Israel Galván : "La Consagración de la primavera"

mardi 28 janvier 2020 par Nicolas Villodre

Paris, Le 13ème Art / du 7 au 15 janvier 2020.

Photo : dansercanalhistorique.fr

Musique : Igor Stravinsky

Chorégraphie et danse : Israel Galván

Piano : Sylvie Courvoisier et Cory Smythe

Photo : dansercanalhistorique.fr

Dans sa dernière production (en date), l’artiste associé au Théâtre de la ville s’est attaqué, ce coup-ci, à la composition musicale qui fit scandale en 1913 : "Le Sacre du printemps" d’Igor Stravinsky. Le titre a été traduit en espagnol : "La Consagración de la primavera". Alors que tout est, de nos jours, livré en novlangue ou en néoparler, on se souvient d’une époque, celle de Franco, celle du vinyle, où la moindre chanson des Beatles portait un titre castillan. Ainsi, par exemple "Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band" devint, un certain temps, du moins, "La Banda de corazones destrozados del sargento Pimienta".

Photo : Théâtre de la Ville de Paris
Dans le cas du Sacre, il apparaît, a posteriori, que ce fut la musique ensauvagée du novateur russe qui heurta les oreilles des abonnés du Théâtre des Champs-Élysées et non la chorégraphie, somme toute plus sage que celle du Faune, signée du plus grand danseur du siècle dernier, Vaslav Nijinski. Israel Galván ne s’est aucunement référé au ballet d’origine, simplement à la musique, laquelle nous a été restituée live dans son intégralité et sa réduction à quatre mains de l’auteur par les pianistes virtuoses Sylvie Courvoisier et Cory Smythe qui se faisaient face chacun derrière son Steinway D grande queue. Le douze-pages distribué à l’entrée de l’ex-salle Gaumont de la place Henri Langlois, à l’intérieur du Centre commercial Italie 2, au bout du couloir où étaient exposées une dizaine d’affiches des spectacles donnés par Galván au Théâtre de la ville, permet d’y voir plus clair dans le processus créatif de la pièce. La musique de Stravinsky étant pour le bailaor "la plus percussive qui soit", il a été tenté de revenir "à la base, à la dimension essentiellement rythmique du flamenco". Non sans humilité, en hommage au compositeur, il a fait de son "corps dansant l’instrument percussif de son œuvre."

Photo : Nicolas Villodre

Le Sacre étant bien plus court que "L’Amour sorcier" (1925) de Manuel de Falla, autre opus auquel s’est mesuré le danseur comme nous avons pu le constater lors du dernier festival de Nîmes, il a été complété par un prologue de Courvoisier et Smythe, "Conspiración", à base de "piano préparé" et d’un épilogue signé Courvoisier, "Spectro", dans l’esprit du free jazz déjà repéré dans La Curva. Par respect pour la partition, les musiciens ont exploité la "carte des timbres" et la "pure matière sonore" déjà là et tenu compte des annotations du compositeur russe. Pour ce qui est de la danse, le taconeo incessant de Galván, sur toutes les petites estrades qui se présentaient à lui et qui paraissaient être là par hasard, chacune ayant une sonorité différente, notamment celle cachée derrière les pianistes, qui couinait comme un vieux matelas à ressorts, a entretenu le rapport au tellurique. L’élue sacrifiée du livret de Stravinsky et Roerich, justifiait sans doute la longue robe noire de mevlevi portée au finale par le danseur.

La chorégraphie alterne frappes de bottines ferrées et gestes habituels – sinon encore classiques – inspirés par les arts martiaux, l’animalité, la quotidienneté (cf. le bras tendu appelant le taxi en maraude), l’allusion fugace au vocabulaire flamenco (bombement du torse, braceo maniéré, pichenettes des deux mains) et trouvailles amusantes comme le fait de se relever tout seul en se tirant par la peau du cou, de se lancer dans une routine de charleston, de marcher à petits pas comptés façon babouchka ou geisha. Une remarquable succession de voltes en tous sens conclut le show.

Nicolas Villodre





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