro Lucena", avec Perico el del Lunar - 1973, réédition Universal, collection "Grabaciones históricas, vol. 50" ; "Curro Lucena", avec Manolo Sanlúcar - 1975, LP Belter 23 036, non réédité), Curro Lucena se montre avant tout attaché à restituer avec exactitude et rigueur les formes classiques du cante. De sa production récente, on retiendra particulièrement une remarquable anthologie des Malagueñas ( "Mi amante, la Malagueña", ALÍA discos CDF-430 - 1998), accompagnée par Manolo Franco, Román Carmona, et Antonio Centenera - 1998).

Les deux premiers guitaristes, avec une nouvelle recrue, Ángel Mata, collaborent également à "Ocho más 2". Titre programmatique : les huit provinces andalouses, chacune représentée par un cante caractéristique ; plus Lucena, lieu de naissance de Curro, et Ronda, la ville où il réside. Les cantes sélectionnés conviennent particulièrement bien à la voix et au style de l’ interprète, qui nous livre des versions de référence des Tarantas (Almería et Jaén), des Alegrías (Cádiz et Córdoba), de la Granaína (Grenade), des Fandangos d’ Almonaster, Valverde, Calaña et "de Bartolo" (Huelva), de la Malagueña del Canarío et de la Jabera (Málaga), des Soleares de Alcalá (Séville), des Fandangos de Lucena, de Dolores de la Huerta, Rafaíllo Rivas, et Cayetano Muriel (Lucena), et de la Caña dans la version intégrale de Pepe de la Matrona, sans doute issue de l’ arrangement d’ Antonio Chacón (Ronda). Cet enregistrement est ainsi d’ autant plus recommandable qu’ il recèle quelques cantes assez rares dans la discographie contemporaine (notamment certains des Fandangos de Huelva et de Lucena, la Jabera, et la Caña, dans cette version).

Malgré sa jeunesse, Encarna Anillo a déjà une longue expérience professionnelle. Après avoir travaillé, dès l’ âge de huit ans, dans les Academias de baile de sa ville natale, Cádiz, elle a appris le répertoire local aux côtés de maîtres comme Chano Lobato, Juan Villar, ou Mariana Cornejo. Elle a collaboré à des spectacles de Rafaela Carrasco, Andrés Marín, Belén Maya, Rafael Campallo, Farruquito, Rafael de Carmen, et Israel Galván, et noué des liens étroits avec la "connection catalane" (Chicuelo, Duquende, et Miguel Poveda : tournées au Japon et concerts au "Festival Grec" et au Palau de la Música de Barcelone). Enfin, elle chante en compagnie de Carmen Linares et de Aná María Gonzales ("Desde el alma"), et en alternance avec Carmen Linares pour le spectacle de Blanca Li, "Poeta en Nueva York" : une formation des plus complètes, qui allie le "cante p’ atrás", la connaissance du répertoire traditionnel de Cádiz, et la pratique du flamenco contemporain.

Avec un tel bagage, Encarna Anillo fait preuve, dès son premier enregistrement "Barcas de plata", d’ une étonnante maturité (une constante du cante féminin depuis Mayte Martín : Sonia Miranda, Rocío Segura...). Les deux Alegrías (Alegrías classique de Cádiz - "En Caí, La Lola" -, et cante original - "Barcas de plata"), et les trois Bulerías ( en duo avec Miguel Poveda - "Dulce veneno" -, "canción por Bulería" - "No hay iempo" -, et Bulerías de la Perla a capella - "Homenaje a La Perla") résument bien le projet du disque : une alternance entres cantes traditionnels ( Malagueña de La Trini et Verdial de Juan Breva, Soleá), et arrangements contemporains de cantes "marginaux" (Milonga, et Zambra, dont le titre - "Carta de una Salvaora" - est un hommage à Manolo Caracol). Les coplas des Tangos sont originales, mais leur tempo modéré évoque le style de Cádiz, et singulièrement la manière de Rancapino (les estribillos).

Dans les cantes festeros, la cantaora déploie un swing ravageur, basé sur une articulation très précise du phrasé. Dans les cantes plus austères, elle se refuse à tout effet vocal gratuit, respectant l’ expressivité naturelle de lignes mélodiques délicatement ciselées. On retrouve paradoxalement cette retenue dans la Milonga, pourtant habituellement prétexte à des débauches expressionnistes : l’ émotion contenue de son interprétation, et la beauté de l’ arrangement, justifieraient à elles seules l’ acquisition du disque.

La réussite complète de "Barcas de plata" doit aussi beaucoup à la qualité des musiciens qui entourent Encarna Anillo : Chicuelo, Alfredo Lagos, Juan Requena, Rafael Rodríguez, Diego del Marao, et Juan Diego (guitare) ; Javier Katumba et Isaac Vigueras (percussions) ; Antonio Montoya "Farrú" (baile) ; Olvido Lanza et Lito Iglesias (cordes) ; et Enric Palomar (auteur de l’ arrangement de la Milonga). Merci à eux, et à Encarna Anillo, pour ce très beau moment de musique.

Claude Worms

Galerie sonore

Fandangos de Lucena y de Cayetano Muriel : Curro de Lucena / Román Carmona

Caña : Curro de Lucena / Manolo Franco

Bulerías : Encarna Anillo et Miguel Poveda / Diego del Morao / Antonio Montoya "Farrú" / El Londro et José Anillo (choeurs)

Milonga : Encarna Anillo / Juan Requena / Olvido Lanza et Lito Iglesias (cordes)


Curro de Lucena : Fandangos de Lucena
Curro de Lucena : Caña
Encarna Anillo : Bulerías
Encarna Anillo : Milonga




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