Salvador Andrades (4) : "Alaía" (alegrías)

jeudi 26 décembre 2019 par Claude Worms

Transcription intégrale de la composition de Salvador Andrades

Par bien des aspects, "Alaía" est une œuvre singulière. D’abord par le choix de la tonalités, Do majeur (avec des modulations au mineur homonyme), usuelle pour l’accompagnement du cante, mais rare pour les alegrías "de concert". On en trouvera cependant quelques exemples dans les discographies de Sabicas ("Flores gaditanas", 1963 ; "Mosaíco jerezano", 1969), Manuel Cano ("Madrid flamenco", 1963), Víctor Monge "Serranito" ("Primavera gaditana", 1968), Manolo Sanlúcar ("Farolillos caracoles", 1973) et Paco de Lucía ("A la Perla de Cádiz", 1976).

Mais la composition de Salvador Andrades se distingue radicalement de ces illustres antécédents, en ce qu’elle ne fait pas référence aux caracoles (Manuel Cano et Manolo Sanlúcar), traditionnellement accompagnés en Do majeur (avec une modulation passagère au mode flamenco relatif, "por arriba"), ni ne s’attache à exploiter le potentiel rythmique du compás (Sabicas, Víctor Monge "Serranito" et Paco de Lucía) - d’où le choix d’un tempo inhabituellement modéré, qui met bien en valeur l’élégance de l’inspiration mélodique.

"Alaía" est donc à notre avis plutôt une élégie "por cantiña", dont la remarquable continuité mélodique n’est brisée par aucun compás en rasgueados, aucun cliché de type "llamada", ni aucune variation sur le motif traditionnel de l’"escobilla" - nous ne connaissons pas d’autre alegría pour guitare soliste qui s’abstienne aussi radicalement de ces passages obligés.

Nous ne reviendrons pas ici sur l’art de l’harmonisation de Salvador Andrades, que nous avons déjà analysé longuement à propos des trois pièces déjà publiées sur ce site (cf. ci-dessous). Soulignons cependant la fluidité de la transition vers la partie centrale en Do mineur, structurée sur six compases, comme il est d’usage pour le "silencio" des chorégraphies (de la page 2, troisième système, à la page 4, troisième système). La modulation est préparée dès le début de la pièce, par une ambigüité entre majeur et mineur introduite par l’accord du quatrième degré mineur (page 1, quatrième système, première mesure) et par divers chromatismes ornementaux dans la ligne mélodique, faisant apparaître à plusieurs reprises les notes Sib, Mib et Lab (l’armature, donc de la tonalité de Do mineur). Elle est ensuite confirmée "en douceur" par une sorte de cadence flamenca II-I sur le cinquième degré de Do majeur (Ab-G-G7-C7M), puis par une basse descendante chromatique (Do-Si-Sib-La-Lab-Sol), sur une séquence harmonique Cm-Ab7-Cm (page 2, troisième système : respectivement, mesures 2 et 3, puis 4).

Claude Worms

NB : nous sommes particulièrement reconnaissant à Salvador Andrades, qui a eu la courtoisie de nous autoriser gracieusement à publier cette pièce (d’autres suivront) et la patience de réviser minutieusement notre transcription.

Autres compositions de Salvador Andrades disponibles sur ce site :

"A la que me dió la vida" (taranta)

"Pequeñas manitas" (granaína)

"En la cuna" (malagueña)

Transcription (Claude Worms ; revision : Salvador Andrades)

"Alaía" / 1
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"Alaía" / 3
"Alaía" / 4
"Alaía" / 5
"Alaía" / 6
"Alaía" (alegrías)

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"Alaía" (alegrías)




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